La réconciliation surprise interpalestinienne - Le nouveau défi d'Israël

Mahmoud Abbas (à droite) en compagnie d’Ismaïl Haniyeh à Gaza, en mars.<br />
Photo: Agence Reuters Suhaib Salem Mahmoud Abbas (à droite) en compagnie d’Ismaïl Haniyeh à Gaza, en mars.

Jérusalem — Israël a estimé hier que la réconciliation entre le Hamas et le Fatah mettait en danger les perspectives de paix dans la région et découlait d'une peur panique des deux mouvements d'être victimes des vents de révolte qui soufflent sur la Tunisie, l'Égypte, le Yémen et la Syrie.

Cet accord surprise annoncé mercredi par les médiateurs égyptiens entre le mouvement islamiste, qui contrôle Gaza, et le parti nationaliste du président palestinien, Mahmoud Abbas, qui administre la Cisjordanie, constitue en effet un nouveau défi pour l'État juif, qui s'efforce d'éviter une reconnaissance d'une Palestine indépendante lors de la prochaine Assemblée générale de l'ONU, en septembre.

Le président israélien, Shimon Peres, a estimé hier que l'accord entre le Fatah et l'«organisation terroriste Hamas» était «une grave erreur qui empêcherait l'établissement d'un État palestinien et saborderait les chances de paix et de stabilité dans la région». Le doyen respecté de la vie politique israélienne a dit craindre qu'in fine le Hamas, qui est soutenu par l'Iran, prendrait le contrôle de la Cisjordanie à l'occasion des élections simultanées prévues par l'accord de réconciliation dévoilé mercredi.

Les pourparlers de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne d'Abbas avaient repris en septembre sous la houlette de l'administration américaine de Barack Obama, mais avaient achoppé quelques semaines plus tard sur le refus du premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, de proroger un gel provisoire et partiel des activités de colonisation juive.

Mahmoud Abbas a indiqué hier que des pourparlers de paix avec Israël resteraient possibles durant le mandat du futur gouvernement de transition formé dans le cadre de l'accord d'union avec le Hamas.

Il a noté que l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qu'il préside et que le Hamas, selon l'accord, doit intégrer à terme, garderait la responsabilité de la politique et des négociations.

Abbas a souligné que l'OLP resterait la seule instance responsable de la gestion politique et des négociations. Le Hamas, pour sa part, refuse de renoncer à la «lutte armée», de reconnaître Israël et d'endosser les accords passés avec l'État juif.

Pour le ministre israélien des Affaires étrangères d'extrême droite, Avigdor Lieberman, l'accord entre le Hamas et Fatah d'Abbas est le fruit d'une «immense panique». Un avis partagé par le ministre travailliste de la Défense, Éhoud Barak.

Le chef du bureau politique du Hamas en exil à Damas, Khaled Méchaal, «voit son patron le président Bachar al-Assad tirer sur les mosquées, ses chars ouvrir le feu délibérément sur les civils et comprend que le sol d'effondre sous ses pieds», a assuré Avigdor Lieberman à la radio de l'armée israélienne.

Mais, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, les habitants attribuent la conclusion de l'accord à l'immense frustration populaire devant les divisions interpalestiniennes et l'absence de tout progrès vers l'édification d'un État palestinien.

La signature de l'accord, qui devrait intervenir dans quelques jours au Caire en présence d'Abbas et de Méchaal, est «une très, très bonne chose et je prie Dieu qu'il soit couronné de succès, car nous sommes un seul peuple dans une même barque», déclare Salmane al Daïri, un militant cinquantenaire du Hamas.

Lieberman a estimé aussi qu'Abbas, qui se «reposait depuis des années» sur le président égyptien Hosni Moubarak, s'est rapproché du Hamas parce qu'il s'était senti affaibli par la chute du «raïs», chassé du pouvoir en février par une révolte populaire.
3 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 29 avril 2011 07 h 47

    Division et soustraction

    Si la réconciliation tient le coup, Israël ne pourra plus diviser pour régner. Elle se remettra à soustraire, activité militaire dans laquelle elle excelle.
    Roland Berger

  • Jacques Thibault - Inscrit 29 avril 2011 11 h 39

    Qui pensait prendre...

    Voilà un geste qui surprend Israël qui voyait d'un bon œil le fait que les deux pôles palestiniens perdent leur appuis respectifs en Égypte et en Syrie. Peut-on maintenant attendre l'avènement d'une action palestinienne commune et concertée que la communauté internationale ne pourra pas ignorer? Ou plutôt assisterons-nous une fois de plus à la sclérose politique des pays résultant des jeux de coulisses du plus puissant de tout les lobbys de la planète?

  • Ezra - Inscrit 2 mai 2011 08 h 38

    @Jacques

    Malheureusement, la seule action palestinienne commune et concertée pronée par le Hamas est la destruction d'Israël...