Jour de vote troublé en RDCongo

Le scénario du pire était prévu d'avance. Confirmant les craintes formulées pendant la campagne électorale, les incidents et les affrontements se sont multipliés hier en République démocratique du Congo (RDC). Les Congolais étaient appelés à désigner à la fois leurs députés et leur président lors du second scrutin démocratique organisé dans le pays.

Avant même l'ouverture des bureaux de vote, des rafales d'armes automatiques ont retenti à Lumumbashi, capitale du Katanga, où cinq personnes sont mortes. Des jeeps remplis de bulletins de vote ont également été incendiés. Les mystérieux assaillants se revendiquent d'un mouvement sécessionniste pourtant disparu depuis la fin des années 60. Ailleurs, les incidents avaient une résonance moins historique: des bureaux de vote ont été incendiés au centre du pays, dans le Kasai oriental, fief de l'opposition. À Kinshasa, la capitale, des citoyens en colère ont interceptés des hommes avec des «bulletins pré-manipulés»: déjà cochés. Tous avaient une croix inscrite à côté de la «case n°3», celle qui désigne le président sortant, Joseph Kabila.

Méfiance

Très vite, les autorités ont nié toute tentative de fraude ou d'existence de «bureaux de vote fictifs», mais la méfiance et la colère se sont vite imposées. Pourtant beaucoup de Congolais tenaient à voter. «Je vote parce que je suis Congolaise et qu'il s'agit d'un droit civique»,dit Albertine, une jeune électrice de Kisangani. Pour Augustin Madaoua, «la vie sociale est maigre» et «les fonctionnaires sont mal payes, y compris les policiers».

Arrivé au pouvoir après l'assassinat de son père en 2001, puis légitimé par les urnes en 2006. Il s'agissait alors pour Kabila de tourner la page sur une décennie de guerre civile et extérieure et de valider par le verdict des urnes l'installation d'un président et d'un Parlement.

Le cadet des chefs d'État du continent africain avait hier à défendre contre dix adversaires le bilan de son premier mandat comme dirigeant élu. Bilan qu'on peut au mieux qualifier de mitigé. Dans un pays qui, malgré ses immenses richesses naturelles, n'a jamais cessé de s'enfoncer dans la misère, la popularité du prince se heurte forcément à la détresse de la population.

«Kabila a vanté pendant la campagne les cinq chantiers présidentiels. Un seul, celui des infrastructures a donné des résultats tangibles. Mais les Chinois et les privés congolais à qui ont été confiés ces travaux n'ont pas créé d'emplois et les gens sont déçus», constate l'historien Elikya Mbokolo.

Une certaine amélioration est en effet visible au niveau de quelques grandes infrastructures. On est en train d'élargir et de mettre à peu près aux normes internationales deux boulevards de Kinshasa. La route entre la capitale et la province voisine du Bandundu est impeccable, mais la quasi-totalité des chefs-lieux de provinces ne sont accessibles qu'en avion.

Le partage des richesses est un problème récurrent depuis l'indépendance. Bénéficiant de 34 % des réserves mondiales de cobalt, 10 % de celles de cuivre, sans compter l'or, les diamants et l'uranium, l'ex-Zaïre est aussi le dernier pays sur l'échelle de l'indice de développement humain. La gestion des ressources du pays est l'une des plus opaques au monde.

Un candidat sérieux

Dans un pays miné par l'insécurité, ils étaient 19 000 hier à promettre des lendemains qui chantent dans l'espoir de décrocher l'une des 500 places de l'Assemblée. Mais face au pouvoir qui contrôle l'administration, seul le parti d'Étienne Tchisekedi, vieil opposant historique rentré d'exil, semblait pouvoir faire la différence. Le meilleur des scénarios pour Kabila, c'est bien sûr de finir devant ses adversaires, mais aussi de voir un autre que Tshisekedi arriver au deuxième rang.

Si l'homme de 78 ans talonne le président sortant, il pourrait mobiliser ses nombreux partisans, concentrés dans les provinces centrales du Kasaï occidental et du Kasaï oriental, crier à la fraude électorale, réclamer un second tour ou une nouvelle élection et, faute de les obtenir, rendre le pays encore plus ingouvernable qu'il l'est actuellement. Il a d'ailleurs multiplié les déclarations incendiaires au cours de la campagne qui vient de se terminer.

Et déjà, que la RDC n'est pas tout à fait en paix: il y a quelques jours, des centaines de ménages ont été forcés fuir les monts Ruwenzori, à la frontière avec l'Ouganda, en direction du Nord-Kivu, en raison d'affrontements entre l'armée nationale et une puissante milice. Le Nord-Kivu lui-même, comme la province voisine du Sud-Kivu, ne doit sa paix relative qu'au compromis qui a permis à des milices pro-rwandaises de se transformer du jour au lendemain en unités de l'armée nationale.

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Avec Le Devoir