Étude - Individualistes et matérialistes, les jeunes Canadiens

Paris — Ils veulent surtout gagner beaucoup d'argent, se préoccupent peu de la famille et ne veulent pas payer d'impôts ni militer pour une cause particulière. Tel est le portrait peu flatteur que brosse de la jeunesse canadienne une étude internationale réalisée par la Fondation pour l'innovation politique. Ce think tank français de centre droit, proche de l'UMP et qui se définit comme «libéral, progressiste et européen», a interrogé 32 700 jeunes entre 16 et 29 ans dans 25 pays. Il se dégage de cette enquête, disent les auteurs, le portrait d'une jeunesse du monde plutôt optimiste et favorable à la mondialisation.

Les données disponibles sur les jeunes Canadiens (il n'y en a pas sur les Québécois) dessinent l'image d'une jeunesse aux valeurs essentiellement individualistes et largement axées sur la recherche de la satisfaction matérielle. Ainsi, les jeunes Canadiens à qui l'on a demandé ce qu'ils veulent accomplir dans les 15 prochaines années sont parmi ceux qui répondent le plus souvent que leur premier objectif est de «gagner beaucoup d'argent». Ils sont 54 % à favoriser l'argent au-delà de tout autre objectif, tout juste derrière les Australiens, les Indiens et les Chinois.

Les jeunes Canadiens disent aussi chercher d'abord un emploi payant (62 %) plutôt qu'intéressant (44 %) ou qu'une bonne ambiance de travail (45 %). Ils se distinguent en cela des Finlandais et des Suédois, qui sont respectivement 62 % et 56 % à souhaiter d'abord et avant tout un travail intéressant. Les jeunes Canadiens sont aussi parmi les moins portés (15 %) à s'impliquer et à militer dans un parti ou une association. Au contraire, les Marocains (42 %), les Indiens (37 %), les Brésiliens (26 %) et même les Américains (20 %) manifestent encore un certain intérêt pour le militantisme.

Les jeunes Canadiens entre 16 et 29 ans favorisent d'ailleurs la performance individuelle (47 %) dans une proportion plus grande que leurs aînés entre 30 et 50 ans (39 %). Ils sont aussi moins nombreux que leurs parents à favoriser une répartition équitable des richesses: 52 % contre 60 %.

Mais les jeunes Canadiens se distinguent surtout parce qu'ils sont parmi les plus rébarbatifs au monde à payer des impôts (62 %), juste derrière les Américains (72 %). Enfin, 44 % des jeunes Canadiens disent même ne pas être prêts à financer les retraites des générations qui les ont précédés.

Cet individualisme est aussi illustré par le peu d'intérêt porté à la famille. Seulement 29 % jugent que le fait de fonder une famille fait partie des trois éléments essentiels à une vie satisfaisante, contre 47 % des Français. Les jeunes Canadiens ne sont que 45 % à vouloir avoir des enfants d'ici 15 ans, contre 58 % des Français et 60 % des Russes. Le Canada est aussi un des pays où l'engagement religieux des jeunes est le plus faible. Seulement 26 % se disent prêts à consacrer du temps à la religion, contre 50 % aux États-Unis.

Seul bémol dans ce portrait à la hache, les jeunes Canadiens sont très préoccupés par l'écologie et l'égalité des sexes. Avec les Chinois (51 %), les jeunes Canadiens sont les plus préoccupés par la pollution (49 %). Comme la plupart des Occidentaux, 93 % des jeunes Canadiens font de l'égalité entre les hommes et les femmes l'une des caractéristiques de la société idéale, derrière les Américains, les Français et les Espagnols (94 %), et devant les Allemands, les Finlandais, les Australiens et les Britanniques

(91 %). Aussi, 53 % pensent que les immigrés doivent s'intégrer à la société d'accueil. Un résultat dans la moyenne qui arrive loin derrière celui des Espagnols (68 %), des Allemands et des Français (67 %).

Les jeunes Canadiens sont enfin parmi les plus optimistes (65 %) et les plus satisfaits de la situation générale de leur pays (68 %), contrairement aux Français (17 %) et aux Japonais (24 %), qui sont les plus déprimés. Cette satisfaction générale serait-elle le résultat d'une mauvaise information? Seulement 26 % ont déclaré suivre l'actualité sur Internet contre 50 % des Grecs, 52 % des Espagnols et 58 % des Italiens.

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Correspondant du Devoir à Paris
13 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 20 janvier 2011 08 h 56

    Le meilleur des mondes creux!

    Cette étude va certainement beaucoup intéresser l'équipe Harper.

    Elle donne une description de la composition de ce terreau fertile qu'est l'électorat canadien pour ses politiques, lui permettant de rêver à la majorité dans un avenir plus ou moins rapproché, le moment idéal étant quand les générations les plus vieilles, ces vieux croutons, auront levé les pattes avec leurs lubies de justice sociale et d'implication envers la politique.

    Alors quel paradis de moutons de Panurge que le beau grand Canada! On se croira dans le meilleur des mondes!

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 20 janvier 2011 09 h 49

    15% d'engagement

    Pas étonnant que la souveraineté en arrache au Québec!
    Le mouvement était porté par les jeunes des années 60 et 70.
    Avec à peine 15% d'engagement chez les jeunes aujourd'hui (dont la plupart pour l'environnement, faut pas s'étonner que la souveraineté ne trouve pas de relève

  • Jacques Lafond - Inscrit 20 janvier 2011 10 h 19

    Spécificités du Québec 1

    Il y a des choses intéressantes dans cet article. L’étude française ne reconnait pas la spécificité du Québec. Ces français ne savent peut-être pas que le Québec existe ! Ou s’il existe, ils sont convaincus qu’il fait partie de ce Canada parfaitement bilingue !

    Un peu normal, non ? Immense propagande canadienne va …

    Mais les québécois sont spécifiques. Voici les résultats : Le québécois est un minimaliste. Il a la philosophie de base suivante : Le gouvernement doit tout régler, mais il doit me consulter avant. En attendant, moi je fais ma petite vie. No problem.

    Le québécois francophone ne veut pas être riche. Il veut seulement être bien, et en faire le moins possible. Mais, encore plus fort, le québécois francophones ne veut pas que les autres soient riches non plus. Il fait donc tout pour arrêter le développement; absolument tout développement.

    Pour le québécois francophone, être riche est synonyme d’égoïsme et de corruption.

    Pour le québécois francophone, la distribution de la richesse est comme une religion. Les riches doivent tout payer, moi je fais mon petit minimum, et je commande des services 5 étoiles. 5 étoiles.

    Pour le québécois francophone, les anglais sont riches mais ils sont dans la noirceur. Nous, on est pauvre mais on est dans la Lumière. Et, le québécois francophone se dit libéré de la religion catholique !!!

    Le québécois francophone dit que les riches sont égoïstes, même si 80% des impôts sont payés par 20% des individus au Québec. Le québécois francophone ne travaille pas assez pour payer de l’impôt, mais il veut tous les services ‘’gratuits’’, et il n’est pas égoïste lui !!??!!

  • Jacques Lafond - Inscrit 20 janvier 2011 10 h 20

    Spécificités du Québec 2

    Le québécois francophone ne croit pas à l’effort individuel. Il croit à l’effort collectif. Oui, l’effort collectif. Mais le québécois francophone n’est pas un paresseux.

    À mon avis, les français ont omis d’inclure la spécificité du Québec, parce qu’ils ont calculés que la nation québécoise est fini de toute façon, et que cela n’en valait pas la peine …

    lafond.overtime@gmail.com

  • Sanzalure - Inscrit 20 janvier 2011 11 h 38

    @Jacques Lafond

    La vraie question est : est-ce que le 20% qui paie le 80% d'impôt fait aussi 80% de l'ouvrage ?

    Si les 80% de la population qui paient 20% de l'impôt étaient payés à leur juste valeur, automatiquement ils paieraient leur juste part de l'impôt.

    Il n'y a aucune relation entre le salaire d'une personne et sa participation à la création de la richesse. Les plus riches sont justement ceux qui en font le moins. En fait, ce sont les travailleurs à petit salaire qui nourrissent, vêtissent, transportent et font tout le reste pour les riches qui eux se contentent de faire les capricieux.

    Je ne veux pas être riche, mais j'ai toujours travaillé de mon mieux parce que j'aime mon travail et je crois dans ce que je fais. L'argent pour moi n'est pas une motivation.

    J'ai décroché de la religion, mais ce n'était pas pour devenir matérialiste et n'accorder de valeur qu'à l'argent et aux bébelles que l'argent permet d'acheter.

    J'aimerais que vous fassiez plus attention en parlant des québécois en général. Nous ne sommes pas tous tels que vous nous décrivez.

    Serge Grenier