Le défi du transport - Une mobilité en pleine mutation

Fabien Deglise Collaboration spéciale
La mobilité est un défi de taille, sur terre comme sur mer.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La mobilité est un défi de taille, sur terre comme sur mer.

Ce texte fait partie du cahier spécial 7 milliards

La créature, présentée en 2010 lors du Salon de la haute technologie de Beijing ne pouvait pas passer inaperçue et pour cause. Dans une mégalopole qui dans les dernières années a fait rimer mutation et congestion routière, l'autobus des temps moder-nes, le 3D Express Coach, de la Shenzhen Hashi Future Parking Equipment Company, n'annonce rien de moins que des heures de pointe plus fluides, avec sa capacité élevée — 1400 passagers —, son système de propulsion électrique et surtout ce petit plus qui le rend aussi surprenant qu'inspirant: le véhicule surélevé est conçu pour chevaucher la chaussée, laissant du coup passer en dessous de lui la circulation lorsqu'il s'arrête pour faire monter et descendre les passagers.

Ce tramway que l'on dit volant, dont 6 kilomètres de ligne ont pour le moment été installés à titre expérimental dans l'ouest de la capitale chinoise, est forcément condamné à se répandre partout dans l'empire du Milieu, mais aussi ailleurs sur la planète où les humains, en se reproduisant si fort et si vite, viennent remettre en question la façon qu'ils ont de se déplacer, et de faire circuler leurs marchandises.

Le changement de voie est annoncé: l'an dernier, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la terre s'est mise en effet à crouler sous le poids d'un milliard de voitures, selon le Ward's Auto, qui calcule ce genre de choses. Chaque jour, ce sont désormais 95 000 nouveaux véhicules qui débarquent sur les routes quelque part sur Terre. Une tendance bien sûr stimulée par les marchés en émergence: en Chine, 1 habitant sur 17 possède un véhicule à 4 roues alors que les 16 autres en rêvent.

Le corollaire, sur les ponts, les autoroutes périphériques, aux feux rouges, dans les ronds-points, est facile à visualiser, tout comme d'ailleurs le visage que cette multiplication de voitures sur l'asphalte risque de donner à la mobilité du futur. Face à des courbes démographiques ascendantes, les transports vont devoir se collectiviser et surtout s'automatiser pour plus d'efficacité et de respect pour l'environnement, croit l'humain d'aujourd'hui qui met doucement la clef dans le contact de cette nouvelle réalité. La preuve se nomme Google Car, une voiture sans chauffeur en circulation actuellement sur le bitume californien. Sa destination? Un monde décongestionné par la machine et les systèmes de pilotage intelligents plus aptes, dit-on, à inscrire les déplacements d'un véhicule dans une circulation d'ensemble. Ce que l'humain, le nez collé sur le coffre de la voiture devant lui qui n'avance pas, peine à faire.

Ce concept devrait porter également dans les villes la prolifération des réseaux automatiques de signalisation routière capables d'ajuster la couleur des feux et le sens des voies en «lisant» le trafic en cours. Dans ce tout, le CyCab, sorte de taxi télécommandé dont l'aéroport Heathrow de Londres va bientôt se doter, devrait trouver facilement sa place. Tout comme les véhicules de déplacement individuels, qu'imaginent aujourd'hui Honda et Toyota dans leurs labos de Tokyo, pour permettre aux humains de rouler sur les trottoirs pour désengorger les rues. Et tant pis pour les automobilistes en solo et les dompteurs de véhicules sport qui, sous l'effet de cette mutation, vont devoir individuellement accepter de se laisser conduire — ou prendre le contrôle de modules de déplacement moins gros —, au bénéfice de tous.

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