Océanie: Australie - Réfugiés de la mer

Ashley Gardiner, Herald Sun Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial 7 milliards

L'État d'urgence a été proclamé dans le petit État des Tuvalu, situé dans le Pacifique, le 28 septembre: les réserves d'eau potable de l'archipel de 10 000 habitants ne tiendraient plus que cinq jours. Les forces de défense de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande ont dépêché sur place du matériel de dessalement d'eau de mer fourni par la Croix-Rouge pour éviter la pénurie. L'archipel n'a pas reçu de précipitations substantielles depuis la fin de 2010, et aucune n'est attendue avant l'an prochain.

Les Tuvalu sont aux prises avec les conséquences du phénomène climatique La Niña, qui a entraîné la sécheresse dans l'archipel, mais qui a causé des inondations en Australie. Ces deux manifestations extrêmes symbolisent ce que l'on craint le plus des changements climatiques.

Il y a eu une prise de conscience collective en ce qui concerne l'eau, ou plutôt la rareté de l'eau, en Australie, aux prises depuis la dernière décennie avec les sécheresses. Malgré sa grande superficie, l'Australie ne compte que 22 millions d'habitants, et la rareté de l'eau y est souvent citée comme un des facteurs nuisant à la croissance. Comment l'Australie peut-elle espérer voir sa population grandir de façon importante si elle n'a pas assez d'eau? La situation aux Tuvalu est-elle représentative de ce qui nous attend?

Lorsque la sécheresse était à son comble, plusieurs ont craint que les pluies qui sont nécessaires au maintien de la population aient disparu pour de bon. Les gouvernements ont paniqué, mus par la crainte que nos barrages allassent s'assécher. Dans l'État de Victoria, la construction d'un nouveau réservoir pour la ville de Melbourne n'était pas à l'ordre du jour, et ce, même si une rivière pouvait être exploitée en ce sens. À la place, le gouvernement d'État a dépensé plus de 5 milliards de dollars (5,25 milliards $CAN) pour la construction d'une usine de dessalement de l'eau de mer.

L'idée du barrage a été rejetée principalement pour des motifs de conservation de l'environnement naturel de la rivière, mais l'usine de dessalement consommera une grande quantité d'électricité, grandement générée par le charbon.

Puis les pluies sont revenues, les barrages se remplissent, et il est possible que nous n'ayons pas besoin de l'eau transformée par l'usine de dessalement avant plusieurs années.

Néanmoins, lors de la prochaine sécheresse, plus de gens vont devoir compter sur une moins grande quantité d'eau. Cela est un facteur, parmi plusieurs, dont on tient compte dans les débats sur la croissance de la population. Les craintes relatives à l'immigration constituent les plus grands défis politiques actuels au pays.

Le gouvernement australien, une administration minoritaire issue du Labour Party qui compte sur les députés indépendants du Parlement pour se maintenir au pouvoir, est virtuellement impuissant en la matière. La question des réfugiés de la mer demandant l'asile et la peur de l'immigration de masse sont les deux points qui préoccupent le plus les citoyens des circonscriptions des banlieues, qui décident de l'issue des élections au pays.

Les changements climatiques constituent aussi un défi moral, économique et social de taille. Mais plusieurs rechignent à s'y attaquer. Pendant que le reste du monde voit l'Australie comme un pays détendu et insouciant, c'est la peur — réelle ou imaginaire — qui guidera les décisions importantes qui seront prises.

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Herald Sun

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