Le Hamas et le Fatah officialisent leur accord de réconciliation - Fin de la «page noire» palestinienne

C’était la fête hier dans les rues de Rafah, dans la bande de Gaza, après l’annonce de l’unité retrouvée entre Palestiniens. <br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Saïd Khatib C’était la fête hier dans les rues de Rafah, dans la bande de Gaza, après l’annonce de l’unité retrouvée entre Palestiniens.

Les rivaux palestiniens du Fatah — au pouvoir en Cisjordanie — et du Hamas — qui contrôle Gaza — ont célébré hier la fin d'une «page noire» de quatre années d'antagonisme et de violences fratricides, Israël dénonçant pour sa part cette unité comme un «coup dur pour la paix». Le Caire — Le Fatah et le Hamas ont officialisé hier au Caire un accord de réconciliation censé mettre fin à quatre ans de rivalité, parfois violente, entre les deux organisations palestiniennes.

«Nous avons tourné à jamais la page noire de la division», s'est félicité Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, lors de la cérémonie organisée dans la capitale égyptienne pour la signature de l'accord.

«Nous annonçons la bonne nouvelle en Égypte, pays qui a toujours assumé ses responsabilités nationales et historiques à l'égard des Palestiniens. Nous sommes maintenant réunis pour proclamer notre désir d'unité», a-t-il ajouté.

Un incident protocolaire a toutefois perturbé l'événement. Il s'agissait de savoir si Khaled Méchaal, chef de file du Hamas, devait s'asseoir sur le podium aux côtés de Mahmoud Abbas, ou plus bas, parmi les délégués palestiniens.

«La querelle a duré toute la nuit, mais il semble que Méchaal ait accepté de ne pas être sur le podium pour ne pas compromettre les célébrations», a-t-on dit de source palestinienne au Caire.

Le leader du mouvement islamiste est finalement monté sur le podium pour prononcer son discours après celui du président de l'Autorité palestinienne.

«Nous avons décidé de faire en sorte que la réconciliation ait lieu quel qu'en soit le prix. Notre véritable combat est dirigé contre l'occupant israélien», a déclaré Khaled Méchaal.

Le chef de file du Hamas, qui vit en exil à Damas, s'est prononcé pour la création d'un état palestinien dans les frontières de 1967 sans la moindre concession territoriale et a rappelé son attachement au droit au retour des réfugiés de 1948.

Vingt ans...

«De [la conférence de] Madrid à maintenant, nous avons donné à la paix une chance pendant 20 ans, et je dis que nous sommes prêts à nous entendre entre Palestiniens et avec le soutien des Arabes pour lui donner une chance de plus», a dit Méchaal.

«Cependant, mes chers frères, parce qu'Israël ne nous respecte pas, et parce qu'Israël a rejeté toutes nos initiatives, et parce qu'Israël rejette délibérément les droits des Palestiniens, rejette les membres du Fatah comme le Hamas [...], il veut les territoires, la sécurité, et en matière de paix, ne fait qu'affirmer la vouloir», a-t-il dit.

Mahmoud Abbas a quant à lui réitéré son appel à l'arrêt du développement des colonies de peuplement juives en Cisjordanie, condition de la reprise du processus de paix renoué en septembre et suspendu quelques jours plus tard après l'expiration du moratoire israélien sur les mises en chantier.

«L'État de Palestine doit voir le jour cette année», a dit le président de l'Autorité palestinienne, qui, en l'absence de reprise des négociations, va probablement en demander la reconnaissance en septembre à l'Assemblée générale de l'ONU.

L'accord, annoncé le 27 avril au Caire, prévoit la formation d'un gouvernement intérimaire composé d'experts sans étiquette et la tenue d'élections dans le courant de l'année en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, dont le Hamas a pris le contrôle par les armes en juin 2007.

Les dirigeants du Hamas rencontreront Abbas la semaine prochaine, sans doute au Caire, pour parler de la mise en oeuvre concrète de l'accord, a déclaré le numéro deux du Hamas, Moussa Abou Marzouk, après la cérémonie.

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a sommé le Fatah de choisir entre la paix et le Hamas, dont la charte prône la destruction de l'État hébreu, et a suspendu le versement des taxes collectées au nom de l'Autorité palestinienne.

Reçu hier à Londres, il a parlé de «coup terrible porté au processus de paix et de grande victoire pour le terrorisme». Nétanyahou est attendu aujourd'hui Paris.

Les États-Unis, qui considèrent le Hamas comme une organisation terroriste, ont quant à eux réagi avec prudence.

Le département d'État a fait savoir lundi qu'Hillary Clinton s'était entretenue avec Salam Fayyad, chef du gouvernement palestinien, et avec son homologue israélien.

«Si un nouveau gouvernement palestinien est formé, nous évaluerons cela suivant sa composition», a par ailleurs déclaré Mark Toner, porte-parole du département d'État, rappelant que le Hamas devait renoncer à la violence, reconnaître le droit à l'existence d'Israël et les accords conclus dans le cadre du processus de paix.

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Avec Agence France-Presse
1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 5 mai 2011 09 h 53

    Une réconciliation salvatrice de la cause palestinienne

    La division entre le Hamas et le Fatah était une épine dans le pied de la cause palestinienne pour la création d'un État reconnu mondialement. De plus cette entente est survenue au Caire, pays du printemps arabe, ce qui annonce une nouvelle alliance entre Palestiniens et Égyptiens. Netanyahou peut bien gueuler et s'enflammer, couper le revenu des taxes palestiniennes, lui qui continue les colonisations sur le territoire même des Palestiniens, Il n'a pas vraiment le soutien de la communauté internationale, particulièrement de L'Europe et Obama est plutôt froid à l'appuyer tant qu'il conservera cette orientation colonialiste.