Embarquement pour Gaza

Manon Massé à l’aéroport Montréal-Trudeau, hier.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Manon Massé à l’aéroport Montréal-Trudeau, hier.

À quelques heures de son départ pour la Grèce, où elle participera à la flottille à destination de Gaza, Marie-Ève Rancourt n'avait pas l'air très nerveuse hier à l'aéroport Montréal-Trudeau. On lui a demandé si sa famille n'avait pas essayé de la dissuader. «Tout le monde leur pose la question, mais ce qu'ils disent aux gens, c'est qu'ils n'essaient même pas!», dit-elle. Tout juste derrière, ladite famille acquiesce en riant de bon cœur.

Car la mission n'a rien d'ordinaire. En mai 2010, la flottille de six navires du mouvement Free Gaza, destinée à percer le blocus israélien avec de l'aide humanitaire, s'était butée à l'armée israélienne. L'affrontement s'était soldé par neuf morts parmi les militants d'un bateau battant pavillon turc et une condamnation rapide de la part de 27 pays européens. Israël avait déclaré que les soldats s'étaient retrouvés face à des manifestants hostiles.

Et cela recommence. Cette année, la flottille compte 1000 personnes sur une douzaine de bateaux, dont un acheté pour l'occasion par des Canadiens. À bord du navire, environ 35 «délégués canadiens», dont quatre Québécois, peut-être cinq. Outre Mme Rancourt, avocate et représentante de la Ligue des droits et libertés du Québec, il y aura Manon Massé, militante féministe et membre de Québec solidaire, Stéphan Corriveau, qui a participé à l'organisation, et le cinéaste Santiago Bertolino.

«Il était temps», a dit Mme Massé, candidate de son parti lors des trois dernières élections provinciales dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques. «Ça fait des mois qu'on est en préparation de ce moment-là.» C'est Québec solidaire qui l'a appelée pour sonder son intérêt, dit-elle, et la réaction a été immédiate. «C'est une excellente idée. Je n'ai pas hésité une seconde.» La population de Gaza vit «dans une prison à ciel ouvert», selon elle, et il est inconcevable qu'elle ne puisse faire du commerce maritime comme tout le monde.

Chacune de leur côté, les deux femmes devaient prendre place à bord d'un vol pour l'Europe. Le grand rendez-vous est prévu à Athènes, d'où le bateau canadien — baptisé Tahrir — pourrait partir autour du 25 juin. En mer, le trajet prendra deux jours.

Ottawa n'approuve pas

Il y a quelques semaines, le gouvernement canadien a fermement condamné l'idée d'essayer de briser l'embargo israélien pour livrer quoi que ce soit directement à la population de Gaza.

«J'incite fortement les personnes qui désirent livrer des marchandises humanitaires à la bande de Gaza à le faire par le truchement de réseaux établis», a indiqué le ministre des Affaires étrangères, John Baird, dans un communiqué sans équivoque. «Les initiatives d'aide non autorisées constituent une provocation et n'aident en rien l'atteinte de l'objectif de venir en aide à la population de la bande de Gaza.»

Israël a le droit de se protéger contre le terrorisme et d'empêcher le trafic d'armes, a ajouté M. Baird en précisant que le Canada «reconnaît les préoccupations légitimes d'Israël en matière de sécurité».

Ces «réseaux établis» d'aide humanitaire sont cependant inefficaces dans la mesure où l'aide se rend avec «d'énormes délais» ou pas du tout, a dit Mme Rancourt.

En septembre 2010, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU avait publié un rapport dans lequel on affirmait que «la conduite des forces armées d'Israël [...] vis-à-vis des passagers de la flottille [...] révèle un niveau inacceptable de brutalité».

Mme Rancourt sait qu'il y a des risques à cette mission, mais ne prévoit pas le pire. «Je pense qu'Israël ne va pas agir de la même façon que l'an dernier. Le gouvernement israélien s'est quand même fait taper solidement sur les doigts par la communauté internationale.» Elle s'attend, comme ceux qui seront sur le navire, à ce qu'Ottawa honore ses obligations diplomatiques si jamais il se produisait quelque chose.

L'incident survenu à bord du navire l'an dernier avait porté un coup dur aux relations entre Israël et la Turquie.

Les organisateurs du ferry turc Mavi Marmara, sur lequel neuf personnes ont perdu la vie en mai 2010, ont d'ailleurs affirmé vendredi que le bateau ne participerait pas à la flottille cette année, contrairement à ce qui était pourtant prévu. Il aurait été le fer de lance de la flottille.

«Après les dommages subis par le Mavi Marmara [lors de l'assaut], nous ne sommes pas en mesure de lui faire prendre la mer [...] Nous ne voulons plus retarder la flottille en raison de ces problèmes techniques», a dit Bülent Yildirim, président de l'association caritative islamiste IHH, qui possède le bateau. L'Agence France-Presse, qui a rapporté ces propos, a aussi écrit qu'un porte-parole a parlé de «documents manquants».
9 commentaires
  • Luc Boyer - Inscrit 20 juin 2011 05 h 06

    L'embargo

    L’embargo provoque la pénurie de fioul, de gasole, d’eau potable, de médicaments et les jouets sont interdits par le Shamat, organisme officiel israélien qui établit la liste des items qui passent ou non l’embargo. Un embargo n’est pas à confondre avec un blocus, qui permet le contrôle complet des frontières. Avant l’enlèvement du soldat Gilad Shalit, le texte de l’entente avec l’Autorité Palestinienne lors du retrait unilatéral d’Israël de Gaza prévoyait la réouverture de l'aéroport de Gaza et le passage de 400 camions par jour entre les deux territoires. Mais voilà, lors de la première élection suivant le retrait, la population gazaoui élit le Hamas plutôt que l’autorité Palestinienne. Le Hamas, allié et tête de pont du Hezbollah au sud d’Israël, établit au Liban et état dans l’état au nord d’Israël, dirigé par l’Iran qui veut la destruction pure et simple d’Israël. Maintenant allez savoir pourquoi Israël veut de la profondeur territoriale pour sa sécurité.
    Considéré comme une punition collective, l'éditorialiste israélien Gideon Lévy (Ha'Aretz) dénonce, comme de nombreuses associations de gauche israélienne, un "siège inefficace, illégal et contraire à la morale". Le Hamas, désormais unifié, profite du blocus, mesure perçue comme inique par les Palestiniens de Gaza et qui lui assure une popularité et une aura inespérée parmi les civils.
    Mon impression est que la flottille restera longtemps, très longtemps en mer. Vérifier 1000 personnes sur une trentaine de navires sera une entreprise fastidieuse. Que sa mission humanitaire réussisse quand même, personne n’est contre la vertu.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 20 juin 2011 06 h 20

    L'égarement de notre gogogauche

    Alors que le PQ est en train d'imploser, rendant bientot l'indépendance impossible, notre gogogauche achète un bateau pour aller alimenter les Palestiniens! Est-ce que je rêve?

  • astroinnski - Inscrit 20 juin 2011 07 h 42

    frano-americans

    oui mais pendant que vos grandrarents crevent les année 30
    ils ont eu la chance de traversé les frontiers US pour trouver
    de quoi à manger... je me souviens

  • michel lebel - Inscrit 20 juin 2011 08 h 18

    Action efficace?

    Je doute de l'efficacité de pareille expédition, sauf si elle a pour effet d'amener plus rapidement une solution négociée à toute la question israélo-palestinienne. Je ne crois pas que ce soit l'objectif principal de ce projet. Gaza demeure un élément parmi toute la problématique du partage du territoire entre Israéliens et Palestiniens. Un élément parmi d'autres, je dis bien. Il me semble peu approprié de s'y concentrer.


    Michel Lebel

  • SusanK - Inscrit 20 juin 2011 08 h 58

    LES FLOTTILLES SONT-ELLES ASSURÉES?

    Récemment, LLOYS of London qui est l'assureur maritime le plus important a émis un communiqué à toutes les compagnies maritimes attestant qu'il n'assurera pas les flottilles. Leur raison: les flottilles sont un acte illégal en vertu de la Loi.

    Alors, Manon Massé sait-elle qu'en cas de problèmes, il y aura une forte probabilité qu'aucun dédommagement ni recours ne sera possible?

    Étrange comment ces gens-là ne se renseignent pas avant d'entreprendre un projet. Dans ce cas-ci, il n'y a pas de crise humanitaire et en plus, la question des assurances.