La Bibliothèque Gaston Miron déménagera à la Sorbonne

Paris — La Bibliothèque Gaston Miron (BGM), seul centre de documentation sur le Québec situé à l'étranger, sera finalement déménagée des bureaux de la Délégation générale du Québec à Paris à l'Université de la Sorbonne Paris III. C'est ce qu'a appris Le Devoir alors que la survie même de cette prestigieuse bibliothèque était en jeu depuis des mois. Depuis le mois de juin, ce fonds exceptionnel de 17 000 documents n'avait plus de bibliothécaire attitré, la Bibliothèque nationale du Québec, elle-même l'objet de restrictions budgétaires, s'étant résignée à retirer l'aide qu'elle fournissait gracieusement à cette institution qui relève du ministère des Relations internationales (MRI).

Même si le cabinet de la ministre Monique Gagnon-Tremblay a refusé de confirmer la nouvelle, Le Devoir a appris que les documents seraient bientôt déménagés dans les bâtiments de la Sorbonne nouvelle, rue Censier dans le Ve arrondissement de Paris. Un employé du Service commun de documentation de la Sorbonne nouvelle nous a déclaré que le fonds de la Bibliothèque Gaston Miron avait fait l'objet d'un «don» à l'université. Une information aussitôt démentie énergiquement par une source de la Délégation générale, mais que le bureau de la ministre Gagnon-Tremblay n'a souhaité ni confirmer ni infirmer, de même que l'Université Paris III.

La Sorbonne nouvelle abrite déjà une petite chaire d'études québécoises, par ailleurs largement sous-financée, qui accueille chaque année un professeur québécois en année sabbatique. Il y a quelques mois, certains avaient émis l'hypothèse de transformer cette chaire en Institut de recherche sur le Québec avec ses propres locaux.

La Délégation générale et le MRI ont refusé de nous dire si l'intégrité du fonds serait préservée et si les documents seraient regroupés dans un même lieu. La Sorbonne nouvelle est une université à dominante littéraire, alors qu'une large partie du fonds québécois concerne les sciences humaines. Impossible pour l'instant de savoir qui demeurera propriétaire des documents, qui sera responsable de leur mise à jour régulière et si le Québec pourrait les récupérer. Il semble cependant assuré que ce déménagement impliquera une contribution financière du Québec.

Seconde mort d'un projet


Cette décision signe la seconde mort du projet de création d'un centre culturel québécois à Paris. Pour sauver la BGM, les services culturels de la Délégation avaient en effet commandé une volumineuse étude à la firme Secor Europe qui proposait de créer un centre culturel baptisé «Espace Québec». L'étude suggérait trois scénarios permettant de regrouper la Librairie du Québec et la BGM en y adjoignant un café littéraire et, éventuellement, une petite salle de projection ainsi que des bureaux de tourisme. Les experts prévoyaient une fréquentation allant de 50 000 à 150 000 visiteurs par année. De passage à Paris en juin dernier, la ministre Gagnon-Tremblay avait réclamé plus de détails financiers et soutenu que ce projet était «toujours vivant», alors qu'on le croyait mort et enterré depuis longtemps.

Une rencontre s'est tenue cet été avec les fonctionnaires du MRI qui n'ont manifesté aucun intérêt pour ces propositions. Il semble que les résistances venaient surtout du MRI alors que le projet aurait suscité une oreille plus favorable au ministère de la Culture et même au bureau du premier ministre. En 2003, Jean Charest avait lui-même annoncé la «suspension» d'un projet semblable, mais nettement plus ambitieux, amorcé par le précédent gouvernement.

Dès ce matin, le premier ministre et sa ministre des Relations internationales seront à Paris pour souligner les 50 ans de la Délégation générale du Québec. Le cabinet de la ministre nous a indiqué qu'aucune annonce spécifique n'avait été prévue au programme concernant la BGM, mais que la ministre répondrait aux questions.