Internet - Censure: la Biélorussie s'isole

Broyée par la dernière dictature en place en Europe, la Biélorussie n'était déjà pas un havre de liberté. Mais la vis s'est encore resserrée depuis jeudi avec l'entrée en vigueur d'une nouvelle législation sur l'accès à Internet.

Le Global Legal Monitor, une publication en ligne qui assure une veille juridique au sein de la Librairie du Congrès aux États-Unis, détaille cette loi publiée le 21 décembre et qui prolonge un décret du «président» autoritaire, Alexander Lukashenko, datant de juillet 2010. Le texte est joyeusement nommé «Amélioration de l'utilisation de la partie nationale de l'Internet».

Depuis ce premier texte, les fournisseurs d'accès biélorusses sont tenus de détailler auprès du gouvernement toutes les spécificités techniques de leur réseau et de conserver l'identification de toute machine qui se connecte. La surveillance du réseau a été confiée au «centre d'opérations et d'analyses», rattaché aux services de la présidence, qui a pour mission première de filtrer le contenu entrant en Biélorussie. Il a aussi le pouvoir d'exiger le blocage de tout site sous 24 heures. Des mesures qui créent «une censure depuis le plus haut niveau du pouvoir», avait à l'époque commenté Reporters sans frontières. En novembre dernier, le secrétaire général de RSF, Jean-François Julliard, s'était à nouveau inquiété de la situation dans l'ancienne république soviétique.

Voilà pour le premier volet de la répression en ligne, qui n'est qu'une rigolade par rapport à ce qui attend les Biélorusses désormais. La nouvelle législation exige en effet que toutes les entreprises utilisent uniquement les domaines Internet nationaux pour fournir des services en ligne, vendre ou acheter, et même échanger des courriels. En théorie, l'accès à des sites étrangers restera possible, mais pas l'interaction avec ces sites — par exemple un achat sur eBay ou Amazon. La police et la police secrète sont autorisées à enquêter sur toute pratique illégale, et des amendes allant jusqu'à une centaine d'euros sont prévues.

De plus, la loi prévoit le blocage total de certains sites qui doivent encore être listés par le pouvoir, notamment les adresses jugées pornographiques ou extrémistes — une notion qui, selon les observateurs, inclut tout site critique envers le pouvoir. «Des sites d'information majeurs tels que Charter97, Belaruspartisan, ou le blogue de l'humoriste Yauhen Lipkovich sont d'ores et déjà inclus dans cette liste noire», détaille encore RSF.

Selon Reporters sans frontières, Charter 97 a par ailleurs «été la cible d'une série d'attaques DDoS sans précédent le 29 décembre dernier. Des hackers se sont également procuré les mots de passe des administrateurs et ont commencé à détruire les archives du site tout en publiant des contenus provocateurs.»

Concernant les particuliers, la loi stipule que les propriétaires et les administrateurs de cafés Internet ou d'autres endroits qui offrent un accès à Internet, comme les hôtels, peuvent être poursuivis et leur entreprise fermée si des clients visitent des sites basés hors de la Biélorussie.

Ces nouvelles mesures, dans un pays où les manifestants sont tabassés, la liberté de la presse bafouée et toute opposition étouffée, pourraient de fait couper la Biélorussie du réseau mondial.

C'est ce que tente également de faire l'Iran, où une nouvelle législation sur l'accès au réseau depuis les cafés Internet a également été annoncée mardi 3 janvier. Là aussi, toute personne souhaitant se connecter devra donner son nom complet, son numéro de carte d'identité et son numéro de téléphone. De plus, tous les faits et gestes dans ces cafés devront être filmés et les enregistrements conservés pendant six mois.
1 commentaire
  • Lucie Desrochers - Abonnée 7 janvier 2012 11 h 24

    Librairie du Congrès (sic)

    Je suis estomaquée!

    Un journal français de la qualité de Libération traduit "Library of Congress" par "Librairie du Congrès". Et moi qui croyais que la "Library of Congress" était une bibliothèque et non un magasin de livres! Doit-on y voir une marque supplémentaire de l'influence malsaine de l'anglais sur la France?