Pussy Riot: deux ans de camp pénitentiaire pour leur «prière» anti-Poutine

Moscou – Les trois jeunes femmes du groupe punk russe des Pussy Riot ont été condamnées à deux ans de camp pénitentiaire chacune vendredi pour avoir chanté une «prière» anti-Poutine dans une cathédrale de Moscou en février. Le procès faisait figure de test démocratique pour la Russie, un peu plus de 100 jours après le retour de Vladimir Poutine aux commandes.

La juge Maria Sirova a déclaré Nadejda Tolokonnikova, 23 ans, Maria Alejina, 24 ans, et Ekaterina Samoutsevich, 29 ans, coupables de «hooliganisme motivé par la haine de la religion» et a estimé qu'elles avaient offensé les croyants.
 
La loi prévoit jusqu'à sept ans de prison pour ce crime mais l'accusation en avait requis trois contre les jeunes femmes, détenues depuis mars. La magistrate a déclaré avoir tenu compte de circonstances atténuantes mais a ajouté qu'un geste pareil ne pouvait être sanctionné que par de la prison. Vladimir Poutine avait dénoncé l'acte mais souhaité que la peine ne soit pas «trop sévère».
 
Le procès met en lumière l'influence de l'église orthodoxe russe, réprimée du temps de l'Union soviétique. Malgré la séparation officielle de l'Église et de l'État, l'église se considère comme le coeur de l'identité nationale russe. Ses détracteurs estiment qu'elle constitue de fait un quasi-État dans l'État.
 
Un important dispositif policier avait été déployé autour du tribunal de Moscou pour contenir une foule de plusieurs centaines de manifestants et fans du groupe punk.
 
L'affaire a terni l'image de la Russie dans le monde, surtout après les manifestations massives de l'opposition consécutives à la victoire du parti de Vladimir Poutine aux élections législatives de 2011. Plusieurs lois récentes prévoyant notamment des amendes énormes limitent désormais de tels rassemblements.
 
Vladimir Poutine, élu président de 2000 à 2008, a retrouvé son poste le 7 mai dernier après avoir été Premier ministre de Dimitri Medvedev pendant quatre ans en raison de la limite constitutionnelle de deux mandats présidentiels consécutifs.
 
«Le but de ce procès est de museler toute critique, toute opposition au régime de Poutine. Elles sont victimes d'un système et c'est symptomatique de plein d'autres choses qui se passent (...) en Russie aujourd'hui», a estimé Stéphane Oberreit, directeur d'Amnesty International France, interrogé vendredi par la channe BFMTV.
 
Des manifestations de soutien aux Pussy Riot étaient organisées à Moscou devant le tribunal ainsi que dans de nombreuses villes du monde vendredi, notamment à Paris.
 
À Moscou, des centaines de manifestants s'étaient réunis dans la petite rue du tribunal, aux cris de «La Russie sans Poutine!», malgré une présence policière accrue. Plusieurs participants ont été arrêtés, dont l'ancien champion d'échecs Garry Kasparov et l'opposant de gauche Sergueï Oudaltsov.
 
«Une pensée en ce jour de mobilisation pour les #pussyriot. L'impertinence ne devrait jamais amener en prison», a écrit vendredi la ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement français, Najat Vallaud-Belkacem, sur son compte Twitter.
 
Des personnalités comme Madonna, Bjvrk ou Paul McCartney ont également exprimé leur soutien au groupe féministe punk.

L'annonce de la condamnation vendredi matin fait la manchette de plusieurs grands médias dans le monde.

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