Vers la rencontre de juin 2012 - Rio+20 a monopolisé presque l'ensemble des discussions à Porto Alegre

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Manifestation dans les rues de Porto Alegre, à l’occasion du Forum social qui s’y tenait jusqu’à samedi dernier.
Photo: Agence France-Presse (photo) Christophe Simon Manifestation dans les rues de Porto Alegre, à l’occasion du Forum social qui s’y tenait jusqu’à samedi dernier.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale, février 2012

La Conférence de Rio+20 sur le développement durable, prévue en juin prochain, a été au centre des débats et des critiques lors du Forum social de Porto Alegre. Le Devoir s'est entretenu par téléphone avec Michel Lambert, directeur général d'Alternatives, alors qu'il séjournait au Brésil pour participer à ce rendez-vous altermondialiste.

Le texte préliminaire exposant les enjeux qui seront négociés lors de la Conférence de Rio+20 sur le développement durable, publié sur le site des Nations unies (ONU) le 10 janvier dernier, a été la cible d'un feu nourri de critiques durant le Forum social de Porto Alegre. Ce rendez-vous altermondialiste, qui s'est déroulé du 24 au 29 janvier, n'était pas un forum social mondial (FSM), mais plutôt un forum social thématique, comme il s'en est organisé une cinquantaine entre les FSM de Belém, en 2009, et de Dakar en 2011.

Avec pour titre «Crise capitaliste, justice sociale et environnementale», il s'agissait tout de même d'une étape importante dans le calendrier de mobilisation menant au Sommet des peuples, prévu du 13 au 22 juin 2012 en marge de la Conférence de Rio+20.

Michel Lambert, directeur général et cofondateur d'Alternatives, assure que Rio+20 a monopolisé presque l'ensemble des discussions durant le Forum social de la semaine dernière.

Rio+20 se veut la suite de la Conférence de Rio de Janeiro sur l'environnement, où 178 gouvernements avaient adopté l'Agenda 21 en 1992. L'ONU convie de nouveau tous les États dans la métropole brésilienne pour relancer l'engagement international envers le développement durable. Initialement prévue du 4 au 6 juin 2012, Rio +20 a été déplacée les 20, 21 et 22 juin, pour ne pas entrer en conflit d'horaire avec les festivités entourant le jubilé de la reine Elizabeth II et ainsi assurer la participation des pays du Commonwealth. La Conférence s'articulera autour de deux thèmes principaux, soit celui de la coordination internationale en faveur du développement durable et celui de l'économie verte.

Économie verte détournée ?

L'orientation donnée par l'avant-projet de la déclaration finale de Rio+20, officiellement désigné la «copie zéro», n'a pas du tout plu à plusieurs altermondialistes qui ont manifesté leur mécontentement à Porto Alegre. Ce document, qui a été l'objet d'une première ronde informelle de négociation du 26 au 28 janvier dernier au siège de l'ONU, évoluera au fil de trois autres rondes avant la Conférence.

Le 26 janvier, lors d'un moment fort du Forum social, Dilma Rousseff, présidente du Brésil qui a tourné le dos au Forum économique de Davos tenu au même moment, a tenté de convaincre une foule de 4000 personnes de continuer à croire en Rio+20. Elle en a appelé à une plus grande participation de la société civile lors de cette conférence sur le développement durable, mais le document publié par l'ONU continue de susciter beaucoup d'inquiétude. Après la déception à la suite des ententes minimales conclues à la Conférence de Durban sur le climat, «on regardait Rio+20 avec beaucoup d'espoir. C'était une possibilité de remettre les cartes sur table dans un autre espace», reconnaît Michel Lambert, aujourd'hui agacé à la suite de sa lecture de la «copie zéro».

Il déplore, entre autres, la discrétion sur les changements climatiques à l'intérieur du document. Mais ce qui l'alarme surtout, c'est le nouveau sens accordé à l'économie verte. «En fait, on parle d'économie tout court», déplore à ce sujet M. Lambert. «C'est comme si on avait pris l'expression économie verte — que nous avons nous-mêmes mis de l'avant pendant des années — et que finalement, c'était devenu du super capitalisme dont il ne reste de vert que le nom.» L'expression a-t-elle donc été détournée? «On appelle ça un grand vol», rétorque aussitôt M. Lambert.

«Beaucoup ont été choqués en constatant que la question de sauver la planète ne faisait pas tellement partie de la discussion. Ce qu'on nous présente, c'est une espèce de privatisation de la nature au nom de faire de l'argent dans un contexte de crise. Il y a une crise financière, on n'est pas capable de s'en sortir et la nature représente une opportunité de le faire. Ça fait peur.» Michel Lambert demeure sceptique par rapport à la «valorisation de la nature» qui s'établit en fixant «un chiffre, une valeur monétaire à des choses que nous considérons qui devraient relever des droits communs, des biens communs, comme l'eau et l'air». Même appréhension par rapport à une stratégie qui, en attribuant un rôle important aux entreprises, remet entre leurs mains la protection de l'environnement. «C'est plate à dire, mais le capitalisme n'a pas démontré, dans les dernières années, une grande capacité à répartir la richesse, mais plutôt à créer des injustices. Finalement, on ne voit pas comment il va réussir à répartir des biens communs.»

Cap sur le Sommet des peuples

Les débats soulevés par Rio+20 constituaient justement l'une des principales raisons pour lesquelles Alternatives s'était déplacée à Porto Alegre, question de connaître la position de la société civile internationale et coordonner son message. Le Sommet des peuples, planifié au même moment et dans la même ville, agira d'ail-leurs comme le porte-voix d'un message plus axé sur la solidarité que l'économie. Alternatives a déjà annoncé sa participation à cet événement parallèle, où elle conduira une délégation de 80 personnes avec le YMCA du Québec et UniAlter. «On a toujours une double stratégie», explique M. Lambert. Si certains altermondialistes seront conviés à Rio+20 et participeront au débat à l'interne, «il y a tout de même pas mal de monde qui ne réussira pas à entrer et qui va faire valoir des positions peut-être plus radicales par rapport à ce qui va se dire à l'interne», explique-t-il pour justifier le Sommet des peuples.

Dans les prochains mois, Alternatives préparera non seulement sa délégation pour juin prochain, mais va aussi entreprendre une tournée de formations à travers le Québec «pour expliquer aux gens quels sont les enjeux et pourquoi Rio+20 sera importante. On va se joindre à une campagne internationale pour dire que l'économie verte, telle qu'on nous la définit maintenant, ce n'est pas acceptable pour nous et ce n'est pas acceptable pour les générations futures.»

Contrairement à l'essoufflement accolé aux forums sociaux par certains observateurs, M. Lambert juge plutôt que le moral des troupes est gonflé à bloc. «On sent un mouvement qui est près à aller de l'avant et l'on voit justement de nouvelles forces vives arriver, de nouveaux mouvements se créer, de nouvelles possibilités», se réjouit-il. Le Forum de Porto Alegre a d'ailleurs été marqué par la présence de représentants des indignés d'Espagne, d'Occupy Wall Street, du Printemps arabe et des étudiants du Chili. «Sur le fond, on dit pas mal la même chose, remarque M. Lambert à propos de ces jeunes mouvements. On sent que c'est de la famille qui arrive en ville.»

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Collaborateur du Devoir

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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