Quasi-unanimité lors d'un «référendum populaire» - Le socialisme cubain deviendra «intouchable»

La Havane — Cuba a bouclé hier une campagne de signatures approuvant à la quasi-unanimité un amendement constitutionnel ratifiant le caractère «intouchable» du socialisme cubain tandis que la dissidence a mis en garde contre «les graves conséquences de perpétuer le régime politique» de l'île.

Selon les chiffres officiels non encore définitifs, 8 013 966 Cubains (sur une population de 11 millions) ont signé dans les quelque 129 000 bureaux installés à cet effet dans tout le pays pour soutenir un amendement constitutionnel ratifiant le caractère «immuable» du régime socialiste à Cuba.

La campagne de recueil de signatures, entamée samedi à 10h locales, s'est achevée mardi à 12h locales, moins d'une semaine après que le régime eut mobilisé en une manifestation gigantesque et inédite plus de neuf millions de Cubains pour une «grande marche» aux quatre coins de l'île, appuyant le socialisme et rejetant la politique américaine. La presse officielle cubaine affirmait hier avec euphorie que le «référendum populaire» lancé jeudi par le président Fidel Castro représentait «la plus écrasante déroute idéologique interne et externe infligée à l'impérialisme à Cuba ou dans n'importe quelle partie du monde».

De Juan Miguel Gonzalez, le père du petit naufragé Elian Gonzalez au centre d'une saga politico-judiciaire avec les États-Unis il y a deux ans, aux plus grands noms du sport, de la peinture ou de la musique cubaine, la quasi-totalité des Cubains de plus de 16 ans inscrits sur les listes électorales ont approuvé ce «référendum populaire».

Une seule option

Dès lundi soir, 90 % des Cubains inscrits avaient appuyé le projet, qualifié de «victoire politique et idéologique plus importante jamais obtenue contre l'empire», selon le secrétaire général de la Centrale des travailleurs de Cuba (CTC, unique), Pedro Ross, une des organisations de masse à l'origine de l'initiative.

Selon les dispositions adoptées par les autorités, ce «référendum populaire» n'a offert aux Cubains qu'une seule option: celle de rendre «immuable le régime économique, politique et social» en vigueur à Cuba en signant en faveur d'un amendement à la Constitution déposé à l'Assemblée nationale du pouvoir populaire (parlement) par les principales organisations de masse, pilotées par le régime.

Selon la dissidence interne, la consultation a en fait pour objectif de mettre en pièces le projet Varela, destiné à faciliter une ouverture démocratique à Cuba. Ce projet, dont l'ancien président américain Jimmy Carter a fait l'éloge pendant sa visite historique dans l'île, le mois dernier, avait été présenté début mai à l'Assemblée nationale par un groupe de dissidents ayant reçu l'appui de plus de 11 000 Cubains signataires d'une pétition réclamant un référendum en vue de l'organisation d'élections libres. Selon l'article 88 de la Constitution, l'initiative des lois revient à plusieurs instances d'État, au syndicat (unique) de la Centrale des travailleurs et aux citoyens. Pour que ces derniers exercent leurs prérogatives, «il est indispensable que 10 000 citoyens, au moins, remplissant les conditions d'électeur, prennent l'initiative».

Dans un communiqué publié lundi, l'opposition interne cubaine estime que «les citoyens ne connaissent pas les causes véritables des manoeuvres précipitées lancées par le gouvernement pour tenter de modifier la Constitution». «Nous alertons le peuple sur les graves conséquences de perpétuer ce régime politique par-dessus le droit souverain du peuple à changer et choisir son système politique et économique. La patrie est un autel et non un piédestal», indique le communiqué.