Québec numérique - Elektra débarque en force dans la Ville lumière

Jérôme Delgado Collaboration spéciale
La chambre des machines, du duo Nicolas Bernier et Martin Messier<br />
Photo: Source Isabelle Gardner La chambre des machines, du duo Nicolas Bernier et Martin Messier

Ce texte fait partie du cahier spécial Le 50e de la Délégation du Québec à Paris

Elektra, pour les Montréalais, ce sont des soirées de mai bien remplies d'images et de sons. Et voilà que le festival d'arts électroniques s'établit à Paris, le temps d'une semaine automnale.

Un petit Elektra, entièrement québécois, animera cette semaine le ciel parisien. Pendant quatre jours, de ce jeudi à dimanche, notre savoir-faire en arts numériques bénéficiera des meilleures vitrines de la France, voire de toute l'Europe. L'événement s'intitule «Québec numérique» et fait partie des célébrations du 50e anniversaire de la Délégation générale du Québec à Paris.

Performances, exposition et jeux vidéo, ainsi que le Marché international de l'art numérique (MIAN), volet désormais incontournable au festival Elektra, tiendront le haut du programme de deux importants diffuseurs de la Ville lumière, la Gaîté lyrique et le Centquatre. Une quinzaine de créateurs, issus du monde des arts technologiques ou de celui de la musique électronique, composent le contingent.

Une telle campagne, aussi spécifique à Elektra, n'avait jamais eu lieu. «En 2006, il y avait eu une grande opération autour de la francophonie, au théâtre du Châtelet, se souvient Alain Thibault, directeur artistique d'Elektra, mais il ne s'agissait que d'une soirée. Cette fois, ce sont quatre jours. Et ils s'articulent autour d'une activité de type marché.»

Québec au Némo


Pour le compositeur et artiste sonore, un marché comme celui qu'Elektra tient en marge de sa programmation depuis 2007 est maintenant indispensable et presque aussi important que les événements de diffusion. Qu'il se reproduise en Europe, là où les arts électroniques tiennent le fort, le ravit.

«Ce sera un échange, dit-il, entre des artistes d'ici et des producteurs internationaux. Les uns présentent des tests, les autres, des lieux. Ça aidera beaucoup. En création numérique, Montréal a un bon bassin créatif, le plus important en Amérique du Nord, mais le marché [les diffuseurs] est limité.»

Autrement dit, pour que Montréal continue à être cette plaque tournante des arts électroniques, il faut multiplier les occasions de faire circuler les oeuvres à l'étranger.

«Québec numérique» s'inscrit dans le cadre du festival d'arts numériques Némo, qui en est à sa quatrième édition. C'est avec lui, et avec les programmateurs de la Gaîté lyrique et du Centquatre, qu'Elektra a monté le programme de cette semaine. Parmi les performances retenues, quatre sont «audiovisuelles», dont La chambre des machines, du duo Nicolas Bernier et Martin Messier. L'oeuvre, qui s'inspire des machines à bruit des futuristes italiens — les intonarumori — ne passe jamais inaperçue. Elle avait d'ailleurs reçu en mai une mention d'honneur lors du prestigieux festival Ars Electronica, à Linz, en Autriche.

Purform, un autre duo, formé celui-ci d'Alain Thibault lui-même et de Yan Breuleux, présentera White Box, oeuvre immersive créée en février. Pour l'occasion, et pour bien occuper la vaste salle de la Gaîté lyrique, les deux comparses l'ont «améliorée». La version parisienne, spécifique au lieu, «sera à 360 degrés et en quadriphonie».

Louis-Philippe Demers y sera avec la seule performance robotique au menu, celle qui a tant fait de bruit en mai lors du dernier Elektra montréalais. Vingt petits automates s'activent dans une chorégraphie digne des performances les plus extrêmes qu'on exigeait des interprètes humains à une autre époque. L'oeuvre intitulée The Tillers Girls offre un clin d'oeil à la troupe de danse éponyme du début du XXe siècle.

Côté exposition, il n'y en aura qu'une seule aussi. Et c'est au Montréalais Rafael Lozano-Hemmer, grande figure internationale en arts interactifs, que reviendra cet honneur. L'installation Trackers réunit douze pièces qui allient projections et détecteurs de mouvement.

La manifestation «Québec numérique» découle d'une série d'échanges et de collaborations entre Elektra et Arcadi, l'organisme derrière le festival Némo. La présence québécoise à Paris n'est en réalité que la première partie d'une plus vaste opération.

En 2012, Montréal renverra l'ascenseur à sa ville cousine et accueillera en juin une forte délégation de créateurs français pendant la première Biennale internationale d'arts numériques, le nouveau rejeton d'Elektra.

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Collaborateur du Devoir