La justice française attend DSK

La journaliste-écrivaine Tristane Banon au côté de son avocat, David Koubbi, hier à Paris.<br />
Photo: Agence Reuters Philippe Wojazer La journaliste-écrivaine Tristane Banon au côté de son avocat, David Koubbi, hier à Paris.

La journaliste-écrivaine Tristane Banon a porté plainte hier à Paris pour tentative de viol contre Dominique Strauss-Kahn au moment où la justice américaine serait sur le point de blanchir celui qui, il n'y a pas des lustres, était le mieux placé des socialistes français en vue de l'élection présidentielle de 2012.

La plainte a été adressée en bonne et due forme au procureur du Tribunal de grande instance de Paris, a indiqué l'avocat de Tristane Banon, David Koubbi, avant de mettre en demeure les «politiques» de dire ce qu'ils savent des faits qui sont, selon lui, «d'une particulière violence et d'une particulière gravité». «Je tiens à vous signaler que dans l'hypothèse où monsieur Dominique Strauss-Kahn viendrait à ne pas comparaître devant une cour d'assises, nous saurions alors à quoi nous en tenir quant au traitement judiciaire de ce type d'affaires en France», a ajouté Me Koubbi.

Tristane Banon — qui s'est refusée à tout commentaire hier — avait justifié lundi sa décision dans un entretien accordé à L'Express. «Je n'en peux plus d'entendre dire que je suis une menteuse du fait que je ne porte pas plainte. Depuis huit ans, je porte cette histoire seule, j'entends les rumeurs, les mensonges à mon sujet.»

Les faits reprochés se seraient déroulés le 11 février 2003, dans un appartement du VIIe arrondissement de Paris. La jeune femme âgée de 23 ans, qui prépare alors un livre sur les «erreurs avouées» des hommes politiques, décroche un entretien avec l'ancien membre du gouvernement du premier ministre Lionel Jospin.

Lors d'un second tête-à-tête, «[i]l m'a proposé un café, j'ai sorti mon dictaphone, il a voulu qu'on aille sur le canapé, puis que je lui tienne la main pour répondre, "sinon je n'y arriverai pas", a-t-il dit. J'ai voulu m'en aller. Il a arrêté le dictaphone, m'a attrapé la main puis le bras, je lui ai demandé de me lâcher», a confié à L'Express Tristane Banon. Puis, elle fait connaître «les détails sordides»: «ses doigts dans ma bouche», «ses mains dans ma culotte après m'avoir fait sauter le jean et le soutien-gorge, sous mon col roulé noir...» Elle s'enfuit, se réfugie dans sa voiture, «avant d'appeler sa mère, qui vient la chercher», poursuit Me Koubbi.

En 2003, la mère de Tristane Banon, Anne Mansouret, avait dissuadé sa fille de porter plainte contre l'ancien ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, ce qu'elle regrette aujourd'hui. «Je sais aussi qu'elle n'avait aucune espèce de raison d'inventer quoi que ce soit», dit aujourd'hui Mme Mansouret, qui avait néanmoins alerté il y a huit ans le numéro un du Parti socialiste, François Hollande.

David Koubbi a, lui, reproché au candidat aux primaires socialistes de ne pas avoir dit mot de ce qu'il savait à l'époque. «Je ne tiens absolument pas à faire de ce dossier un dossier politique», a-t-il affirmé, avant d'adresser cette mise en garde: «Pour autant, si des politiques s'avisent, en ne disant pas la vérité, j'entends par la vérité ce qu'ils savaient être vrai, si des politiques s'avisent de se mettre en travers de la défense de mademoiselle Tristane Banon, ils seront alors considérés comme des adversaires.»

Me Koubbi a réagi hier par l'indifférence à la contre-attaque de DSK, qui a chargé lundi ses avocats de formuler une «plainte pour dénonciation calomnieuse», les faits évoqués par la journaliste-écrivaine étant selon lui «imaginaires».

Abandon des accusations?

Alors que ça va de mal en pis en France pour Dominique Strauss-Kahn, le procureur de l'État de New York, Cyrus Vance Jr, serait sur le point de faciliter grandement la vie de l'ancien grand patron du Fonds monétaire international (FMI) en abandonnant les sept chefs d'accusation qui pèsent contre lui en raison des doutes sérieux qui pèsent sur la crédibilité de son accusatrice, Nafissatou Diallo.

«Débouche le champagne, DSK», ironisait hier le New York Post, ajoutant que Cyrus Vance Jr pourrait prendre sa décision avant la prochaine audience, fixée au lundi 18 juillet.

Les avocats de M. Strauss-Kahn et l'équipe du procureur de l'État de New York chargée de l'affaire doivent s'asseoir aujourd'hui afin de discuter de la suite des choses.

Le procureur a reconnu vendredi dernier que la crédibilité de la femme de chambre du Sofitel qui accuse DSK de tentative de viol était affaiblie par une série de mensonges, dont celui au sujet d'un viol mentionné dans sa demande d'asile aux États-Unis. «Il est impossible de croire la moindre chose qui sort de sa bouche, ce qui est dommage, parce que nous pourrions ne jamais savoir ce qui s'est passé dans cette chambre d'hôtel.»

En raison de ces doutes, un juge new-yorkais a levé l'assignation à résidence imposée à Dominique Strauss-Kahn, qui avait été arrêté le samedi 14 mai.

Cyrus Vance Jr avait toutefois fait savoir que l'enquête se poursuivait dans la mesure où il est avéré qu'un rapport sexuel a eu lieu entre la femme de chambre et Dominique Strauss-Kahn. Reste à savoir s'il a été consenti, comme le soutient la défense de ce dernier, ou accompagné de violences, comme l'avance l'avocat de la plaignante, Kenneth Thompson.

«Elle a dit avoir été agressée sexuellement dans cette chambre, et elle l'a été. L'histoire n'a pas changé d'un iota. Elle a dit la vérité le premier jour. Elle dit la vérité aujourd'hui, a affirmé Me Thompson à la chaîne de télévision TF1. Le procureur de Manhattan doit continuer d'être à ses côtés comme il doit être aux côtés de toutes les femmes violées.»

Nafissatou Diallo poursuit le New York Post

Comme Dominique Strauss-Kahn, Nafissatou Diallo n'est pas au bout de ses peines. Elle a porté plainte hier pour diffamation contre le New York Post et cinq de ses journalistes en raison d'articles la présentant comme une prostituée. Elle accuse le New York Post d'avoir publié des articles diffamatoires de samedi (2 juillet) à lundi (4 juillet) «dans une tentative apparemment désespérée de relancer des ventes en chute libre».

Le New York Post a écrit samedi que la femme de ménage de l'hôtel Sofitel «effectuait un double service en tant que prostituée en récoltant de l'argent liquide auprès de clients masculins». Le lendemain, le journal a écrit qu'elle «continuait de se livrer à la prostitution dans un hôtel de Brooklyn où elle était mise à l'abri par le parquet».

Dans sa plainte, Nafissatou Diallo considère que le New York Post savait, avant de les publier, que le contenu de ces articles était faux ou qu'il aurait dû le savoir. «Toutes ces allégations sont fausses, elles ont exposé la plaignante à l'humiliation, au mépris et au ridicule dans le monde entier en la décrivant de manière erronée comme une prostituée ou comme une femme faisant commerce de son corps et elles constituent en tant que telles de la diffamation et de la calomnie», peut-on lire dans la plainte.

Le New York Post a réagi de manière laconique: «Nous maintenons nos informations.»

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D'après Le Monde et Reuters
11 commentaires
  • Francois - Inscrit 6 juillet 2011 08 h 05

    Les journalistes maltraitent Mme Diallo

    Si elle faisait de la prostitution elle n'aurait pas besoin de nettoyer des chambres pour arrondir ses fins de mois. Les journalistes exagèrent sans doute et détruits une simple personne à gros coup de crayon, au profit d'un supposé homme plus respectable. Ces journalistes ne sont pas très réfléchis, conscients et manquent d'objectivité, des dommages que cela peut avoir non seulement pour les victimes mais les préjugés social. Cette histoire à tourné au vinaigre et disculpera peut-être DSK qui n'est pas la victime de cette affaire.

  • Wilbrod Eastman - Inscrit 6 juillet 2011 09 h 14

    erreur

    Au contraire pour rencontrer des clients friqués, il est plus facile de travailler sur place que de draguer dans les salles d’attentes. Ou vous risquez d'être repéré par la direction. Vous ne fréquenté pas ce genre d’hôtel? lol

  • Jean-Serge Baribeau - Abonné 6 juillet 2011 10 h 53

    Tristane Banon et la maffia «socialo»: attendre ou tout oublier?

    Le viol est, hors de tout doute, un geste révoltant et intolérable. Si Tristane Banon a vraiment été «forcée», malmenée et violée par le très sexuellement actif DSK, elle n'aurait pas dû attendre de nombreuses années avant d'aller droit au but et de procéder à une dénonciation claire et radicale.

    Mais, en France, comme dans de nombreux pays, les politiciens constituent une coterie politique un tantinet mafieuse. Souvent ces gens, soient-ils de droite, de centre ou de gauche, préfèrent s'entendre entre eux pour dissimuler certaines horreurs, histoire de maintenir l'honneur. Quel a été le rôle exact de la mère, Anne Mansouret (députée socialo), dans cette scabreuse et révoltante histoire?

    Et pourquoi tout cela, comme par un étrange hasard, sort-il maintenant?

    Au risque d'errer lamentablement, je pense que les clans et tribus de la scène politique française viennent de se décider à laisser sortir une histoire qui est éminemment sordide, si elle est vraiment fondée sur la vérité. Pourquoi?

    Les cliques, clans, coteries et «maffias» me laissent toujours un peu sceptique et craintif.


    Jean-Serge Baribeau, sociologue des médias

  • P. Desrosiers - Inscrit 6 juillet 2011 11 h 39

    @Francois

    Quand vous dites : "Cette histoire à tourné au vinaigre et disculpera peut-être DSK qui n'est pas la victime de cette affaire.", vous présumez que vous savez ce qui s'est réellement passé.
    "Une victime est une personne ou une entité qui subit personnellement un dommage. Elle subit les mauvais traitements, les injustices d'autrui (Evening), ou qui subit les conséquences d'un accident, d'une catastrophe, d'un cataclysme."(http://fr.wikipedia.org/wiki/Victime)
    Ainsi, ce n'est pas le fait de porter plainte ou d'être plus ou moins riche que l'autre qui rend victime ou agresseur, mais les faits. S'il a été accusé à tort d'agression sexuelle, c'est lui la victime, n'en déplaise à votre "brainwashage".
    Donc, quand vous écrivez :"Ces journalistes ne sont pas très réfléchis, conscients et manquent d'objectivité, des dommages que cela peut avoir non seulement pour les victimes mais les préjugés social.", vous contribuez à faire exactement ce que vous dénoncez. Vous devez avoir hâte que Martineau revienne de vacance. Il me semble que c'est plus près de votre calibre intellectuel.

  • Malartic - Inscrit 6 juillet 2011 12 h 19

    Crime sexuel difficile à prouver

    Toujours difficile de prouver le viol et la femme "victime" peut aussi bien faire une victime aussi. C'est sa parole contre celle de l'homme.
    Même si la femme gagne en cour, elle "perd" en société. Pour les tenants du "complot contre DSK", je me demande si en voulant le discréditer, on n'aurait pas choisi un "domaine" ou on savait qu'il serait facile de justement porter atteinte à la réputation de DSK. Donc, DSK aurait un "petit penchant" connue dans le cercle politique.
    On apprend, par après, les écarts de la vie amoureuse ou sexuelle de nombreux politiciens "vedettes", John Kennedy, Francois Mitterrand, Eisenhower, de nombreux membres du clergé, etc...
    Histoire à suivre...