Elena Bonner, figure de proue de la dissidence soviétique, n'est plus

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Photo: Agence Reuters Vincent Kessler Elena Bonner

Moscou — Elena Bonner, veuve du Prix Nobel de la paix Andreï Sakharov, est morte samedi à Boston, aux États-Unis, à l'âge de 88 ans. Figure de proue de la dissidence à l'époque soviétique, elle avait ensuite critiqué sans relâche Vladimir Poutine.

Selon son amie, Lioudmilla Alexeeva, elle avait été opérée du coeur pour la troisième fois. Après une cérémonie à Boston, Bonner sera inhumée aux côtés de Sakharov au cimetière Vostriakovo de Moscou. Sa famille a demandé de ne pas apporter de fleurs, mais plutôt de faire des dons au Fonds Andreï Sakharov, une organisation de défense des droits de l'Homme.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a rendu hommage au «courage» de Mme Bonner, dans sa lutte commune avec Sakharov pour «les libertés fondamentales et la dignité humaine».

Le premier ministre russe Vladimir Poutine et le président Dmitri Medvedev n'avaient pour leur part pas réagi hier en fin d'après-midi.

Opposante infatigable à l'épo-que soviétique, Mme Bonner a passé les dernières années de sa vie aux États-Unis d'où elle critiquait régulièrement le pouvoir de l'ancien président Vladimir Poutine (2000-2008).

L'ancienne dissidente soviétique avait été une farouche critique du régime communiste depuis la fin des années 1960 et s'était mariée à l'académicien Andreï Sakharov en 1972. Ce physicien avait été surnommé «père de la bombe à hydrogène» soviétique et était devenu ensuite un dissident du régime. Il est mort à Moscou à 68 ans en 1989.

En 1975, Mme Bonner avait reçu à Oslo le prix Nobel de la paix à la place de son mari, empêché par les autorités soviétiques de quitter l'URSS.

Elle avait rejoint les rangs du Parti communiste soviétique avant de le quitter en 1968 lors du printemps de Prague et sa répression par les chars soviétiques. Dans les années 70, elle avait rejoint le mouvement des dissidents et avait notamment permis d'en savoir plus sur le destin des prisonniers ou des exilés du régime soviétique.

Après la chute de l'URSS fin 1991, Mme Bonner a soutenu le président Boris Eltsine, porteur de promesses de démocratie. Elle a quitté la commission des droits de l'Homme en signe de désapprobation lors de la première guerre de Tchétchénie. À partir de 2000, avec l'avènement de Poutine, ancien officier du KGB, ses critiques se font plus acerbes alors que la Russie prête le flanc au soupçon d'autoritarisme.