Planète - Les ONG réorientent leur action

Exploitation vinicole en Afrique du Sud. Le peu d’intérêt des bailleurs de fonds pour les projets de développement agricole est dénoncé depuis plusieurs années par les organisations non gouvernementales qui travaillent sur le terrain.<br />
Photo: Agence Reuters Mike Hutchings Exploitation vinicole en Afrique du Sud. Le peu d’intérêt des bailleurs de fonds pour les projets de développement agricole est dénoncé depuis plusieurs années par les organisations non gouvernementales qui travaillent sur le terrain.

La récente crise économique a-t-elle modifié le travail des organismes de coopération internationale? Si elle a eu peu d'effets sur la générosité des donateurs, elle aura permis toutefois de replacer au centre de l'aide internationale un secteur depuis trop longtemps délaissé: celui de la sécurité alimentaire.

«Si la crise économique nous a causé de sérieux ennuis en Occident, explique Chantal-Sylvie Imbeault, directrice générale adjointe du Centre d'étude et de coopération internationale (CECI), elle a causé, dans les pays en voie de développement, rien de moins qu'une crise alimentaire. La crise économique a fait augmenter fortement le prix des denrées, en particulier la nourriture de base, comme le riz. Même le prix du riz a augmenté au Québec. Si nous avons ici les moyens de continuer d'en acheter, ce n'est pas le cas dans les pays en voie de développement. Cette situation est en plus exacerbée par le fait que plusieurs pays en voie de développement dépendent massivement de l'importation pour leurs denrées alimentaires et qu'ils sont déficients quant à leur propre capacité de nourrir leur population.»

Cette incapacité de nourrir leur population sans avoir recours à l'importation ne tombe pas du ciel. «Depuis une quinzaine d'années, les bailleurs de fonds ont délaissé le secteur agricole et ont fourni peu d'appuis aux producteurs locaux. Et c'est par la production agricole locale qu'on peut le mieux assurer la sécurité alimentaire de la population des pays en voie de développement.»

Un mal pour un bien

Ce peu d'intérêt des bailleurs de fonds pour les projets de développement agricole est dénoncé depuis plusieurs années par les organisations non gouvernementales qui travaillent sur le terrain. «Depuis sept ou huit ans, nous réclamons davantage d'investissements dans des projets de sécurité alimentaire. La crise économique, en provoquant la crise alimentaire, a eu pour effet de souligner la faiblesse des pays en voie de développement en matière de sécurité alimentaire et elle a fait ressortir la nécessité, voire l'urgence, d'agir si on veut éviter les risques de famine. Au fond, la crise économique s'est présentée à nous comme une occasion à saisir afin d'enfoncer le clou auprès des bailleurs de fonds et de les convaincre qu'il fallait agir.»

Et, cette fois, les bailleurs de fonds n'ont pas fait la sourde oreille. «Nous avons été entendus. La sécurité alimentaire est revenue au centre des politiques d'aide au développement international. On voit aujourd'hui de plus en plus de projets agricoles se mettre en place.»

Ces projets permettront aux populations locales de mieux se nourrir et aussi de s'épanouir. «D'une part, dans les pays en voie de développement, près de 70 % de la population demeure en milieu rural. En favorisant l'agriculture, en permettant aux jeunes de travailler la terre, on réduit l'exode vers la ville. L'agriculture leur permet aussi d'acquérir des compétences entrepreneuriales. En soutenant des projets agricoles, on crée un environnement favorable à l'intégration des populations dans l'agriculture.»

Ces projets peuvent prendre différentes formes. «Ces projets peuvent être des projets d'infrastructure qui, par exemple, permettent une meilleure irrigation ou une meilleure conservation des sols. Il peut aussi s'agir de développer des semences plus appropriées ou de mettre à leur disposition certains intrants nécessaires à l'agriculture. Certains projets tenteront de rapprocher les producteurs afin de former des associations de producteurs.»

Contribution financière

Il semble que la crise économique n'a pas refroidi la générosité des donateurs québécois. «Nos campagnes de financement vont bien et la population demeure solidaire, explique Michel Verret, directeur général adjoint d'Oxfam Québec. Tous les objectifs de nos campagnes de financement ont été atteints, mais j'avoue que la crise économique nous oblige à redoubler d'efforts. L'argent est au rendez-vous, mais il faut travailler plus fort.»

Selon lui, la crise économique récente a fait ressortir la faiblesse de la mondialisation. «Ces dernières années, nous avons connu une forte mondialisation de l'économie, mais cette mondialisation ne s'est pas étendue à d'autres secteurs que l'économie. Et nous gérons encore nos budgets en vase clos dans notre petit coin, sans tenir compte du reste du monde. C'est aujourd'hui l'occasion d'en prendre conscience et d'aller vers ce que j'appelle une mondialisation de la solidarité. Prenons par exemple le problème du climat. Ce sont les pays du Nord qui produisent 90 % de la pollution de la planète, mais ce sont les pays du Sud qui vivent avec 90 % des conséquences de cette pollution. À quand donc une forme de justice climatique? C'est ce type de mondialisation solidaire à laquelle il faut arriver.»

Pareille mondialisation ne peut se faire sans la participation des pays en voie de développement. «C'est aujourd'hui la démarche qui est mise de l'avant depuis la Déclaration de Paris signée en 2005. On y indique que les pays en voie de développement doivent établir eux-mêmes leurs priorités en matière de développement et que les bailleurs de fonds ainsi que les organisations de coopération internationale doivent travailler en tenant compte de ces priorités. On ne peut plus parachuter l'aide.»

De plus, la Déclaration de Paris a permis une meilleure collaboration entre les différents bailleurs de fonds. «Chaque bailleur de fonds définit le domaine qu'il entend financer selon son expertise, précise Chantal-Sylvie Imbeault. Ainsi, il y a moins de redoublement et une meilleure coordination entre les différents bailleurs de fonds. Il y a aussi une réelle volonté, de leur part, de s'assurer de l'efficacité de l'aide consentie.»

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Collaborateur du Devoir