DSK libéré sur parole

Dominique Strauss-Kahn et son épouse, Anne Sinclair, étaient tout sourire, hier à leur sortie du tribunal à New York.<br />
Photo: Agence Reuters Dominique Strauss-Kahn et son épouse, Anne Sinclair, étaient tout sourire, hier à leur sortie du tribunal à New York.

Paris — Les coups de tonnerre se suivent et ne se ressemblent pas. Après six semaines d'assignation à résidence dans des conditions extrêmement sévères, l'ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a été libéré hier sur parole. Des failles importantes sont apparues dans le dossier de l'accusation de viol portée contre lui par une femme de chambre de l'hôtel Sofitel de New York. Entendue hier dans une audience-surprise, l'adjointe du procureur de l'État de New York a admis que «de sérieuses questions de crédibilité se posaient maintenant concernant la plaignante».

Même si aucune accusation n'a été levée pour l'instant, celui qui était jusqu'à récemment le favori de l'élection présidentielle française et qui vient d'être remplacé à la direction du FMI est sorti pour la première fois souriant du palais de justice. Dominique Strauss-Kahn ne pourra pas quitter le territoire américain, mais sera libre de ses mouvements. Il pourra abandonner sa résidence de Franklin Street, dans le quartier Tribeca, pour réintégrer sa maison de Washington en attendant la prochaine audience, prévue le 18 juillet.

Mensonge devant le grand jury

Ce coup de théâtre, qui pourrait rebattre les cartes de la politique française, a débuté hier matin par les révélations du New York Times ébranlant la crédibilité de la jeune Guinéenne, Nafissatou Diallo, qui affirme toujours avoir été agressée par DSK. Selon le quotidien, le dossier de l'accusation serait même «sur le point de s'effondrer». Une impression que les déclarations du procureur n'ont pas contredite, Cyrus Vance Jr se contentant d'affirmer simplement qu'il allait continuer de «rechercher la vérité».

Il apparaît en effet que Nafissatou Diallo a menti à plusieurs reprises aux policiers et même devant le grand jury, un fait d'une gravité considérable dans la justice américaine. Dans un communiqué publié après sa déclaration publique, le procureur indique que Nafissatou Diallo a fait «un récit erroné» au grand jury en disant qu'elle avait averti les autorités immédiatement après son agression, alors qu'elle aurait pris le temps de nettoyer une autre chambre.

De plus, dès le lendemain du viol présumé, la jeune Guinéenne aurait discuté au téléphone des avantages qu'elle pourrait tirer d'une poursuite contre DSK avec un détenu condamné pour la possession de 200 kg de marijuana. La conversation, en peule, a été enregistrée. L'homme ferait partie d'un groupe d'individus qui a déposé environ 100 000 $, en deux ans, sur le compte de la jeune femme, jusque-là présentée comme une bonne musulmane, une mère célibataire élevant péniblement sa fille et vivant dans un HLM du Bronx. Le communiqué du procureur révèle de plus que, depuis deux ans, la Guinéenne déclarait à charge la fille d'un proche afin de payer moins d'impôts.

Nafissatou Diallo aurait aussi menti aux policiers en affirmant qu'elle ne possédait qu'un seul téléphone cellulaire alors qu'elle en posséderait cinq. Ce qui lui coûterait plusieurs centaines de dollars par mois. Il semble aussi que certaines déclarations faites aux policiers diffèrent de celles entendues lors de sa demande d'asile aux États-Unis.

Sans démentir ces affirmations, le très médiatique avocat de la plaignante, Kenneth Thompson, a maintenu que sa cliente avait été agressée. Dans un récit très cru, il a soutenu que les infirmières avaient constaté des «hématomes à son vagin» et qu'un ligament de son épaule s'était déchiré parce qu'elle avait été projetée au sol.

Ces révélations, dont plusieurs se demandent comment elles n'ont pas pu être prises en compte plus tôt par le procureur, ont eu l'effet d'une bombe. Signe avant-coureur de ce qui s'est produit hier, mercredi, la responsable du service de répression des crimes sexuels, Lisa Friel, a démissionné en catastrophe. Sans préjuger de ce qui s'est vraiment passé au Sofitel, on voit mal aujourd'hui, à New York comme à Paris, comment l'accusation pourrait remporter un procès largement fondé sur la crédibilité de la plaignante.

Les socialistes pavoisent

À Paris, le temps était aux réjouissances. Plusieurs imaginaient déjà le retour de leur favori dans l'élection présidentielle. Même si on n'en est pas là, de nombreux socialistes en étaient à se demander s'il fallait reporter la date limite des mises en candidature de la primaire socialiste, fixée au 13 juillet, afin de permettre à DSK de concourir. Le favori des sondages, François Hollande, a déclaré n'avoir «aucune réserve par rapport à l'idée de reporter la date de clôture du dépôt des candidatures [...] fin juillet, voire même fin août».

L'ancienne secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry, qui vient de se porter candidate, affichait une mine plus que réjouie. On sait qu'elle avait conclu un pacte avec DSK selon lequel elle ne se présenterait pas s'il était candidat. «J'espère de tout coeur que la justice américaine établira dès ce soir toute la vérité et permettra à Dominique de sortir de ce cauchemar», a-t-elle déclaré. «On est en droit d'attendre une rapidité dans la vérité qui doit maintenant s'imposer à tous», a ajouté Ségolène Royal, elle aussi candidate. Pour le porte-parole du PS, Benoît Hamon, une suspension de la procédure en cours n'est «pas à l'ordre du jour aujourd'hui». Mais, rien n'indique qu'elle ne le sera pas demain.

Comme depuis le début de cette affaire, la présidence française s'est abstenue de tout commentaire. Il y a quelques semaines, plusieurs journalistes ont révélé que Nicolas Sarkozy avait déclaré à ses troupes que l'arrestation de DSK était un désastre pour les socialistes qui auraient perdu une partie du combat pour la présidentielle, celui de la morale. Pour l'éditorialiste du Nouvel Observateur Jean Daniel, «la justice américaine va devoir faire son mea culpa». Il déplore qu'on ait «idéologisé toutes les positions» et que «la moindre réserve» ait été «interprétée comme une mentalité de classe. Il y avait un homme et une femme, il y avait un riche et une pauvre, il y avait un Juif et une musulmane, bref, toute réserve sur le bien-fondé des charges du procureur était censée révéler un parti pris».

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Correspondant du Devoir à Paris
23 commentaires
  • abelle - Inscrit 2 juillet 2011 03 h 46

    "Shame on her"!

    et "shame on" tous ceux qui se sont emballés et ont fait de DSK un coupable.
    Une remise en question s'impose!

  • Pierre Samuel - Inscrit 2 juillet 2011 08 h 51

    Quelle surprise!!!

    Toujours d'actualité ce bon vieux Jean de La Fontaine n'est-ce pas?

    «Selon que vous serez puissant ou misérable,
    Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir.»

  • Socrate - Inscrit 2 juillet 2011 09 h 02

    Oréal

    Une toute petite touche de crème Oréal, et tout est bientôt dit sur les virginités politiques à Paris.

  • Trobadorem - Inscrit 2 juillet 2011 09 h 39

    ...et si c'était vrai cette histoire de Fort Knox, où DSK s'apprêtait à dévoiler l'arnaque ?

    "Mahmoud Abdel Salam Omar est un banquier egyptien, ex-directeur de la Banque d'Alexandrie. D'après le site Wikistrike, c'est un ami de DSK. Avant son arrestation, Dominique Strauss-Kahn devait le rencontrer à propos des documents confidentiels sur la disparition des resèrves en or américaines.

    Les lingots en question sont stockés a Fort Knox. Depuis quelques années, les doutes sur leur existence fusent, comme l'attestent certains blogsaméricains.

    L'or serait en fait du tungstène, enrobé d'une mince couche d'or. Cet or, dont une partie devait être livré à FMI a été examiné par les chinois en octobre 2009, lorsque les américains voulaient le leur fourguer. En perçant des petits trous dans les lingots, ils se sont aperçus de l'arnaque. On a finalement réussi à le fourguer à l'Inde, comme l'atteste le candidat à la présidence des Etats-Unis, Ron Paul. ..." Lire la suite:

    http://wikistrike.over-blog.com/article-dsk-et-son

    http://noviden.info/article_239.html

  • Francois - Inscrit 2 juillet 2011 09 h 52

    Sa femme est cocu et toute souriante

    Être une femme et d'apparaître au côté d'un homme suspect d'un viol dû moins être cocu, je trouverais cela humiliant. Il faut bien voir que l'argent et le pouvoir semble corrompre certaine gens.