Des Balkans à Kaboul, avalanche d'hommages à Richard Holbrooke

Sarajevo — Plusieurs hommages ont été rendus hier dans les Balkans à Richard Holbrooke, architecte de l'accord de paix de Dayton, qui a mis fin à la guerre en Bosnie (1992-1995), et envoyé des États-Unis dans les Balkans lors du conflit au Kosovo de 1998-1999. Le diplomate est mort lundi à l'âge de 69 ans. Il était le conseiller de la présidence américaine pour l'Afghanistan et le Pakistan.

«C'est un homme dont la contribution a été énorme pour interrompre la guerre, pour trouver une solution de paix pour la Bosnie-Herzégovine [...] une paix dont nous profitons aujourd'hui», a déclaré à la presse Bakir Izetbegovic, membre musulman de la présidence collégiale de Bosnie.

Richard Holbrooke «a réussi et je l'en remercie, en mon nom et au nom du peuple que je représente», a ajouté le dirigeant bosnien, dont le père, Alija Izetbegovic, alors président de la Bosnie, avait participé aux négociations de l'accord de paix de Dayton. M. Izetbegovic a loué «l'énergie et la détermination» du diplomate américain, ajoutant que «l'histoire de la Bosnie s'en souviendra certainement».

L'accord de paix de Dayton a mis fin au conflit inter-communautaire en Bosnie, qui a fait quelque 100 000 morts, et a consacré la division du pays en deux entités, la Republika Srpska et la Fédération croato-musulmane. Le président de la RS, Milorad Dodik, a déclaré que le décès de Holbrooke constituait «une grande perte [...] pour la diplomatie américaine et internationale».

Richard Holbrooke était «un diplomate non-conventionnel, très direct et concentré sur son objectif», a déclaré Haris Silajdzic, qui fut le premier ministre bosnien lors des négociations de paix.

Un autre négociateur de l'accord de Dayton, l'ancien ministre croate des Affaires étrangères Mate Granic, a estimé pour sa part que Holbrooke «était l'un des plus grands diplomates des vingt dernières années». «Holbrooke a toujours su comment se fixer un objectif clair. Il a été un bon tacticien qui savait comment utiliser le pouvoir des États-Unis», a souligné M. Granic.

À Pristina, le premier ministre kosovar Hashim Thaçi, un ancien dirigeant de la guérilla albanaise, a déploré la perte d'«un ami et la voix défendant les intérêts de la République du Kosovo».

En tant qu'envoyé dans les Balkans du président Bill Clinton, Richard Holbrooke a joué un rôle décisif dans la résolution de la crise au Kosovo à la fin des années 1990. Il a effectué à l'époque de nombreuses navettes entre Slobodan Milosevic, le président yougoslave de l'époque, et le dirigeant des Kosovars albanais, Ibrahim Rugova.

Surnommé le «bulldozer» pour son style direct, le défunt a eu droit à un hommage du président afghan Hamid Karzaï, qui a pourtant eu maille à partir avec lui au cours des deux dernières années.

Dans un communiqué, M. Karzaï a salué «un diplomate expérimenté et compétent de la scène politique américaine qui a grandement servi le peuple américain» et s'est dit «attristé par sa mort soudaine».

Condoléances plus chaleureuses au Pakistan, où le président Asif Ali Zardari a estimé que le pays avait «perdu un ami» qui a joué un «un rôle-clé [...] pour combattre les militants [islamistes] dans notre région».