Exploitation des ressources - Le Québec ou l'Afrique, même combat !

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Les femmes font souvent partie des groupes les plus marginalisés, comme au Pérou, où Inter Pares agit avec des ONG nationales.<br />
Photo: Agence Reuters Enrique Castro-Mendivil Les femmes font souvent partie des groupes les plus marginalisés, comme au Pérou, où Inter Pares agit avec des ONG nationales.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Inter-Pares, un organisme de coopération basé à Ottawa, profitera des Journées québécoises de la solidarité internationale pour présider une conférence intitulée «Pour l'égalité: quel modèle de développement?».

Plan Nord, exploitation des mines du Nord du Québec, extraction du gaz de schiste dans le Bas-Saint-Laurent: Marie-Josée Béliveau, de la Ligue des droits et libertés, Ugo Lapointe, de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine!, Yao Graham, coordonnateur du Third World Network-Afrique, et Nadia Faucher, d'Inter Pares, discuteront de ces questions en les abordant sous l'angle de la promotion de la justice sociale, de l'économie et de l'écologie et du droit des peuples à décider de leur avenir, lors d'une conférence intitulée «Pour l'égalité: quel modèle de développement?».

Solidarité

De la part d'un organisme de coopération internationale, l'organisation d'un tel événement peut sembler hors de propos. Pourtant, pour Inter Pares, la conférence de Montréal s'inscrit dans une série d'événements ponctuels qui permettent à l'organisme de se faire connaître partout au pays, tout en suscitant des débats sur des enjeux qui sont à la base des réflexions de l'organisation: «Quand on parle de solidarité, on parle de partage d'informations; il est important de voir que ce qui se passe ailleurs est semblable à ce qui se passe ici, et les échanges donnent un regain d'énergie pour poursuivre la lutte», explique Nadia Faucher, coordonnatrice de programmes chez Inter Pares.

Le nom Inter Pares signifie en latin «entre égaux», c'est donc dire que toutes les interventions du groupe sont motivées par cette volonté d'égalité entre les individus et entre les peuples. Pourtant, Inter Pares n'a pas de bureau outre-mer ni quelque représentation publique que ce soit. L'organisme préfère travailler avec les gens et les organisations qui agissent dans leur propre pays. En ce sens, le rôle d'Inter Pares est celui d'un accompagnateur qui aide les personnes et organismes à faire face à l'injustice, tout en renforçant leur travail et en leur permettant de s'approprier les espaces politiques qui leur appartiennent.

Ici même au Canada, Inter Pares tente de jouer un rôle afin de soutenir la lutte contre les injustices par l'entremise de politiques étrangères, mais aussi en remettant en question le comportement des entreprises canadiennes oeuvrant à l'étranger... et chez nous: «L'action au Canada, c'est une trajectoire pour Inter Pares, ce n'est pas nouveau qu'on regarde autant ce qui se passe dans notre propre pays qu'ailleurs», ajoute Nadia Faucher.

Ici et ailleurs

Concrètement, Inter Pares travaille sur des enjeux relatifs à la migration, à la violence contre les femmes, à la démocratie, au contrôle des ressources, à la santé, à la souveraineté alimentaire et à la justice économique. Évidemment, partout dans le monde, les modes de solutions passent par la participation citoyenne: «Dans tous les endroits où on travaille, on veut s'assurer que la société civile est assez organisée pour être un acteur de son propre développement», rappelle Nadia Faucher.

Tout d'abord, au Canada, on oeuvre à sensibiliser la population aux questions relatives à la justice sociale et à la promotion du changement social. «Dès 1982, Inter Pares participe à une commission à propos des fermes familiales au Canada. On a alors couplé de petits fermiers des Maritimes à d'autres des Caraïbes et de l'Afrique pour découvrir des enjeux similaires. À l'époque, on a été visionnaire, puisque les enjeux sont encore les mêmes aujourd'hui», rappelle Samantha McGaven, directrice des communications. En cette ère de mondialisation, les enjeux ne connaissent pas de frontières et Inter Pares met en contact des militants de partout qui luttent pour les droits des femmes, contre l'extraction des ressources et pour l'agriculture durable et les libertés civiles.

D'Afrique en Amérique

En Afrique, et plus précisément dans une grande partie de l'Afrique subsaharienne, un certain héritage économique, social et politique empêche encore les populations de prendre leur avenir en main. Ici, Inter Pares travaille avec des organismes qui cherchent à améliorer la qualité de vie et qui tentent de résoudre les conflits par l'organisation communautaire locale; c'est le cas, par exemple, en Guinée-Bissau, au Ghana, au Mali et au Soudan. Inter Pares collabore aussi avec des organisations qui misent sur la mobilisation et sur des enjeux politiques d'importance cruciale, tels que la protection de l'environnement, l'imputabilité du gouvernement, l'égalité entre les sexes, la souveraineté alimentaire, le commerce et les droits de la personne.

Pendant ce temps, en Asie, Inter Pares agit avec des ONG nationales au Bangladesh, en Inde et aux Philippines. Ail-leurs, Inter Pares fait partie d'une coalition d'ONG canadiennes qui appuie les personnes réfugiées birmanes et les déplacées en Thaïlande, en Chine, en Inde, en Malaisie et au Bangladesh.

En Amérique latine, où de grands changements politiques ont eu lieu ces dernières années, c'est auprès d'organisations nationales au Mexique, au Guatemala, au Salvador, au Nicaragua, au Pérou et en Colombie qu'Inter Pares agit, tout en maintenant des liens avec son homologue régional, Project Counselling Service, une ONG qui appuie les efforts des gens pour reprendre le contrôle de leurs ressources, ainsi que l'affirmation et la participation politique des femmes et des peuples autochtones.

Des actions concrètes auprès des femmes

Un exemple concret de l'action d'Inter Pares, c'est le projet Pérou. «Les femmes font souvent partie des groupes les plus marginalisés. Les voix qu'on entend le moins souvent, ce sont celles des femmes et des populations autochtones», explique Nadia Fortier, qui est responsable du programme Pérou. «On travaille beaucoup avec des femmes qui se sont fait élire à des postes de conseillère lors d'élections municipales en zone rurale. On appuie un réseau de ces femmes afin de les sortir de l'isolement, de leur donner des moyens de communication afin d'échanger plus régulièrement. Ces femmes s'appuient mutuellement pour tenter de faire tomber les stéréotypes et les pratiques plus patriarcales», raconte Mme Faucher.

Ces politiques publiques donnent une poussée qui permet de commencer à changer les choses, et Inter Pares soutient des interventions subséquentes capables de transformer les relations hommes-femmes.

Il existe d'autres exemples où on va favoriser la participation des femmes. Au Bangladesh, on appuie la présence des femmes au sein de comités de surveillance de l'application des politiques du gouvernement. «Au Soudan, on travaille avec des groupes qui suscitent la participation citoyenne des femmes dans des conditions souvent difficiles. Même chose aux Philippines et dans plusieurs pays où il n'est pas facile pour les femmes de mettre de l'avant leurs intérêts, en raison souvent des gouvernements et de la religion», conclut Nadia Faucher.

***

Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Pierre Rousseau - Abonné 29 octobre 2011 10 h 59

    Au Canada aussi, même combat.

    Six nations autochtones de l'île de Vancouver en Colombie-Britannique se sont réunies dans un organisme conjoint, le Hul'qumi'num Treaty Group et ont démontré devant une instance internationale, la Commission inter-américaine des droits de l'Homme, qu'elles n'ont pas de recours efficace et ne peuvent avoir justice dans le système juridique du Canada. Hier, la Commission entendait leurs revendications sur le mérite, faute pour elles d'avoir de recours au Canada.

    Ces nations font face à l'expropriation de leur territoire, sans consultation ni compensation, en 1884 par le gouvernement de l'époque en faveur d'une compagnie de chemin de fer, la Esquimalt and Nanaimo qui a par la suite revendu ses terres à des particuliers et à 3 grandes forestières internationales. Depuis une vingtaine d'années leur territoire est soumis à la coupe intensive, à blanc, de leurs forêts, détruisant en même temps leur mode de vie.

    Les peuples indigènes du Canada vivent souvent les mêmes combats que leurs frères et soeurs des autres continents et il semble que ce soit un problème planétaire.