Les révélations de WikiLeaks - Hillary Clinton s'indigne

Les révélations de WikiLeaks ont fait les manchettes de tous les journaux aux États-Unis hier.<br />
Photo: Agence Reuters Yuri Gripas Les révélations de WikiLeaks ont fait les manchettes de tous les journaux aux États-Unis hier.

«Un rêve pour les historiens et un cauchemar pour les diplomates.» C'est un historien, Timothy Garton Ash, qui décrivait ainsi les fuites de WikiLeaks hier, dans un article du Guardian, un des cinq journaux auxquels le célèbre site d'indiscrétions en ligne a remis en primeur quelque 250 000 notes diplomatiques en principe confidentielles qui lui sont tombées entre les mains.

S'il est encore trop tôt pour évaluer la valeur historique de ces documents, les réactions des dirigeants et des diplomates de la planète ont bruyamment confirmé le deuxième énoncé de M. Ash.

«C'est une attaque contre la communauté internationale», s'est indignée la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, pour qui les fuites ont néanmoins le mérite de prouver que les craintes de son pays au sujet de l'Iran sont largement partagées. (À ce sujet, lire l'encadré ci-contre). Sur un ton encore plus dramatique, le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, a parlé de «11-Septembre de la diplomatie mondiale». En France, le numéro deux du gouvernement, Alain Juppé, a qualifié de «scandaleuse» et d'«irresponsable» la démarche de WikiLeaks.

L'origine des fuites

La Maison-Blanche a dénoncé un «crime grave» et l'Attorney General (le ministre de la Justice) américain a rappelé qu'une enquête criminelle était en cours pour déterminer l'origine des fuites de WikiLeaks.

C'est la quatrième fois cette année que ce site Internet met Washington dans l'embarras. En avril, il a publié une vidéo montrant un raid héliporté américain au cours duquel deux photographes de Reuters et plusieurs civils avaient été tués, en Irak. En juillet et en octobre, en collaboration avec plusieurs grands médias internationaux, WikiLeaks a mis en ligne des documents secrets sur les guerres en Afghanistan et en Irak, respectivement.

Dimanche, cinq journaux (The New York Times, The Guardian, Le Monde, Der Spiegel et El Pais) ont commencé à publier les quelque 250 000 télégrammes diplomatiques émanant du Département d'État à Washington ou de 270 ambassades et consulats américains, que WikiLeaks a reçus d'une source, ou de sources, qui demeurent anonymes.

La plupart de ces notes couvrent la période allant de 2004 à mars 2010. Elles sont classifiées «secret», «confidentiel» ou ne sont pas classifiées. Aucune ne porte la mention «top secret».

Ces documents montrent, par exemple, que l'Arabie Saoudite a fait pression pour que les Américains attaquent l'Iran, que les États-Unis craignent que les armes atomiques pakistanaises ne tombent entre les mains de terroristes et que l'anarchie et la corruption ne gangrènent l'Afghanistan. Ils révèlent en outre que les États-Unis ont secrètement largué des missiles sur de présumées bases d'al-Qaïda au Yémen.

Dans les coulisses

Ils jettent aussi une lumière crue sur les coulisses de la diplomatie. D'après une note, le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, est «irresponsable, imbu de lui-même et inefficace en tant que dirigeant européen moderne»; dans une autre missive, Nicolas Sarkozy est considéré comme «susceptible et autoritaire».

De façon générale, les notes diplomatiques qui ont fait l'objet d'une fuite semblent indiquer que les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme restent au coeur de la politique étrangère des États-Unis.

«Une bonne partie de ce que nous avons vu confirme ce que nous savions déjà, bien plus qu'elle ne nous informe», écrivait hier Richard N. Haass, le président du Council on Foreign Relations de Washington, sur le site Internet de cet influent think tank.

«WikiLeaks et ceux qui disséminent ces informations sont des criminels», a dénoncé hier le porte-parole de la présidence américaine, Robert Gibbs, ajoutant que les fuites «constituent une menace grave pour ceux qui mènent et aident notre politique étrangère».

Aucune charge fédérale n'a été prononcée à ce jour. L'enquête menée par le ministère de la Justice et le Pentagone se concentre sur Bradley Manning, un ancien analyste du renseignement militaire actuellement en détention. Il est soupçonné d'être à l'origine de la fuite de la vidéo de l'incident impliquant l'hélicoptère en Irak.

Un influent représentant républicain de l'État de New York au Congrès fédéral, Peter King, a suggéré que WikiLeaks soit déclarée «organisation terroriste».

Le 11-Septembre

La Maison-Blanche a par ailleurs pressé les agences gouvernementales de renforcer leurs procédures pour sécuriser leurs documents secrets, en faisant en sorte que «les utilisateurs n'aient pas un accès plus large que nécessaire à leurs missions effectives».

«Apparemment, les documents proviennent d'un réseau [...] auquel 2,5 millions de personnes ont accès. Ironiquement, ce système a été mis sur pied après le 11-Septembre afin d'améliorer la coopération internationale et de rendre plus largement disponibles les informations pertinentes sur le terrorisme, a remarqué un ancien ambassadeur américain en Allemagne, John Kornblum, interviewé par Der Spiegel. Aucun système de sécurité sur terre ne peut garantir la sécurité d'un réseau sur lequel autant de personnes ont accès à des informations sensibles.»

Dans un communiqué, le journal Le Monde dit «avoir considéré qu'il relevait de sa mission d'en prendre connaissance [de l'information contenue dans les documents de WikiLeaks], d'en faire une analyse journalistique et de la mettre à la disposition de ses lecteurs.»

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Avec Reuters et l'Agence France-Presse
6 commentaires
  • Yves Nadeau - Abonné 30 novembre 2010 02 h 37

    Imprécision

    Au lieu d'écrire "Aucune charge fédérale n'a été prononcée à ce jour", serait-il préférable d'indiquer qu'aucune accusation n'avait été portée/déposée? Si tel est le cas, alors "charge" est un anglicisme à éviter.

  • art5 - Inscrit 30 novembre 2010 06 h 10

    clinton s indigne

    La Hilary s indigne, eh bien, certainement pas plus que certains d entre nous qui croient en la democratie et aux valeurs republicaines.

    Moi aussi je m indigne de subir ces nouvelles dynasties qui s encrassent dans nos pays suposement democratiques les Kennedys, Clinton et Cie, Sarkozy et fils, Kirsher l epouse de l autre et la liste pourrait etre trop longue. Ces dynasties qui en general sont le propre de certains pays encore gouverner par des monarchies absolues ou des regimes comunistes Fidel et Raoul par exemple. La on s emporte et on les condamnent, on s indigne quoi.

    Elle s indigne, l epouse de l autre, et bien moi aussi quand on ecoute les membres de la ligue des menteurs Bliar (liar=menteur) qui ont declenche certaines guerres et qui ont le culot de les justifier, des regrets, des excuses etc jamais. Eh bien moi aussi je m indigne.

    Un certain Talleyrand, ne suis pas sure que ce soit lui, mais un personage celebre avait declare que la diplomacie c etait l art de mentir.

    Alors la la Clinton, Bliar, Baby Bush et Cie (ne pas confondre avec Baby Doc) auraient fait ou feraient d excellents diplomates

    Le probleme n est pas Wikileaks ou tel ou tel journal qui aurait le courage de denoncer des politiciens corrompus. Le probleme il est ailleurs. Il est dans la manipulation, le controle, dans de la propagande digne des pires regimes qu on a connu.

    Grace a Wikileaks on a les preuves de ce que l on savait deja.

    Dans le cas present et, dans certains pays ou la dignite a de l importance, il y aurait deja eu des excuses et des demissions.

    Dans nos belles democraties rien a craindre de cela c est l indignite qui reigne.

    Merci.

  • Nathalie E. Pellerin - Inscrit 30 novembre 2010 15 h 18

    'LA' 'LA'LA'

    Comme j'en ai profondément marre de ces misogynes qui ne peuvent parler de femmes de pouvoir sans être méprisants!!!

    'La Hillary', 'La Clinton' et ailleurs 'La Marois'?

    Des adolescents attardés qui font encore dans leur frocs devant l'autorité maternelle... Et s'en défendent avec tumultes et hauts cris!

    Le fiel masque la faiblesse.

  • Roland Berger - Inscrit 30 novembre 2010 17 h 24

    À Nathalie Pellerin

    Merci de cette réaction viscérale !
    Roland Berger

  • art5 - Inscrit 1 décembre 2010 05 h 13

    hilary s indigne

    A Nathalie Pellerin

    Merci pour votre commentaire.

    Malheureusement je crois qu l arbre vous cachait la foret.

    Je suis un grand admirateur de Bachelet ex-presidente du Chili qui au moment de quitter son poste jouissait d un taux de popularite de plus de 80%. Sa biographie est plus qu interressante.

    Il y a aussi la ministre de l economie de France Mme Lagarde. Elle aussi est a peu pres ce qu il y a de mieux comme personne competente.

    Je pourrais vous citer des noms d autres femmes qui, comme c est normal, dirigent certains pays comme la Suisse entre autre.

    Que ce soit un homme ou une femme, un tricheur c est un tricheur.

    Je regrettes que mes propos vous aient offusque et je m en excuses.

    Merci.