Des souliers contre les mines antipersonnel

Pierre Vallée Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Parmi les victimes des guerres et des conflits armés, il ne faut pas oublier les civils. Si ces derniers ne meurent pas tous, beaucoup sont blessés et certains sont estropiés pour la vie. C'est pour aider ces derniers qu'est né Handicap international.

«Handicap international a été fondé en France en 1982 par un médecin français, Jean-Baptiste Richardier, qui avait soigné des victimes de mines antipersonnel après la guerre au Cambodge, explique Marc Drolet, directeur général de Handicap international Canada. Il s'était aperçu que les victimes étaient laissées pour compte une fois son intervention médicale terminée. En créant Handicap international, il a voulu assurer aux victimes un suivi en fournissant des prothèses, mais aussi de la réhabilitation.»

Handicap international compte aujourd'hui neuf sections nationales, dont une au Canada depuis 2003. «La section internationale coordonne et gère les actions, tandis que les sections nationales trouvent le financement pour les projets auprès des bailleurs de fonds institutionnels et privés et auprès des individus. Les sections nationales font aussi de la sensibilisation auprès de leur population.»

En plus d'agir sur le terrain, Handicap international milite pour l'abolition des mines antipersonnel et des bombes à sous-munitions. Son activisme, en particulier dans le cas des mines antipersonnel, a valu à l'organisme d'être colauréat du prix Nobel de la paix en 1997.

Un véritable fléau

Les mines antipersonnel et les bombes à sous-munitions sont un véritable fléau. «Il y a de quoi s'indigner. Les armes et les déchets de guerres et de conflits armés causent énormément de souffrance dans les populations civiles proches des conflits, et cela, même une fois le conflit terminé, car ces mines et bombes restent en place longtemps.» Un seul exemple suffit pour s'en convaincre. «Nous menons au Mozambique des opérations de déminage depuis maintenant quatorze ans et il nous faudra encore cinq ans afin de compléter le nettoyage.»

Ce sont les femmes et les enfants qui en sont les premières victimes. «Les mines et les bombes se trouvent essentiellement dans les champs, et qui va aux champs? Les femmes et les enfants.» En plus des conséquences humaines, c'est-à-dire les victimes handicapées par ces engins, il y a aussi des conséquences économiques. «Un champ infesté de mines et de bombes n'est plus cultivable. Pour une population qui peine à se nourrir et à survivre, c'est une difficulté supplémentaire.»

Sans compter qu'on peut aisément mettre en doute la moralité de ces engins. «Les mines antipersonnel et les bombes à sous-munitions sont conçues pour blesser et estropier, et non pour tuer. De plus, les bombes à sous-munitions laissent dans leur sillage des explosifs de formes et de couleurs attirantes pour les enfants. Ce sont véritablement des armes insidieuses.»

Quelle est l'ampleur du fléau? «On dénombre dans le monde une victime de mines antipersonnel ou de bombes à sous-munitions toutes les deux heures, ce qui équivaut à plus de 4000 blessés par année. On compte présentement 500 000 personnes dans le monde qui ont été blessées par ces bombes et qui auront besoin d'aide pour le reste de leur vie.»

Agir sur plusieurs fronts

Pour contrer ce fléau, Handicap international travaille sur plusieurs fronts. «Notre première intervention se fait sur le terrain, soit après un conflit, soit à la suite d'un cataclysme naturel, car ce dernier fait aussi des estropiés, comme l'a fait le tremblement de terre en Haïti. Nos équipes sont sur place en

72 heures et procèdent d'abord au recensement des personnes blessées. Nous fournissons béquilles, fauteuils roulants et prothèses. Dans le cas des prothèses, nous fournissons aussi un suivi sous forme de réadaptation. Apprendre à vivre avec un bras ou une jambe en moins n'est pas une chose facile.» Handicap international se préoccupe aussi de la santé mentale et de l'insertion sociale des victimes. «Une personne handicapée a aussi un impact sur les personnes autour d'elle.»

Handicap international est aussi engagé dans le déminage humanitaire de zones contaminées par les mines antipersonnel et les bombes à sous-munitions. «Nous avons des spécialistes et des experts en déminage qui sont aptes à former sur place des démineurs locaux. Nous faisons aussi, avec ces équipes de déminage, de la sensibilisation auprès des populations locales quant au danger que représentent ces engins explosifs.» Au total, Handicap international compte 310 projets en tout genre dans 63 pays du monde.

Sur un plan plus politique, Handicap international milite pour l'abolition des mines antipersonnel et des bombes à sous-munitions. Ses efforts, ainsi que ceux des autres organismes engagés dans la même cause, ont mené à la signature de deux traités internationaux: le traité d'Ottawa en 1998 sur les mines antipersonnel et le traité d'Oslo sur les bombes à sous-munitions. «Le Canada a signé et ratifié le premier traité; cependant, s'il a signé le second, il ne l'a toujours pas ratifié.»

C'est pour faire avancer ses causes que Handicap international organise chaque année une pyramide des souliers. En septembre dernier, Handicap international Canada a organisé sa cinquième pyramide des souliers à Montréal. «Nous avons choisi le soulier pour symbole, car il fait directement référence à ce dont on n'a plus besoin lorsqu'on perd une jambe en marchant sur une mine antipersonnel. Les gens amènent donc des paires de souliers, puis ces souliers sont ensuite recyclés et remis à des groupes en ayant besoin. Mais c'est surtout pour nous l'occasion d'attirer l'attention sur ce fléau que sont ces engins explosifs et l'occasion pour la population de soutenir notre action en signant notre pétition qui enjoint au gouvernement canadien de ratifier le traité d'Oslo.»

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Collaborateur du Devoir