Golos le «Judas»

Moscou — Vladimir Poutine a parlé d'un rôle comparable à celui de «Judas», le parquet a ouvert une enquête et une chaîne nationale a diffusé des révélations compromettantes: l'ONG russe Golos, qui relève les fraudes électorales, est dans le collimateur du pouvoir à la veille des législatives.

Les observateurs de Golos (Voix), une association financée par des fonds occidentaux, qui surveille depuis des années le déroulement des scrutins en Russie, disent n'avoir jamais subi de telles pressions.

«Il s'avère que Poutine a peur de nous, j'en suis moi-même étonné», a déclaré à l'Agence France-Presse Arkadi Lioubarev dans un petit bureau de l'association à Moscou.

Le parti au pouvoir, Russie unie, qui domine le pays depuis une décennie, a vu sa popularité baisser et ne devrait pas parvenir, selon les sondages, à maintenir son écrasante majorité des deux tiers à la Douma (chambre basse du Parlement), qui lui permet si nécessaire d'amender la Constitution.

Selon le dernier sondage de l'institut indépendant Levada, le parti présidé par le premier ministre russe Vladimir Poutine, et dont le président Dmitri Medvedev est en tête de liste, est crédité de 56 % des intentions de vote en novembre, après avoir perdu 12 points en un mois.

En septembre, Golos a mis en place un site interactif intitulé La carte des fraudes (http://www.kartanarusheniy.ru), qui a répertorié près de 5000 cas de pressions ou d'irrégularités dans la campagne, dont la majorité est imputée à Russie unie. Le site, alimenté par des témoignages d'internautes, a été visionné 860 000 fois en trois mois.

Les animateurs du site indiquent ne pas être en mesure de vérifier les informations, mais ils les transmettent aux autorités compétentes. Ils soulignent que le projet est «ouvert à tous, indépendamment des opinions politiques». Mais l'ONG est dans le collimateur du pouvoir.

Vladimir Poutine a fustigé au cours d'un congrès de Russie unie le 27 novembre, qui l'a intronisé candidat à la présidentielle de mars 2012, le financement par l'étranger d'ONG russes ayant pour but «d'influencer le cours de la campagne électorale dans notre pays». Il a comparé ces ONG à «Judas». Depuis, les ennuis pleuvent sur Golos.

Saisi par trois députés de la Douma, le parquet de Moscou a annoncé jeudi l'ouverture d'une enquête à l'encontre de Golos, l'accusant notamment de propager des «rumeurs». L'ONG a été condamnée hier à une amende de 30 000 roubles (près de 1000 $) pour violation de la loi électorale.

La veille, un rédacteur en chef du principal site d'information en ligne, gazeta.ru, partenaire de Golos, a démissionné pour dénoncer des «pressions».

À Tcheliabinsk (Oural), Nijni Novgorod (Volga) et Barnaoul (Sibérie), des militants de Golos, ont été convoqués et menacés de sanctions pour leurs activités. Les défenseurs des droits de la personne, comme l'ONG Human Rights Watch, ont dénoncé ces pressions. La chaîne de télévision NTV, contrôlée par le géant gazier Gazprom, a pour sa part diffusé hier un film de 30 minutes accusant l'ONG d'agir pour le compte des États-Unis qui la financent, en noircissant les élections russes.