Journées québécoises de la solidarité internationale - « Nos modèles d'aide sont-ils efficaces ? »

Un père et son enfant au travail à Bamako, au Mali<br />
Photo: Agence Reuters Luc Gnago Un père et son enfant au travail à Bamako, au Mali

Après 60 ans d'aide au développement, les inégalités mondiales perdurent. Le temps est venu de remettre en question les pratiques et les modèles qui ont été jusqu'ici à la base de l'aide internationale. Tel est le constat qui a inspiré le thème de la quatorzième édition des Journées québécoises de la solidarité internationale (JQSI), «Revoyons le développement». Portrait d'un événement ouvert aux réflexions critiques pour un monde plus juste.

Les JQSI permettront aux acteurs dans le domaine de la coopération internationale de prendre du recul et de confronter leurs manières de faire, selon Gervais L'Heureux, directeur général de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), instigatrice de l'événement. «Plusieurs questions sont devenues inévitables après la succession de crises qu'a connues le monde ces dernières années, fait-il valoir. Quelle place fait-on à nos partenaires du Sud? Quelle est notre rôle en tant que société civile dans cette aide au développement? Nos modèles d'aide sont-ils efficaces?»

En effet, les efforts faits durant des décennies n'ont pas donné les résultats escomptés. Selon un rapport du Programme des Nations Unies pour le développement, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté extrême a augmenté de près de 100 millions depuis les années 1980 et au moins 54 pays sont plus pauvres aujourd'hui qu'ils ne l'étaient il y a vingt ans. Et ce, alors que le revenu mondial a augmenté en moyenne de 2,5 % par année, comme l'a établi en 2003 l'organisme Focus on the Global South. Devant ces piètres performances, de nouveaux courants, tels que l'ethnodéveloppement, l'écoféminisme et la décroissance, remettent en question le système dominant et proposent de nouvelles conceptions du développement.

Des invités engagés

Aminata Traoré est une des figures marquantes de la lutte contre le modèle dominant du développement. Ministre du gouvernement malien de 1997 à 2000 et militante altermondialiste, elle tiendra la conférence d'ouverture des JQSI le 3 novembre, à Montréal, et le 4 novembre, à Trois-Rivières. «C'est une femme qui est très critique à l'égard de l'aide internationale et du libéralisme, note Fréda Thélusma, chargée de programme des JQSI. Elle cadre bien dans notre thématique qui vise justement à confronter les idées reçues en matière de développement.»

Gérald Larose, le porte-parole de l'événement, y voit quant à lui l'occasion d'établir un rapprochement entre l'économie solidaire et la solidarité internationale. «Toutes deux ont une finalité sociale. L'économie solidaire est un moyen de répondre aux besoins des hommes et des femmes, mais elle permet d'intégrer l'aspect humain dans le développement», dit l'ancien président de la CSN, aujourd'hui professeur invité à l'Université du Québec à Montréal en travail social et engagé dans de nombreux groupes portant sur l'économie solidaire. Il ajoute que ces journées de réflexion permettront également de faire le lien entre le type de développement qu'on souhaite pour le Québec et au niveau international.

Nous tous comme acteurs de changement

Une grande part de la mission des JQSI consiste à rendre plus accessibles aux non-initiés les enjeux liés à l'aide internationale. «Cet événement est un temps fort pour mieux faire connaître notre travail au sein du grand public, souligne Gervais L'Heureux. C'est aussi un bon moment pour montrer ce qui fonctionne dans l'aide au développement et pour contrer les messages négatifs trop souvent véhiculés à son propos.»

Plusieurs activités sont proposées à travers la province, notamment des projections de documentaires, des conférences, des vernissages, une foire solidaire. Les jeunes peuvent également s'y retrouver avec, par exemple, le Festival jeunes solidaires, qui leur donne l'occasion de participer à des ateliers portant sur différents enjeux liés à la mondialisation de l'économie, le travail des enfants, la répartition de la richesse, etc.

Un 3 novembre solidaire

Il est à noter qu'une nouvelle activité, la mobilisation éclair, s'ajoute à cette édition et lancera officiellement les JQSI. «Nous proposons aux citoyens de partout au Québec de s'arrêter un bref instant, le 3 novembre à 12h30, et d'ouvrir les yeux sur les choix qu'ils font en matière de développement, informe Fréda Thélusma. Nous espérons, en fin de compte, que ces mêmes personnes deviendront des acteurs de changement pour un monde juste et solidaire.»

L'AQOCI organise depuis 1996 les Journées québécoises de la solidarité internationale. Elle regroupe 65 organisations qui travaillent dans une optique de développement durable et humain au Québec et à l'étranger.

«Nous sommes un des rares endroits en Amérique du Nord à ne pas voir les écarts de richesse s'agrandir. Évidemment, il y a encore des lacunes, telles que l'intégration au travail des minorités visibles, la persévérance scolaire et le soutien aux personnes âgées», dira ainsi Gérald Larose. Ce qu'on souhaite, c'est que le modèle de l'économie solidaire puisse s'inscrire dans le changement économique global.» Il ajoute que, en matière de solidarité, le Québec s'en tire plutôt bien grâce à ses programmes sociaux, notamment le programme de soutien au revenu des familles et les centres de la petite enfance.

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Collaboratrice du Devoir