Assange en liberté surveillée dans un manoir anglais

Julian Assange à sa sortie de prison hier à Londres<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Adrian Dennis Julian Assange à sa sortie de prison hier à Londres

Londres — Julian Assange a quitté sa prison pour gagner un manoir de la campagne anglaise hier soir, après le versement de la caution exigée pour sa libération conditionnelle par un tribunal où il a remporté une première victoire dans la longue bataille contre son extradition en Suède.

«J'espère poursuivre mon travail et prouver mon innocence», a proclamé le fondateur de WikiLeaks à la nuit tombée, lors d'une brève apparition devant une foule des journalistes massés devant la Haute Cour de justice de Londres.

La Haute Cour avait confirmé cinq heures auparavant la mesure d'élargissement ordonnée par un tribunal de première instance mardi, mais aussitôt contestée par le parquet britannique, en sa qualité de représentant des intérêts de la justice suédoise. Celle-ci est à l'origine du mandat d'arrêt contre le fondateur de WikiLeaks, soupçonné de violences sexuelles en Suède.

«C'est génial de humer l'air frais de Londres», a plaisanté l'Australien de 39 ans, à propos de son séjour forcé depuis le 7 décembre en prison, y compris dans une «cellule d'isolement d'une geôle victorienne».

Il a remercié «tous ceux qui, de par le monde, ont foi en moi», ceux qui ont donné de l'argent «malgré les grandes difficultés», les journalistes «qui ne sont pas tous sous influence», ainsi que le système légal britannique qui prouve que «la justice n'est pas encore morte».

«Julian, Julian! Dehors, dehors, dehors!» ont scandé une vingtaine de partisans, dont bon nombre portaient un bâillon aux couleurs du drapeau américain. «Condamner des crimes de guerre n'est pas un crime», proclamait une pancarte, faisant allusion à la diffusion par WikiLeaks de documents militaires et diplomatiques américains, ces derniers mois.

À ce propos John Pilger, un journaliste et militant des droits de la personne australien, a repris à son compte les insinuations des avocats de M. Assange selon lesquelles «le grand non-dit» dans l'affaire en cours était — par delà une extradition en Suède — la menace d'une extradition vers les États-Unis, où M. Assange aurait à répondre des révélations de WikiLeaks.

L'Australien s'est d'ailleurs dit «inquiet» d'une éventuelle extradition vers ce pays. «Nous avons eu vent d'une rumeur aujourd'hui rapportée par mon avocat aux États-Unis, une rumeur qui n'a pas été confirmée, mais selon laquelle j'ai été inculpé aux États-Unis», a-t-il déclaré peu après avoir quitté le tribunal.

Sa libération hier a été retardée en raison des difficultés à rassembler les 240 000 livres (376 800 $) de la caution. Plusieurs personnalités, dont le réalisateur américain Michael Moore et le cinéaste britannique Ken Loach, ont mis la main à la poche.

À la mi-journée, le juge Duncan Ouselay avait motivé sa décision de libération par le fait que le prévenu ne cherchait d'évidence pas «à se soustraire à un interrogatoire et à des poursuites».

Plusieurs conditions ont été imposées à M. Assange: vivre en résidence surveillée dans un manoir cossu à 200 km de Londres, porter un bracelet électronique, donner son passeport, respecter un couvre-feu et se présenter chaque jour au commissariat de police local le plus proche. «L'assignation dans un manoir», selon le bon mot d'un de ses avocats, inclura un accès à Internet, selon un porte-parole de WikiLeaks.

M. Assange avait déjà tenté deux fois d'obtenir sa libération: la première après sa reddition à la police le 7 décembre, la seconde mardi.

Hier, il a quitté le tribunal sous la neige, dans la Land Rover blindée d'un ami qui devait le conduire vers sa résidence forcée pour Noël, et sans doute de longs mois en raison de la multiplicité des appels et recours attendus dans le cadre de la procédure d'extradition.

Le prochain rendez-vous devant la justice est fixé au 11 janvier, quand sera décidée la date du jugement d'extradition.
8 commentaires
  • VITRILLOLA - Inscrite 17 décembre 2010 08 h 20

    L'AFFAIRE ASSANGE

    CONCERNANT TOUTE CETTE AFFAIRE, QU'ON POURRAIT AUSSI BIEN NOMMER L'AFFAIRE DE LA LIBERTÉ DE PRESSE, DONC QUI CONCERNE UN NERF VITAL DE LA DÉMOCRATIE, NOUS DÉCOUVRONS SOUS NOS YEUX À QUEL POINT TOUT EST CONTRÔLÉ AU QUART DE TOUR, RAPPELANT LE ROMAN 1984 DE GEORGE ORWELL, QU'IL FAUT DONC RESTER DANS LE SILLON IMPOSÉ, ET MÊME FLATTER DANS LE SENS DU POIL L'ETABLISHMENT MONDIAL SOUVENT FINANCIÈRE ET POLITIQUE (AU SERVICE DE LA PREMIÈRE) QUE FINALEMENT NOUS DÉCOUVRONS SOUS YEUX LA TRISTE RÉALITÉ QUE NOUS NOUS TROUVONS AU COEUR D'UNE OLIGARCHIE MONDIALE, FORME DE DOUCE DICTATURE, MAIS DICTATURE QUAND MÊME OÙ LE CONTRÔLE DE LA MASSE AMPLIFI AU RYTHME OÙ LES AVANTAGES SOCIAUX, EUX, FOND COMME NEIGE AU SOLEIL...

  • André Michaud - Inscrit 17 décembre 2010 10 h 23

    Riches amis et livre en vue $$$$

    Que nous a appris Wikileaks de si extraordinaire pour la liberté de presse? Nommez moi une seule chose IMPORTANTE?

    Que les diplomates ne se disent pas tout ce qu'ils pensent ? Mais c'est la base même de la diplomatie de refréner publiquement ses petites opinions personnelles pour avantager les rapprochements...!! Le contraire serait rechercher la guerre et les conflits..!!

    En quoi mettre en danger la vie de nos militaires en Afghanistan en aidant les talibans qui sont anti-démocrates, anti-sciences, anti égalité des femmes etc...aide t'il la démocratie?????? ?

    Que ceux qui voient M.Assange comme un grand hacker Robin des Bois ne s'en fassent pas pour lui...il a de riches amis qui lui fournissent le château et les avocats..et il écrira sûrement un livre qui le rendra encore plus riche....pendant que de nos militaires mourront peut-être à cause de lui..

    En passant qui finance Wikileaks?

  • TRIPOD - Inscrit 17 décembre 2010 11 h 35

    La démocratie ? Quelle démocratie ?

    La démocratie ? Quelle démocratie ? Il n'y a plus de démocratie et ce depuis un bon bout de temps, la preuve, G. W. Bush s'est déjà retrouvé à la tête des États-Unis alors qu'il n'aurait pas dû y être ! Imaginez juste un instant, le monde ne serait sans doute pas dans le "merdier" dans lequel il est présentement si cet "IMBÉCILE HEUREUX" n'avait pas été porté au pouvoir par les forces tacites de la haute finance mondiale et des multinationales !

    Et c'est pareil partout, regardez ici au Québec, l'État (la haute finance, Desmarais et Cie !) consent des hausses de salaires faramineuses aux ingénieurs d'Hydro-Québec pendant que les travailleurs de la Santé en arrachent de plus en plus ! Quelle belle façon de valoriser un travail et surtout quelle belle équité ! Comment voulez-vous que les conditions s'améliorent, on continue "d'engraisser" les plus GROS pendant que la classe moyenne et les plus pauvres de la société ne cessent de s'appauvrir, tout ça, pour flatter l'égo d'une pseudo-élite !

    Des têtes sont tombées pour moins que ça, parlez-en aux Français et aux Russes au sujet le leurs révolutions respectives ! Un jour, très bientôt, le Peuple québécois va enfin se réveiller et cette pseudo-élite économico-politique devra rendre des comptes !

  • Sanzalure - Inscrit 17 décembre 2010 12 h 26

    @ André Michaud

    L'internet a été mis sur pied et continue d'être maintenu en grande partie par la communauté Open Source qui a donné son temps et son talent pour créer ces outils de communication pour tout le monde.

    Wikileaks est une des utilisations de nos outils qui justifie tous les efforts que nous avons mis pendant des décennies pour les développer.

    Monsieur Michaud, si cela ne fait pas votre affaire, cessez d'utiliser notre internet. Et toutes les autres personnes qui apprécient l'internet et sont à même de comprendre l'importance de ce qui est en train de se passer, devraient soutenir Wikileaks et toutes les autres initiatives de ce genre qui arriveront à l'avenir.

    Nos militaires en Afghanistan ne sont pas là pour l'égalité des femmes, ils sont là pour le pétrole. Qui finance l'armée ?

    Serge Grenier

  • Malartic - Inscrit 17 décembre 2010 13 h 46

    Wikileaks pourrait être dangereux

    En matière d'espionnage, ils y a aussi la dissémination de fausse information. Ça été utilisé au cour de la 2ième Guerre, avec succès. Pour le moment je crois que ce qui a été coulé vers Wikileaks n'était que de l'information classé confidentielle ou sous restriction. C'est embarassant, bien sûr, au départ; mais ça pourrait devenir un moyen de "faire de la diplomatie" et devenir ainsi une façon moderne d'exercer de l'influence. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose.