Afrique - Des diasporas engagées

Depuis les années 1980, les diasporas africaines, c'est-à-dire les communautés des différents pays de l'Afrique subsaharienne installées en Europe, aux États-Unis, au Canada, dans les Antilles, aux Caraïbes (qui y travaillent, y vivent ou y survivent tant bien que mal), forment des associations qui s'impliquent à titre de partenaires — formels ou informels — dans des projets de développement local dans leurs pays d'origine (région, ville ou village). Ces initiatives s'inscrivent, pour la plupart, dans le mouvement de l'autre mondialisation, c'est-à-dire d'une mondialisation à visage humain qui se veut une alternative au néo-libéralisme mondial. Si, avec le temps, les effets pervers de cette mondialisation frappent de plein fouet des populations déjà très défavorisées, les diasporas africaines, elles, ont été appelées à jouer un rôle de plus en plus important dans les efforts du développement de communautés locales de leur pays d'origine.

Leurs actions sont remarquables dans les activités d'économie sociale où les associations diasporiques prennent des initiatives seules ou en collaboration avec des mouvements associatifs du Nord. C'est le cas de l'engagement volontaire d'émigrants dans des activités de développement économique, social ou culturel de leur localité ou région d'origine: il peut s'agir d'envoi de biens en nature ou de transferts de fonds «institués» (des retenues sur salaire effectuées par les services sociaux de retraite ou des allocations familiales, etc.). Ces apports de la diaspora représentent une source appréciable de soutien au développement des activités de l'économie populaire et de l'économie sociale tels, par exemple, des microfinancements pour le démarrage de coopératives dans divers secteurs...

Nouvelles coopérations

Parfois, les Africains de la diaspora s'organisent, de façon plus collective encore, en associations sans but lucratif pour oeuvrer, en partenariat avec les compatriotes demeurés au pays, à la réalisation des projets de développement.

Dans les années 1990, on a assisté à l'émergence de nouvelles formes de coopération, soit l'établissement des partenariats entre les associations des diasporas africaines, les mouvements associatifs et les organisations non gouvernementales (ONG) du pays d'accueil, pour le développement d'activités d'économie sociale et solidaire. L'exemple le plus connu et souvent cité est celui des associations des diasporas de la vallée du fleuve Sénégal (Mauritanie, Sénégal et Mali). Selon l'Institut Panos, on comptait plus de 500 associations en France à la fin des années 1990.

Ces associations de partenariat et de solidarité internationale ont joué au cours des années et continuent de jouer un rôle non moins important dans le développement local de leur pays. Leurs interventions ont permis de doter des pans entiers de villages et de localités d'infrastructures de base, c'est-à-dire d'écoles, de dispensaires, de centres de santé, de silos de stockage de céréales, d'aménagement de périmètres irrigués, de constitution de banques céréalières, de réseaux d'eau potable et d'assainissement, etc.

Volet canadien

Un courant de ces mouvements associatifs du Nord (notamment des organisations de coopération internationale) développe également des liens de solidarité avec des associations des diasporas pour appuyer la société civile et les partis d'opposition dans leurs luttes pour la démocratie et l'État de droit en Afrique. Au Québec, on peut citer, entre autres, le cas de la Diaspora togolaise pour la démocratie (Diastode). En 1991, des Togolais du Québec et du Canada fondent la Communauté togolaise au Canada (CTC) afin de créer un lien social et développer une solidarité qui leur permettent de participer non seulement à la vie socio-économique et culturelle du pays d'accueil, mais également pour appuyer la lutte que mènent les forces démocratiques à l'intérieur de leur pays d'origine contre la dictature d'Étienne Gnassingbé Éyadéma (au pouvoir depuis 1967).

En 1995, la CTC prend l'initiative d'organiser un séminaire international au Québec. La rencontre, à laquelle ont participé les délégués des associations togolaises de la diaspora aux Antilles, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en France, en Suisse, aux États-Unis, au Canada mais aussi en Afrique même (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire...), crée alors une nouvelle organisation. Un collectif formé d'OCI canadiennes (CUSO, CISO, CEQ, Alternatives, etc.) et de la Ligue des droits et libertés du Québec l'appuie.

Ce partenariat reçoit même le soutien financier de l'organisation Droits et Démocratie. Les participants aux États généraux des Togolais de l'extérieur tenus en avril dernier à Montréal se sont donné de nouvelles orientations et sont désormais dotés d'une organisation renouvelée sous l'appellation de la Diaspora togolaise pour la démocratie et le développement. En outre, la Diastode dispose d'un site Internet produit ici au Québec. Ce site est devenu au fil des ans le principal organe d'expression et d'information des Togolais aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur (http://www.diastode.org/).

Yao Assogba est sociologue au Centre d'étude et de recherche en intervention sociale de l'UQO et président de la DIASTODE.