À l'Université de Montréal - L'Unité de santé internationale inscrit le partenariat au coeur de toute action

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Lucien Albert, directeur de l’Unité de santé internationale
Photo: Source: USI Lucien Albert, directeur de l’Unité de santé internationale

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale, février 2012

Pour former le personnel de santé dans les pays du Sud pour améliorer la condition des populations, il n'y a pas de solution clés en main. Depuis plus de vingt ans que l'Unité de santé internationale (USI) existe et qu'elle œuvre dans les pays en voie de développement, elle a gardé la même manière de faire: guider plutôt que de se substituer.

«Le but, c'est qu'au final, ils n'aient plus besoin de nous et que nous vivions dans un monde plus juste, plus équitable, plus solidaire, assure Lucien Albert, directeur de l'USI. Pour cela, il faut respecter le leadership de nos partenaires locaux, universités, hôpitaux, ministères de la Santé. Ils sont associés aux programmes. Mieux, ils pilotent les interventions dans toutes les étapes, depuis la conception jusqu'à l'évaluation.»

Échanges et interventions

En 1989, la Faculté de médecine de l'Université de Montréal souhaite élargir ses partenariats internationaux avec les pays du Sud afin de promouvoir son expertise. C'est la naissance de l'Unité de santé internationale.

À l'époque, il s'agit principalement d'échanges universitaires, de formation et de recherche. «Au fil des années, poursuit M. Albert, nos activités se sont développées rapidement. Nous avons élargi le cadre de nos interventions pour répondre à des besoins qui nous étaient adressés par nos partenaires, particulièrement par les ministères de la Santé. On a donc dépassé le cadre de la formation pour apporter de l'appui à la fois dans l'évaluation des politiques de santé, dans la gestion des services de santé et dans la mise en oeuvre de programmes de santé publique. Nous avons travaillé dans le domaine du VIHsida, de la mortalité maternelle, de la nutrition, etc.»

Tous continents


Vingt ans plus tard, une centaine de projets ont vu le jour: en Haïti, en Afrique francophone, au Maghreb principalement, mais aussi en Amérique latine, en Europe de l'Est et dans quelques pays d'Asie. Des interventions variées, même si beaucoup tournent autour du renforcement des capacités et de l'expertise. «Si on arrive à appuyer les compétences dans les systèmes de santé, on a de fortes chances, sur le moyen/long terme, d'améliorer la santé de la population, estime Lucien Albert. L'intérêt, c'est de former des masses critiques. Former dix personnes, c'est bien. Mais en former quel-ques centaines qui partagent les mêmes valeurs, les mêmes façons de voir les choses, ça aide un système de santé à s'orienter. En Haïti, nous avons formé localement, en relation avec l'Université d'État, quelque deux cent cinquante personnes qui occupent des postes de responsabilité un peu partout dans le système de santé. Et la grande satisfaction, c'est que ce programme, que nous avons soutenu, va continuer à être donné par la Faculté de médecine alors que nous-mêmes, nous nous retirons dans le courant de l'année.»

Même processus concernant la nutrition en Afrique subsaharienne. Le but: former des spécialistes qui vont être capables de faire remonter les problèmes. «Nutrition, dans cette région du monde, ne signifie pas seulement malnutrition, précise le directeur de l'USI. Le problème que vit l'Afrique aujourd'hui, c'est qu'il y a toute une série d'autres maladies liées à des problèmes de surcharge pondérale, d'obésité, de diabète, d'hypertension. Il faut qu'il y ait des gens qui commencent à se préoccuper de ce qu'on appelle le double fardeau nutritionnel. Les deux cohabitent et ça va devenir extrêmement compliqué à gérer parce que les solutions ne sont pas les mêmes.»

Contrer la mortalité maternelle

Autre champ d'action, dans le domaine de la santé publique cette fois, la lutte contre la mortalité maternelle. Si dans les pays du Nord, une grossesse sur 4000 risque de se terminer fatalement, au Sud, c'est une sur douze. Quels sont les obstacles qui mènent au retard dans la reconnaissance des signes de danger? Où se dressent-ils et à quel moment?

«Nous intervenons dans ce domaine au Mali, explique Lucien Albert. Ces retards peuvent être liés au transport, mais même quand on arrive à temps à l'hôpital, il peut ne pas y avoir de personnel qualifié, ou pas de sang, pas de plateau technique, etc. Il s'agit donc de voir, selon les contextes, quels sont les retards qui sont le plus en cause dans la mortalité maternelle, et à partir de là, on construit des interventions. C'est ce que nous sommes en train de faire là dans plusieurs régions, avec beaucoup de succès. Nous travaillons avec la communauté pour qu'elle aide les femmes à reconnaître les différents signes de danger.»

Financement public

Mais tous ces programmes ont bien évidemment un coût. Si l'Unité de santé internationale est aujourd'hui rattachée à la fois à l'Université de Montréal d'une part, et au CHUM d'autre part, elle ne tire aucun financement de ces deux institutions d'appartenance. Les principales sources de revenus proviennent de contrats ou de subventions, en l'occurrence de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), mais aussi de ban-ques de développement comme la Banque mondiale ou la Banque interaméricaine de développement, de fondations ou d'organismes des Nations unies.

«Notre financement dépend de la région où l'on est, de l'origine du projet, du domaine d'action. Il est très diversifié... et c'est d'ailleurs ce qui nous sauve, assure M. Albert. Car nous som-mes perplexes devant les orientations de l'aide publique au développement qui vient du fédéral. Les nouvelles priorités de l'ACDI ont été décidées un peu dans l'ombre sans vraiment de concertation avec les gens qui travaillent dans le monde du développement international. Je suis inquiet des récentes déclarations de la ministre Oda, qui disait qu'elle ne séparait pas les intérêts commerciaux et de politique étrangère de la mission de soutien et de développement international... Je veux bien qu'on aide à développer la compétitivité des entreprises canadiennes, du secteur minier en l'occurrence, j'imagine, en rehaussant la capacité de ces entreprises à gérer des risques sociaux et environnementaux, mais c'est largement insuffisant. Nous avions une tradition de présence et de soutien aux pays en développement extrêmement importante et valorisée, conclut le directeur de l'Unité de santé. Aujourd'hui, nos partenaires nous manifestent que, eux aussi, s'interrogent sur ce que le Canada fait et va faire à l'avenir. C'est préoccupant!»

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Collaboratrice du Devoir

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