Scandale des écoutes: Cameron demande aux députés de repousser leurs vacances

Londres — Le premier ministre britannique David Cameron a demandé aujourd'hui aux parlementaires de différer le début de leurs vacances d’été. Il souhaite s’exprimer rapidement devant eux sur l’affaire des écoutes téléphoniques illégales, qui a connu un spectaculaire rebondissement avec la démission, en moins de 24 heures, des deux principaux chefs de Scotland Yard.

Les vacances parlementaires doivent en principe débuter mardi, après l’audition très attendue à la Chambre des communes du magnat australo-américain des médias Rupert Murdoch.

Son groupe de presse News Corp et sa division britannique News International, propriétaire du défunt tabloïd News of the World, se trouvent au centre de l’affaire aux rebondissements et ramifications multiples, révélant les liens très étroits établis au fil des années par Murdoch avec la classe politique et la police britanniques.

Pour David Cameron — qui a rencontré à 26 reprises des responsables de News Corp depuis son arrivée au pouvoir en mai 2010 et en a invité plusieurs dans sa résidence de fonction — la pression est de plus en plus forte. En déplacement aujourd'hui à Pretoria, en Afrique du Sud, il a invité les députés à différer leur départ en vacances. «Il pourrait être opportun de réunir le Parlement mercredi pour que je puisse m’exprimer plus avant», a-t-il expliqué.

M. Cameron a ainsi prévu d’écourter son déplacement en Afrique du Sud, qui devait initialement durer deux jours. Alors que l’opposition travailliste dénonce le trop grand poids de Rupert Murdoch sur «la vie publique britannique», David Cameron a souligné avoir pris des mesures «déterminantes» en nommant un juge chargé d’enquêter sur les écoutes téléphoniques illégales.

Enquête de la «police des polices»

Des employés et journalistes du News of the World sont soupçonnés d’avoir piraté dans les années 2000 les messageries téléphoniques de membres de la famille royale, personnalités politiques, stars, mais aussi victimes d’attentats et de meurtre — ce qui a fini par révulser les Britanniques. Des policiers auraient également été payés pour donner des informations, voire fermer les yeux sur certains aspects de l’enquête. La ministre de l’Intérieur Theresa May a annoncé aujourd'hui l’ouverture d’une enquête de la «police des polices» britannique sur ces faits présumés de corruption au sein des services.

L’affaire, de fait, avait été classée sans suite et les enquêteurs n’ont rouvert le dossier qu’en janvier 2011. Conséquence spectaculaire, le chef de la police londonienne, Sir Paul Stephenson, a démissionné dimanche soir en raison de ses liens avec un ancien rédacteur en chef de News of the World, Neil Wallis. Celui-ci, une des 10 personnes arrêtées dans le cadre de l’enquête, a travaillé jusqu’à septembre 2010 comme consultant en relations publiques de Scotland Yard.

Paul Stephenson, qui nie toute malversation, souligne avoir démissionné «en raison des spéculations et accusations actuelles portant sur les liens entre la Met (Police métropolitaine de Londres, Scotland Yard, NDLR) et News International à haut niveau, et particulièrement en relation avec M. Neil Wallis».

Sir Paul a souligné ne pas avoir pris la décision de recruter Neil Wallis. «Je n’avais pas connaissance de l’ampleur des pratiques scandaleuses (des écoutes) ni de la nature répugnante du choix des victimes qui se font jour aujourd’hui», a-t-il affirmé.

Démission du commissaire adjoint de la police londonienne

Aujourd'hui, le commissaire adjoint de la police londonienne, John Yates, a annoncé à son tour sa démission — après avoir appris sa suspension en attendant les conclusions d’un comité d’éthique, selon le maire de Londres Boris Johnson. John Yates, a ajouté M. Johnson, aura lui aussi des précisions à fournir sur ses relations avec Neil Wallis.

John Yates n’a fait aucun commentaire sur ce point. C’est ce haut responsable policier qui a décidé en 2009 de ne pas rouvrir l’enquête sur les écoutes, faute d’éléments suffisants, avait-il dit. M. Yates a déclaré ces dernières semaines avoir fait une erreur, ajoutant regretter cette décision.

Ces départs interviennent après l’arrestation de Rebekah Brooks. L’ancienne directrice générale de News International a été arrêtée dimanche à Londres au commissariat où elle avait été convoquée. Relâchée dans la journée sous caution, elle est soupçonnée de participation à l’interception de communications et de corruption. Comme les neuf autres personnes arrêtées dans le cadre de l’enquête, elle n’a pas été inculpée.

Rebekah Brooks, qui a démissionné vendredi de ses fonctions, doit témoigner mardi devant la Commission de la Culture, des Médias et du Sport de la Chambre des Communes, aux côtés de Rupert Murdoch et de son fils James, responsable des opérations internationales de News Corp. Les audiences seront retransmises à la télévision.

Selon le président de la Commission, le député conservateur John Whittingdale, les députés n’entendent pas se comporter comme des «lyncheurs» envers les Murdoch et Rebekah Brooks. Mais, a-t-il prévenu dimanche, «je ne veux pas non plus qu’on les laisse s’en tirer sans aborder de manière correcte» des «questions factuelles et détaillées».