Le défi de la pauvreté - L'imprévisible et inévitable migration

Claude Lévesque Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial 7 milliards

Nous sommes donc sept milliards et nous sommes de plus en plus nombreux à avoir envie de bouger. On estime à 214 millions, soit 3 % de la population mondiale, le nombre de migrants internationaux, comparativement à 75 millions en 1965.

Si le chiffre absolu a augmenté considérablement, la proportion demeure cependant assez stable, note l'Organisation internationale pour les migrations. Les experts admettent que la mobilité humaine est difficile à mesurer et encore plus difficile à prévoir. On peut quand même dire sans trop risquer de se tromper que les mouvements migratoires sont surtout causés par des facteurs économiques.

Les candidats à l'émigration sont généralement motivés par la recherche d'un meilleur emploi ou d'un emploi tout court, ou encore par la perspective de services éducatifs, sanitaires et sociaux de meilleure qualité que chez eux. Pas étonnant qu'ils soient pour la plupart originaires des pays en développement et qu'ils s'installent en majorité dans les pays développés. Il ne faut pas croire pour autant à de gigantesques flux intercontinentaux, puisque la plupart aboutissent dans des pays assez proches de ceux qui les ont vus naître.

Les écarts de richesse sont donc propices aux mouvements migratoires. «Globalement, on estime que 40 % de la population mondiale partage 5 % du revenu mondial, tandis que les 10 % les plus riches en captent 54 %», peut-on lire dans L'Atlas des Futurs du Monde (Laffont, 2010). Géographiquement parlant, la richesse se trouve surtout concentrée en Amérique du Nord, en Europe occidentale et en Asie du Nord-Est.

En raison de leurs populations colossales, l'Inde et la Chine sont les deux principales «productrices» d'émigrants, mais elles deviennent en même temps d'importantes terres d'accueil. La forte croissance économique dans toutes les contrées émergentes laisse d'ailleurs présager que les flux migratoires continueront de changer: de plus en plus de pays seront concernés par le phénomène, comme point de départ ou comme point d'arrivée ou les deux à la fois.

Clandestinité

Parmi les migrants internationaux, on comptait 15,4 millions de réfugiés en 2010, soit environ 7,6 % du total. C'est évidemment sans compter les 21 millions de personnes déplacées à l'intérieur de leur pays par des conflits ou des sécheresses.

Les candidats à l'émigration n'empruntent pas tous les voies légales, ce qui crée des tensions, notamment en Méditerranée et à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Des dizaines de milliers de «clandestins» quittent chaque année les côtes africaines à destination de l'Europe, souvent au péril de leur vie. Frontex, la police des frontières de l'Union européenne, estimait à 175 000 le nombre d'entrées illégales sur le territoire en 2008.

Les autorités du Vieux continent s'en inquiètent et tentent de serrer la vis, oubliant que, pour un migrant qui franchit la Méditerranée, il y en a probablement dix qui quittent l'Afri-que subsaharienne en direction du nord, mais qui s'arrêtent avant d'atteindre le rivage. Comme tous ces Latino-Américains dont le périple se termine au Mexique.

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