Mikhaïl Gorbatchev à Montréal - L'Occident a omis de s'attaquer à ses propres problèmes

Brian Mulroney et Mikhaïl Gorbatchev ont participé à un échange public hier.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Brian Mulroney et Mikhaïl Gorbatchev ont participé à un échange public hier.

C'est parce que l'Occident a vu dans la fin de la guerre froide une victoire plutôt qu'une occasion de s'attaquer aux problèmes du monde que nous vivons aujourd'hui des crises à répétition et que les gens s'indignent à Wall Street et ailleurs, croit le dernier dirigeant de l'Union soviétique.

L'ancien premier secrétaire du Parti communiste de l'URSS s'adressait hier à un auditoire constitué surtout de gens d'affaires de Montréal, où il était l'invité de la Chambre de commerce. Il a évoqué dans son allocution les grands dossiers qu'il a eu l'occasion de mener pendant les six années où il a exercé le pouvoir: désarmement nucléaire, perestroïka et glasnost, avant de porter un jugement sévère sur les deux décennies qui ont suivi.

«La seule superpuissance restante, les États-Unis, a revendiqué un monopole du leadership dans le monde, a soutenu Mikhaïl Gorbatchev en russe, traduit en anglais par un interprète. Or je disais souvent à mes partenaires occidentaux que le changement s'imposait partout, y compris dans leur propre pays.»

On a pensé en Occident qu'aucun changement n'était requis, qu'on «pouvait continuer à agir de la même façon en utilisant les mêmes vieux outils comme les pressions militaires et politiques, pour imposer à tous un modèle unique». «On a parlé d'hyperpuissance au sujet des États-Unis, même de la constitution d'une nouvelle sorte d'empire mondial», a poursuivi M. Gorbatchev.

Des prétentions que l'ancien dirigeant soviétique qualifie d'«hallucinations cliniques» et qui se sont heurtées à la dure réalité du terrain.

«Aujourd'hui, plusieurs personnes aux États-Unis et en Occident le reconnaissent, mais on a quand même perdu beaucoup de temps qui aurait pu servir à résoudre de graves problèmes planétaires», a encore affirmé l'ancien dirigeant.

Pas seulement une crise financière

La crise de 2008 «n'est pas seulement une crise financière, c'est la crise d'un certain modèle de développement fondé sur le fondamentalisme du marché, la recherche excessive du profit, la surconsommation ainsi que l'irresponsabilité sociale et environnementale», a affirmé Mikhaïl Gorbatchev, qui voit dans l'occupation des parcs publics des villes occidentales «des protestations légitimes en conformité avec les règles démocratiques».

«La crise n'est pas finie et, malgré cela, les leaders financiers se versent de généreuses primes», a-t-il ajouté.

L'ancien premier ministre canadien Brian Mulroney a participé à un échange avec M. Gorbatchev après l'allocution de ce dernier. Interrogé ensuite par des journalistes au sujet de ces protestations populaires, M. Mulroney a défendu leur caractère démocratique et exprimé de la sympathie pour les gens qui subissent les effets de la crise, tout en mettant en garde contre une «diabolisation des banquiers ou d'autres groupes de la société».

Selon Mikhaïl Gorbatchev, le monde n'est pas beaucoup plus sûr aujourd'hui qu'avant la fin de la guerre froide, et ce, parce que la diplomatie ne fonctionne pas. L'ancien chef soviétique a déploré la multiplication «des conflits et des crises, non seulement dans les pays du tiers monde, mais aussi dans cette Europe que j'espérais voir à l'avant-garde du changement vers un monde meilleur».

«Au lieu d'un nouvel ordre mondial, on a assisté à une expansion des troubles et de la confusion à travers le monde à cause d'un déficit de leadership au niveau international, a déploré M. Gorbatchev. Le G8 n'est pas assez représentatif et le G20 n'est pas encore devenu un outil efficace pour résoudre les problèmes.»

M. Gorbatchev a brièvement évoqué l'avenir de la Russie, l'État successeur de la défunte URSS. Si la direction actuelle (Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine) demeure au pouvoir après les prochaines élections, le système politique devra quand même changer à son avis, sous peine de «conséquences dramatiques». M. Gorbatchev estime que la Russie n'est qu'à «mi-chemin dans sa transition du totalitarisme à la démocratie pluraliste et à l'économie de marché».
6 commentaires
  • Roy10egen - Abonné 22 octobre 2011 09 h 12

    Gorbatchev dit et voit ce que l'on sait.

    Oui, on peut applaudir Gorbatchev parce qu'il a cloué le dernier clou sur le cercueil de Stalin et du régime stalinien de l'ex URSS. Mais n'oublions pas qu'il la fait non pas avec le marteau et la faucille de la révolution... Il n'a pas remis son pays aux couches populaires de son pays.... il l'a livré au pillage des bandits et des rapaces qui ont reintroduit le capitalisme sauvage que nous connaissons si bien.

  • Vincent Bussière - Inscrit 22 octobre 2011 09 h 54

    Papa a raison!

    Intéressant comme article, Gorbatchev a tout à fait raison, mais c'est Washington qui fait la sourde oreille, qui se pète les bretelles, jouant aux sauveurs de l'humanité et champions des libertés et de la démocratie, ah! Ces bons américains, qu'ils sont les bons. Le peuple américains peut-être mais les dirigeants qui à coup de milliards jouent aux rois qui décident du bien et du mal. Ils sont les instigateurs des régimes de terreur et supporteurs des tyrans jusqu'à ce qu'ils ne leurs servent plus puis ils choisissent leur successeurs en les finançant militairement et en les achetant encore avec leurs milliards, tout ça dans le but de protéger leurs intérêts de pilleurs de la planète tout comme l'a fait leur mère l'Angleterre avant eux!

  • ysengrimus - Inscrit 22 octobre 2011 10 h 25

    Obama/Gorbatchev

    Méditons le fait que, d'une certaine façon, Obama, c'est la Gorbatchev américain..,
    Paul Laurendeau

  • Jacques Morissette - Abonné 22 octobre 2011 11 h 36

    Brian Mulroney travaille encore sur le terrain.

    Pourquoi croyez-vous que Brian Mulroney accompagne Gorbatchev? Est-ce uniquement au nom de leur amitié du temps où ils étaient tous les deux des chefs d'État? Pas sûr! Je présume qu'il n'y a pas beaucoup de monde qui savent ce que M. Gorbatchev a dans sa manche. En bref, je pense que Mulroney est là pour remettre le train sur ses rails au cas où Gorbatchev dirait des choses qui pourraient risquer de le faire dérailler.

  • Daniel Bérubé - Abonné 23 octobre 2011 12 h 30

    Dommage...

    Mr. Gorbatchev fut victime indirecte d'un grand évènement "négatif" dans son pays: Chernobyl (escusez les fautes possibles...)

    Tout comme Obama est considéré responsable de la crise économique américaine, même si les dépenses militaire de centaines de milliards de son prédécesseur en seraient les principales causes...

    Je ne peux faire autrement qu'être d'accord avec lui, au sens que l'amérique s'est assis sur ses lauriers, voyant comme sa victoire dans la fin de la guerre froide, alors qu'à l'époque, je me souviens qu'il était dit: " Le capitalisme américain aurait à connaître la même fin de vie que le communisme soviétique ", et il était aussi dit à l'époque :
    "Le capitalisme, c'est l'exploitation de l'humain par l'homme, le communisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'humain... " ce qui démontrait que l'un n'était pas mieux que l'autre en bout de ligne...

    Personnellement, je considère Mr. Gorbatchev comme la personnalité du 20ème siècle de l'ex URSS.