Les pays de la Francophonie doivent agir

Le français comme langue de travail se porte mal à l’ONU, selon le rapport réalisé par l’Assemblée des fonctionnaires francophones des organisations internationales.
Photo: Agence France-Presse (photo) Timothy A. Clary Le français comme langue de travail se porte mal à l’ONU, selon le rapport réalisé par l’Assemblée des fonctionnaires francophones des organisations internationales.

L’Organisation des Nations unies a depuis sa fondation deux langues de travail qui ont le même statut officiel : l’anglais et le français. Depuis la publication du rapport Vareilles en février dernier, on sait pourtant que, lorsque vient le temps de recruter du personnel, l’anglais est obligatoire dans 84 % des postes alors que le français ne l’est que pour 7 %. Et encore, parmi ces rares employés qui parlent le français, plus d’un sur cinq est affecté à la traduction.

Pour Dominique Hoppe, le président de l’Assemblée des fonctionnaires francophones des organisations internationales (AFFOI), cette situation est inacceptable. Cette organisation, qui regroupe des francophones qui travaillent dans toutes les grandes organisations internationales, propose aux 56 pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) de ne plus tolérer ce monolinguisme. Hoppe réclame que les pays de l’OIF retiennent une partie de leurs cotisations afin de faire pression sur l’ONU, et qu’ils affectent ces sommes à un organisme qui s’assurera que le français y redevienne réellement une langue de travail.

« La situation du français à l’ONU est dramatique,dit Dominique Hoppe. Nous avons enfin une étude qui le démontre. Longtemps, on nous a dit que redonner au français toute sa place coûterait trop cher. Mais il n’en coûte pas un sou de plus de recruter des fonctionnaires qui parlent le français, et pas seulement l’anglais ! »

Pour ce fonctionnaire qui travaille depuis 30ans à l’Office européen des brevets, basé aux Pays-Bas, il est temps que les pays membres de la Francophonie passent aux actes. Au sommet des chefs d’État qui se tiendra à Kinshasa en octobre prochain, on rendra compte pour la première fois de ce que font réellement les 56 pays membres de l’OIF afin de faire respecter le vade-mecum de l’organisation qui exige de ses membres qu’ils utilisent le français dans les organisations internationales chaque fois que cela est possible.

Selon Dominique Hoppe, l’étape suivante devrait amener les membres de l’OIF à faire pression sur l’ONU en retenant une partie de leurs cotisations, comme viennent de le faire les États-Unis à l’UNESCO après l’adhésion de la Palestine. « Il s’agirait que les États retiennent 0,1 % de leur contribution pour créer un organisme de contrôle qui exigerait le retour du français comme langue de travail de l’ONU. Il serait temps de savoir si la Francophonie est sincère ! »

Comme le dit Hoppe, il n’en coûte rien d’engager un fonctionnaire qui parle le français plutôt qu’un fonctionnaire qui ne parle que l’anglais. Or, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon n’a toujours pas répondu au rapport Vareilles. Seuls les gouvernements québécois, canadien et français ont daigné répondre à la lettre que leur a adressée l’AFFOI en février dernier.

Avec les années, Dominique Hoppe a vu la situation du français se dégrader rapidement dans les organismes internationaux. À l’Office européen des brevets par exemple, il y a 30ans, tous les fonctionnaires parlaient les trois langues officielles de l’organisation : le français, l’anglais et l’allemand. « Aujourd’hui, tout se déroule en anglais,dit-il. Même lorsque des francophones se réunissent, il leur arrive de se parler en anglais ! »

Pour Dominique Hoppe, l’enjeu dépasse largement la question linguistique. « Avec l’anglais, c’est la pensée unique qui s’impose, dit-il. Comme les fonctionnaires ne parlent qu’anglais, tous les logiciels, les modèles économiques, sociologiques ou de gestion de projets sont anglo-américains. Puisqu’ils parlent mieux anglais, ce sont les anglophones qui finissent par occuper les postes les plus influents. »

À Kinshasa, Dominique Hoppe voudrait organiser une grande table ronde avec des fonctionnaires internationaux venus des principales organisations internationales. Mais il n’a encore trouvé personne pour contribuer à une telle entreprise. « Il s’agit d’un combat pour préserver la diversité culturelle, dit-il. On ne sauvera pas la langue si on ne sauve pas la culture. »

11 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 14 juillet 2012 08 h 58

    Quand l'exemple vient de haut

    D'abord, soufflée d'apprendre, merci, que «l'Organisation des Nations unies a depuis sa fondation deux langues de travail qui ont le même statut officiel : l’anglais et le français.»

    Cette seule information est bouleversante.
    Le sachant, la suite des choses s'impose d'elle-même.

    Quand l'exemple de laxisme vient de si haut, on se doute un peu de l'effet que cela peut avoir au plus bas.

    À l'inverse, l'exemple de la reconnaissance de ses droits, de la fierté en haut, ne pourra que se répercuter rapidement au centuple en bas, dans les rues de Montréal aussi.

    • Jacques Moreau - Inscrit 14 juillet 2012 20 h 42

      En 1945, à sa création ONU avait 5 langues officielles; anglais, chinois (mandarin),russe, français, espagnol et depuis 1973 l'arabe a été ajouté. Un document de devient officiel qu'aprés avoir été traduit dans les 6 langues, après quoi il peut être publier. Si la personne qui parle ne peut pas le faire dans une langue officielle, elle doit touver un traducteur pour traduire dans l'une des langues officielles.
      Il arrivent que l'intéprétation des résolutions et règlement varie d'une langue à l'autre. Rien de parfait lç non plus.

    • France Marcotte - Abonnée 15 juillet 2012 15 h 41

      Cela ne me dit pas ce que vous pensez de ce qui est annoncé dans cet article.

      Et ce ton professoral...

    • Jacques Moreau - Inscrit 15 juillet 2012 16 h 09

      Malheureusement mme Marcotte je ne peu que supposer que les délégations francophones utisent trop souvent l'anglais, plutôt que le français. Il y aurait 2 raisons à ça !
      Un: c'est plus rapide. Deux: on évite les erreurs ou différences d'interprétations induite par un traducteur.

  • Gilles Théberge - Abonné 14 juillet 2012 12 h 17

    Oui mais

    Oui madame Marcotte, le français a statut de langue officielle et valeur juridique dans l'interprétation des résolutions.

    Or dans le cas de la fameuse résolution 242 sur la restitution des territoires occupés par Israël, c'est étrangement la langue anglaise qui a prévalu.

    Lisez le fichier sur Wikipédia, et consultez en particulier la partie intitulée «Controverse sur l'interprétation de la résolution»: http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9soluti

    Vous allez constater que valeur juridique ou pas, c'est la Loi du plus fort qui prévaut toujours. Mais ça monsieur de Lafontaine l'avait déjà dit. Il y a longtemps.

    La langue française est plus précise que la langue anglaise. En politique c'est l'influence qui compte quant à la prépondérance de la langue, à l'Onu bien entendu. Mais aussi dans d'autres forums.

    Quand ce qui nous tient lieu de premier ministre, John James Charest pour le nommer s'exprime en anglais dans une rencontre internationale, en France incidemment, on peut se demander quel mot employer pour qualifier cette attitude.

    • France Marcotte - Abonnée 14 juillet 2012 16 h 24

      On parle ici de voir les pays francophones mener une lutte pour faire reconnaître ce statut du français, pas du laisser faire qui a prévalu jusqu'ici.

    • Jacques Moreau - Inscrit 14 juillet 2012 20 h 59

      <<La langue française plus précise...>> une autre conception mythologique. La "clarté" et la "precision" d'un texte ou d'une présentation depend surtout des mots choisie pour exprimer une idée que de la langue utilisé. Ce qui se conçoit bien, s'exprime clairement et les mots pour le dire viennent aisément. À mon avis ce principle s'applique à toutes les langues. Bien sûr si c'est une langue qui ignore l'existence des avions, ça vas mal pour parler d'aéronautique.

  • Denis Paquette - Abonné 14 juillet 2012 15 h 16

    En quete de toute les richesses

    Il était temps que les gens réalisent que la culture anglo-saxonne conduit a tous les débordements et a un appauvrissement généralisé, que sa vision en est une essentiellement d'utilitarisme
    Tout ca parce qu'un jour elle fut la marine la plus importante et qu'il lui était facile de parcourir le monde en quete de toutes les richesses

    • Jacques Moreau - Inscrit 14 juillet 2012 21 h 03

      Malheureux que la France ait négligée de s'assuré d'avoir une marine marchande et militaire pour rivaliser avec les anglais au 17 et 18 ième siècle.

  • Bernard Gervais - Inscrit 14 juillet 2012 18 h 19

    À l'image d'un des dangers de la mondialisation

    On voit bien que le français n'est pas la seule langue à se faire tasser par l'anglais dans les différents organismes internationaux.

    Une situation qui illustre l'un des principaux dangers de la mondialisation, soit cette culture anglo-américaine (surtout américaine) qu'on cherche de plus en plus à nous imposer un peu partout...

    Cette diffusion, par exemple, souvent démesurée et supportée par les médias pour tout ce qui vient d'Hollywood, pour n'importe quel nouveau chanteur anglo de musique rock. Sans compter tout le reste...

    Tout cela contribue à rendre notre monde de plus en plus uniforme, aseptisé et sans intérêt.

    D'ailleurs, si je regarde autour de moi, beaucoup de gens commencent à s'en rendre compte et à s'y opposer.

    Ce qui fait la beauté de notre monde, c'est sa diversité et, notamment, au plan linguistique et culturel !

    • Jacques Moreau - Inscrit 14 juillet 2012 21 h 09

      Là ou la France s'est imposée, Algérie, Maroc, Tunisie, etc... le français était la langue d'aministration officielle.
      En France, il y a eu d'autre langue, les Bretons, les Normands, les Alsacien, les Corses, les Basques, parlaient autre chose que le français.