Considéré comme le «vrai vice-premier ministre britannique» - Blair perd Campbell

Londres — Tony Blair perd Alastair Campbell, son puissant chef de la communication. Sur la sellette dans l'affaire Kelly, celui qui était surnommé le «vrai vice-premier ministre britannique» a annoncé hier qu'il quittera ses fonctions dans quelques semaines.

L'un des plus proches conseillers de Tony Blair, Alastair Campbell était le principal responsable visé par les allégations de la BBC selon lesquelles les services du premier ministre britannique auraient délibérément exagéré la menace des armes de destruction massive pour justifier l'entrée en guerre contre l'Irak.

Alastair Campbell a démenti ces accusations et les responsables des renseignements britanniques ont soutenu sa version des faits. Dans le communiqué annonçant sa démission, il ne mentionne pas l'affaire Kelly, invoquant des raisons familiales pour expliquer son départ et assurant avoir pris sa décision en avril dernier. «Ma famille, mes amis et mes collègues proches savent que je pense depuis un certain temps à quitter mon poste de directeur de la communication et de la stratégie, déclare M. Campbell. J'avais l'intention de partir l'été dernier, mais avec le développement de la question irakienne, le premier ministre m'a demandé de rester pour superviser la communication du gouvernement sur l'Irak et j'ai été heureux de le faire», ajoute-t-il. Sa compagne, Fiona Millar, qui travaillait pour Cherie Blair, l'épouse du premier ministre, quitte également son poste pour renouer avec le journalisme.

Le 10 Downing Street a annoncé qu'il sera remplacé par David Hill, un ancien directeur de la communication du Labor, qui supervisera un bureau de presse restructuré.

Diplômé de Cambridge, Alastair Campbell était journaliste politique au Daily Mirror avant de devenir le porte-parole de Tony Blair, alors chef de l'opposition, en 1994.

Après la victoire du Labor en 1997, Campbell avait fait du 10 Downing Street, la résidence du premier ministre, une formidable machine de communication pour vendre la politique du gouvernement. Une méthode qui se retournait parfois contre lui: son style cinglant déplaisait à certains journalistes qui accusaient le gouvernement d'être obsédé par la forme et non par le fond. Tony Blair a rendu hommage à son chef de la communication, assurant que «l'image d'Alastair Campbell dépeinte dans les médias a toujours été caricaturale». Le premier ministre a salué «un serviteur immensément capable, sans peur et loyal de la cause en laquelle il croit, qui était dévoué non seulement à cette cause mais à son pays». Cet ancien journaliste qui a débuté dans la presse à sensation assistait au conseil des ministres, discutait avec les chefs d'État, écrivait bon nombre de discours de Blair et élaborait en toutes circonstances la ligne gouvernementale.

Après les déboires de précédents dirigeants travaillistes esquintés par la presse, Campbell a été chargé de placer les relations avec les médias au coeur de la stratégie de Blair, ce qu'il a en grande partie réussi dans l'opposition.

Mais une fois arrivé aux affaires, cette pratique a fait accuser Blair de privilégier la forme par rapport au fond. Pourtant, rien n'indique que le premier ministre ait souhaité son départ. Il y a quelques jours, il lui rendait encore hommage en ces termes: «C'est un grand acteur, solide, et il est magnifique dans un travail terriblement difficile.»

En revanche, Bernard Ingham, ancien conseiller en communication de Margaret Thatcher, premier ministre conservateur, s'est réjoui du départ de Campbell.

«Il a présidé à une période affligeante de la communication gouvernementale. Campbell était obsédé par le paraître, mais le véritable coupable, c'est M. Blair», a tranché Ingham.