SUCO et Développement et paix - Les artisans du développement durable sont à l'oeuvre

Karl Rettino-Parazelli Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale

SUCO, Développement et paix: deux organismes de solidarité internationale, deux visions différentes. Le premier est laïque, le second s'inspire des valeurs de l'Évangile. Mais tous deux partagent une volonté d'offrir un soutien durable aux populations dans le besoin.

L'organisme SUCO, (pour solidarité, union, coopération), qui fête cette année ses 50 ans, est une des premières organisations non gouvernementales (ONG) laïques en coopération internationale au Canada. Il est actif dans cinq pays à travers le monde, dont Haïti, et compte sur le travail de 25 employés et d'une quarantaine de volontaires déployés sur le terrain.

Contrairement aux organisations d'intervention d'urgence, SUCO mise plutôt sur une intervention à long terme et oeuvre en grande partie auprès des populations en milieu rural. «Nous mettons l'accent sur des démarches en agriculture durable. Le but, c'est d'augmenter la production agricole dans le respect de l'environnement et de favoriser la prise en charge des plans de développement par les populations», explique Richard Veenstra, directeur général de SUCO.

Dans le cas d'Haïti, ravagé en janvier 2010 par un violent séisme, pendant que les gouvernements et les ONG de différents pays apportaient eau, nourriture et abris aux sinistrés, SUCO prêtait aussi main-forte, mais prévoyait déjà l'après-crise. «En Haïti, il y a beaucoup d'agriculteurs qui sont installés sur les flancs de montagne et qui sont vulnérables à des désastres quand il y a des pluies ou des ouragans. On ne peut pas empêcher les grandes pluies, mais on peut en réduire les effets», affirme M. Veenstra.

SUCO montre par exemple aux Haïtiens des façons d'aménager leur terrain pour éviter que le sol ne s'érode, ou encore les semences à utiliser pour obtenir un meilleur rendement. «Les gens apprennent ces techniques-là chez eux, dans leur propre champ, donc l'application est beaucoup plus automatique», ajoute M. Veenstra.

L'apport de l'organisme ne se limite toutefois pas aux connaissances techniques et aux ressources financières. SUCO veut également que les collectivités soient en mesure de prendre leur avenir en main. «L'idée du développement local, c'est d'aider les populations à prendre leur place et à se faire entendre auprès des autorités locales», ajoute le directeur général de l'organisme.

Les collectivités sont donc au coeur de leur propre développement et, de l'avis de Richard Veenstra, les initiatives récemment prises portent déjà leurs fruits. «J'étais à Haïti il y a deux semaines et, très spontanément, les gens m'ont parlé du changement que ç'a fait dans leur vie», se réjouit-il.

Vers « un monde plus juste »

«Agir pour un monde plus juste»: voilà comment Développement et paix définit sa vision de la solidarité internationale. Au contraire de SUCO, les actions de cet organisme rattaché à la Conférence des évêques catholiques du Canada sont guidées par des principes religieux, ce qui ne l'empêche pas de venir en aide aux populations démunies de 70 pays dans le monde, catholiques ou non. «Pour nous, agir pour un monde plus juste, c'est un équilibre, un partenariat, un respect pour la dignité des êtres humains partout sur la Terre. Ça veut dire qu'il faut que la relation entre le Nord et le Sud, entre les pays riches et les pays pauvres, soit une relation de respect», illustre Josianne Gauthier, directrice générale adjointe de l'organisme.

Concrètement, Développement et paix amorce des projets qui concernent des enjeux aussi variés que la condition des femmes, l'accès à la démocratie, les droits des groupes vulnérables ou l'équilibre dans le partage des ressources naturelles, et ce, sans jamais oublier les valeurs dictées par l'Évangile.

«Nous avons nos valeurs, qui sont catho-liques, et elles définiront toujours les paramètres de notre travail. Nous n'agirons pas contre nos valeurs et nous ne demanderons pas à quelqu'un d'autre de suivre nos valeurs non plus, répond Mme Gauthier lorsqu'on lui demande où se situe la frontière entre aide humanitaire et évangélisation. On n'a pas de mandat d'évangélisation. Nous, c'est par l'action qu'on tra-vaille», assure-t-elle.

Comme dans le cas de SUCO, l'organisme catholique offre de l'aide d'urgence lorsque c'est nécessaire, mais il mise d'abord et avant tout sur le développement durable en collaboration avec les acteurs locaux. Les pays de la Corne de l'Afrique touchés cet été par la pire sécheresse en 60 ans n'y font pas exception.

«Nous travaillons directement avec les Églises locales au Kenya, en Éthiopie et en Somalie pour venir en aide, même à petite échelle, avec des vivres, des tentes, etc. Parce qu'actuellement nous sommes encore en mode survie, admet Mme Gauthier. Mais, évidemment, à moyen et à long terme, nous espérons pouvoir aider les collectivités à trouver des solutions pour ne pas retomber dans cette vulnérabilité chronique», ajoute-t-elle.

Faire les choses autrement

Malgré le fossé idéologique qui sépare SUCO de Développement et paix, les deux organismes sont unanimes: l'aide offerte en période de crise est trop souvent orientée vers le court terme, et les mentalités doivent changer.

«Le problème, c'est qu'on arrive dans une période de crise et qu'on quitte par la suite. On n'est plus là pour soutenir la recherche de solutions et changer les structures qui créent la vulnérabilité», estime Josianne Gauthier, de Développement et paix.

Richard Veenstra, de SUCO, croit lui aussi que l'aide offerte aux populations démunies devrait être pensée en termes de développement durable et d'autonomie des collectivités. «Je ne veux pas critiquer les ONG sur le terrain, mais ce qu'on voit beaucoup, c'est un engouement pour mettre en oeuvre un projet, alors que nous n'avons pas seulement besoin de projets: nous avons besoin de changements à long terme», renchérit-il.

À son avis, les projets rapidement mis sur pied en Haïti ou dans la Corne de l'Afrique ont leur raison d'être, mais ils ont aussi leurs limites. «Je pense que l'aide d'urgence a sûrement aidé à sauver des vies, mais les vies sauvées ne sont pas nécessairement hors de danger un ou deux ans plus tard...», observe-t-il.

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Collaborateur du Devoir

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