La première cyberguerre mondiale

Le centre de données Pionen White Mountain est l’une des compagnies qui hébergeaient toujours au début du mois les serveurs de WikiLeaks. L’ancien abri nucléaire suédois, construit durant la guerre froide, est aujourd’hui un des plus importants lieux de stockage de données informatiques sur la planète.
Photo: Jonathan Nackstrand Le centre de données Pionen White Mountain est l’une des compagnies qui hébergeaient toujours au début du mois les serveurs de WikiLeaks. L’ancien abri nucléaire suédois, construit durant la guerre froide, est aujourd’hui un des plus importants lieux de stockage de données informatiques sur la planète.

Les défenseurs de WikiLeaks mènent une cyberguerre contre ceux qui s'en prennent au site spécialisé dans la divulgation de documents secrets. Les attaques ne font que commencer, a averti hier le chef d'un groupe de pirates informatiques.

Le site Internet fondé par l'Australien Julian Assange est dans le collimateur du gouvernement américain depuis qu'il a commencé à divulguer, il y a dix jours, 250 000 télégrammes diplomatiques confidentiels du département d'État.

Des cyberpirates ont notamment lancé les hostilités contre les entreprises qui privent WikiLeaks d'accès à des moyens financiers. Parmi elles: Visa, MasterCard et PayPal.

Le site Web du gouvernement suédois a aussi été mis hors service plusieurs heures, ont rapporté hier les médias suédois.

«C'est une guerre informatique, nous voulons qu'Internet reste libre et ouvert à tous, comme il l'a toujours été», a déclaré un supposé membre du groupe de pirates informatiques «Anonymous» à la British Broadcasting Corporation (BBC).

L'«opération Riposte» aurait mis knock-out pendant plusieurs heures le site de l'émetteur de cartes de crédit Visa et aurait perturbé les activités de son concurrent MasterCard.

Anonymous avait annoncé une attaque similaire contre le site d'Amazon, qui avait cessé la semaine dernière d'héberger le site de WikiLeaks, lui reprochant d'avoir violé son règlement. Mais, plus d'une heure après le moment prévu de l'attaque, le site fonctionnait toujours normalement.

Le site de l'ex-candidate à la vice-présidence des États-Unis Sarah Palin a également été dans la mire des pirates. La figure des ultraconservateurs américains avait déclaré que M. Assange avait du «sang sur les mains».

Les belligérants utilisent une version modifiée d'un logiciel normalement utilisé pour tester des sites Web, a expliqué l'analyste Paul Mutton. Cette technique permet aux internautes les plus néophytes de participer à ces attaques dans le cyberespace.

Quelque 2000 ordinateurs ont pris part aux attaques mercredi — un nombre modeste, a dit M. Mutton, mais suffisant pour paralyser le site principal de MasterCard pendant plusieurs heures. «J'ai été surpris par l'efficacité [de l'attaque]. On n'a pas besoin d'un nombre énorme de gens pour lancer une attaque de ce genre», a-t-il souligné.

WikiLeaks a nié hier tout lien avec Anonymous. «Nous ne condamnons ni n'applaudissons ces attaques. Nous pensons qu'elles ne sont que le reflet de l'opinion publique» en ce qui concerne les attaques dont WikiLeaks et son fondateur sont victimes, a fait savoir son porte-parole Kristinn Hrafnsson.

Recherché en Suède pour une affaire de viol et d'agression sexuelle, son fondateur, Julian Assange, est actuellement sous les verrous au Royaume-Uni. En dépit de la détention de son fondateur, WikiLeaks a continué à publier hier les télégrammes diplomatiques américains.

La haute-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Navi Pillay, s'est dite inquiète hier des pressions exercées sur les compagnies offrant des services au site WikiLeaks. «Je suis préoccupée par des informations faisant état de pressions exercées sur des compagnies privées, dont des banques, des sociétés émettrices de cartes bancaires ainsi que des fournisseurs de sites Internet, pour qu'elles ferment leurs lignes de crédit pour des dons destinés à WikiLeaks», a-t-elle affirmé.

De son côté, le premier ministre de la Russie, Vladimir Poutine, a fait valoir hier que les pays occidentaux ne sont pas en position de donner des leçons de démocratie. «S'il s'agit de démocratie au sein plein du terme, pourquoi cachent-ils M. Assange en prison? Qu'est-ce que c'est, la démocratie?», a-t-il affirmé. «Alors, vous savez, comme on dit à la campagne, certaines vaches peuvent meugler, mais il vaut mieux que la vôtre se taise. Je renvoie donc la balle à nos collègues américains. Il faut commencer par balayer devant sa porte», a-t-il ajouté.

Interrogé sur les messages diplomatiques confidentiels qui le dépeignaient comme un gouvernant de type «mâle dominant» à la tête d'une bureaucratie corrompue, Vladimir Poutine a rétorqué: «Pensez-vous que le service diplomatique américain soit une source d'informations très fiable? Le pensez-vous?»

Le président sortant du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, a aussi protesté contre la détention du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange. Pour lui, «le coupable n'est pas celui qui divulgue [les télégrammes] mais celui qui les écrit. Il faut accuser ceux qui ont écrit ces bêtises».

La semaine dernière, il avait minimisé l'affaire, soutenant que les documents concernant le Brésil étaient «de si peu d'importance qu'ils ne méritaient pas d'être pris au sérieux» et avait ironisé sur «les bêtises» commises par la diplomatie américaine.

En Australie, quelque 250 manifestants sont descendus dans les rues de la troisième ville du pays, Brisbane. «Depuis quelques semaines, nous assistons à une campagne mondiale contre WikiLeaks et son projet de rendre les gouvernements plus transparents, a affirmé l'organisatrice de la manifestation, Jessica Payne. Nous sommes ici aujourd'hui pour défendre WikiLeaks et notre droit à la liberté d'information.»

Au Mexique, une plaque commémorative a été inaugurée, hier soir, au Club des journalistes de Mexico, en l'honneur de Julian Assange, «pour sa contribution à la conscience de l'humanité en donnant les preuves de ce que beaucoup de nous savaient déjà».

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D'après Reuters, l'AFP et l'AP
20 commentaires
  • Frédéric Chiasson - Inscrit 10 décembre 2010 04 h 11

    Pas pour viol, mais pour « sexe par surprise »

    Cet article contient de fausses informations. Julian Assange n'est pas accusé de viol, mais de « sexe par surprise », un concept juridique suédois pour le moins ambigu : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/assange-pou

  • Tracy Allard - Inscrite 10 décembre 2010 05 h 26

    Fantastique cette guerre, c'était dû!

    La concentration des effectifs de l'internet prend depuis quelques années la même tournure que celle les médias conventionels. Dans le monde de l'information, une concentration de l'information est toujours une mauvaise nouvelle, et avec le médium digital, le contrôle est d'autant plus pernicieux.

    J'applaudit les défenseurs cybernautiques de Wikileaks, espérons qu'ils ont les reins assez forts pour continuer leurs actions suffisamment longtemps pour que l'on puisse mettre fin à cette chasse aux sorcières qu'est la ridicule détention de Mr Assange et la perte des services digitaux et financiers dont souffre WikiLeaks.

    Les politiciens et commerçants digitaux sont vraiment devenus trop ridicules! Je ne vois pas ces compagnies de carte de crédit bannir les commercants immoraux de la planète entière??? Cet acharnement sur WikiLeaks pue d'une action «Black ops» CIA ! Une campagne de salissage tout-à-fait non méritée.

    Exigeons que CIBC, Amazon et les autres permettent, comme il se doit, les paiements vers WikiLeaks, sous peine qu'on leur soustraye notre clientèle. Évrivons-leur pour leur indiquer not répugnance envers leurs actions non fondées.

  • ysengrimus - Inscrit 10 décembre 2010 06 h 16

    Pan dans les dents...

    Pan aussi dans les dents de toute une tendance médiatique agreaupascalisante cherchant à traiter Assange en acteur isolé…
    Paul Laurendeau

  • Roger Lapointe - Abonné 10 décembre 2010 06 h 39

    Qui donc a peur de la VÉRITÉ?

    Ceux qui luttent contre la divulgation de ces informations dites secrètes ou top secrètes sont la plupart du temps les mêmes qui sont pourtant partisans du laisser-aller en politique connus sous le faux vocable de LIBERTARIENS,que je décrirais plutôt comme des anarchistes de la droite Tea Party.
    Laissons WikiLeaks nous faire connaitre les faits et surtout les dessous pas très beaux de la diplomatie undergroound car dans cinquante ans plusieurs d'entre nous ne seront plus là pour connaitre la vérité et interpréter correctement la venue de nouvelles guerres ou autres situations.
    La vérité fait peur à ceux qui ont des choses à cacher.

  • Eric Marcoux - Inscrit 10 décembre 2010 07 h 03

    La première cyberguerre mondiale

    Article intéressant. Il semble toutefois qu'une erreur typographique s'y soit glissée. Lorsqu'on rapporte les propos de M. Poutine, je crois qu'on aurait dû lire "au sens plein du terme".