Tous citoyens de la même planète

Bernard Descôteaux Collaboration spéciale
Un nouveau-né, quelques minutes seulement après sa naissance dans un hôpital du Honduras.
Photo: Agence Reuters Edgard Garriddo Un nouveau-né, quelques minutes seulement après sa naissance dans un hôpital du Honduras.

Ce texte fait partie du cahier spécial 7 milliards

Il n'y a pas si longtemps, il y a à peine 50 ans, nous n'étions que trois milliards d'humains sur notre planète. Confrontés que nous étions alors à de graves crises alimentaires en Chine et en Afrique, rappelons-nous le Biafra, nous nous demandions si la Terre pourrait nourrir une population sans cesse croissante. Cinquante ans plus tard, voilà que nous sommes sept milliards, en route déjà vers le cap du huit milliards qu'on atteindra dans une douzaine d'années. Aujourd'hui à nouveau, nous nous demandons ce que sera l'avenir du genre humain. Les réponses que nous avons sont toujours aussi incertaines.

La population de la planète n'a pas toujours été en croissance exponentielle. Longtemps, les guerres, les famines, les maladies ont contenu son expansion. Aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, la Terre ne comptait que 200 millions d'habitants. Les progrès de la science ont permis d'enrayer de nombreux fléaux et de développer une économie agricole capable de mieux nourrir cette population grandissante. Les famines font toujours partie de notre quotidien parce qu'aujourd'hui on nous les montre, mais elles sont moins nombreuses. Tous ces progrès rendent possible d'assurer l'alimentation de deux fois plus d'humains qu'il y a 50 ans.

Faut-il se réjouir de tous ces progrès et célébrer la vie... ou faut-il plutôt s'inquiéter devant le spectre de la surpopulation? On ne peut, bien sûr, demander à l'homme, entendu ici comme genre, de renoncer à la vie. La reproduction est de l'ordre de l'instinct de l'animal que nous sommes. Cet instinct peut se contrôler, comme tente de le faire la Chine, mais le danger ne vient pas tant de la reproduction que du comportement de ces humains qui ont en partage une planète de plus en plus petite et de plus en plus fragile.

En 2050, nous serons vraisemblablement neuf milliards. Deux milliards de plus d'humains qu'aujourd'hui à nourrir, à loger, à éclairer et chauffer, à soigner, à éduquer. Vrai, tout cela nous le faisons pour les sept milliards que nous sommes, mais combien difficilement. Il y a tout de même un milliard d'humains qui «souffrent» toujours de la faim. Des gens dont le quotidien est de l'ordre de la survie plutôt que de la vie.

De quoi donc sera fait demain le quotidien de neuf milliards de Terriens? Les experts nous proposeront des réponses rassurantes. Mieux vaudrait toutefois commencer à chercher la réponse en nous-mêmes en interrogeant nos comportements. Tous, nous sommes des individus à la recherche d'un bien-être matériel. Pour les uns, cela consiste à tenter d'assurer ses besoins de base élémentaires. Pour d'autres, c'est consommer, parfois à outrance. Le bonheur que peut nous procurer l'atteinte de ce bien-être pourrait être éphémère si nous ne nous préoccupons pas de celle qui nous nourrit, nous chauffe, nous éclaire. La Terre, c'est notre maison. Elle est fragile. Il faut l'aimer, la respecter et la protéger si nous voulons être toujours plus nombreux. Sinon, elle pourrait se révolter. Déjà, elle nous donne des signes de fatigue.

L'explosion démographique des deux derniers siècles a eu pour résultat de mettre fin à notre autarcie économique, sociale et politique. Impossible désormais de se croire seuls, aussi bien comme individus que comme nations. La planète appartient à tous. Nous sommes d'ailleurs tous des migrants. Des migrants de la pauvreté et des guerres à la recherche de la sécurité dans les pays riches ou des migrants de la richesse à la recherche du bien-être du soleil des pays du sud.

La planète se métisse. Les races, les couleurs, les nations se mêlent. Les frontières de toutes sortes ne résisteront pas à la démographie, car la réalité est que nous habitons tous la même maison. C'était vrai hier aussi, mais la différence est qu'aujourd'hui on ne peut plus se permettre de l'ignorer. Les périls de la course effrénée au développement économique et à la consommation portée appellent une réponse planétaire qui n'aura de poids que si elle s'appuie sur une conscience elle aussi planétaire.

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bdescoteaux@ledevoir.com

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