La vie urbaine de demain

Fabien Deglise Collaboration spéciale
La croissance démographique pousse inévitablement les gens à se regrouper en milieu urbain.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La croissance démographique pousse inévitablement les gens à se regrouper en milieu urbain.

Ce texte fait partie du cahier spécial 7 milliards

Baptisée Gwanggyo, cette ville du futur dévoile, actuellement sur plan et papier, ses couleurs avec ses grandes tours coniques et verdoyantes s'élevant vers le ciel, ses promenades suspendues et ses espaces verts à profusion dans lesquels 77 000 humains, pour commencer, vont avoir la chance de s'exposer à court terme à la vie urbaine de demain. Un bureau d'architectes de Rotterdam, MRVDV, et la firme Daewoo sont derrière cette utopie en voie de matérialisation qui concentre sur un territoire restreint commerces, logements et bureaux, qui se veut écologique, autosuffisante et surtout, qui va être fortement densifiée, à l'image des environnements urbains que l'humanité en pleine croissance se prépare à façonner. Forcément.

C'est un chemin incontournable, la faute à l'exode rural qui en moins de deux cents ans à conduit les humains à inverser une tendance lourde: au milieu du XIXe siècle, 90 % étaient des ruraux alors qu'aujourd'hui, 60 % sont des urbains dans des villes qui en 20 ans n'ont cessé d'étendre leur superficie, tout comme la diversité des défis auxquels elles doivent désormais faire face.

L'humanité croît et le fait principalement dans la ville, son nouvel habitat naturel, où d'ici 2033, 5 milliards d'hommes, de femmes et d'enfants vont devoir en effet trouver un toit pour se protéger, un travail pour subvenir à leurs besoins, de l'eau pour boire et se laver, des réseaux de transport pour se déplacer, accéder à la nourriture, gérer leurs déchets... Le tout dans une très grande inégalité, entre le Sud et le Nord.

La croissance urbaine de l'Afrique aujourd'hui donne le ton: à l'instar de l'Asie, ce continent devrait doubler sa population urbaine en moins de 10 ans, avec à la clef des enjeux de taille en matière d'étalement, d'accès aux ressources naturelles, à l'eau, à l'énergie et de gestion de sa pauvreté, qui va immanquablement venir accroître la taille des bidonvilles déjà passablement bondés: un milliard d'humains urbains composent avec cette réalité en 2011. Dans 30 ans, ils devraient être le double.

Comme ailleurs sur la planète, les zones urbaines en explosion dans ces coins du globe angoissent les planificateurs de développement, qui désormais n'ont plus le choix d'encourager la densification des villes pour réduire leur empreinte écologique, diminuer la pression sur les terrains, réaliser des économies d'échelle sur les coûts d'infrastructure, d'approvisionnement, de traitement et d'assainissement, optimiser les réseaux de transport...

Dans ces villes de demain, l'humanité y regardera d'ailleurs son univers de haut dans des tours élevées interreliées par des galeries souterraines ou des passerelles ancrées dans des centres-villes hautement technologiques — le numérique étant envisagé aujourd'hui comme un moyen de réduire demain les déplacements, tout comme la pollution qui vient parfois avec.

Le volume pris par les villes va ainsi forcer leur tridimensionnalité, seule capable de répondre à ce besoin d'en mettre le plus dans des périmètres dont l'extension n'est pas illimitée et surtout pas souhaitable. Un concept développé d'ailleurs au centre de Montréal dans les années 60 par l'urbaniste Vincent Ponte, qui a rêvé sa ville en hauteur, en surface et en sous-sol, et qui moins d'un siècle plus tard risque de voir passer son rêve, à l'image de Gwanggyo la verte, de l'état d'étrangeté à celui de modèle à l'échelle planétaire.

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