Syndicats et coopératives - Les mouvements sociaux s'investissent davantage dans la solidarité

Les grandes rencontres, comme le Forum social mondial, tendent à aplanir les difficultés de l’environnement sociopolitique qui se retrouvent sur les chemins de l’internationalisation.<br />
Photo: Agence Reuters Paulo Santos Les grandes rencontres, comme le Forum social mondial, tendent à aplanir les difficultés de l’environnement sociopolitique qui se retrouvent sur les chemins de l’internationalisation.

Le réseau en croissance des mouvements sociaux québécois s'est taillé une place dans l'évolution en mode accéléré de l'internationalisation des solidarités. Les syndicats, le milieu agricole, les coopératives et d'autres groupes s'enracinent dans des projets sur d'autres continents; ils participent activement aux échanges Nord-Sud ayant cours dans les forums sociaux partout dans le monde.

Louis Favreau, sociologue et professeur à l'Université du Québec en Outaouais (UQO) qui s'intéresse depuis longtemps à ces mouvements, a assisté à bon nombre de rencontres internationales marquées au sceau de l'accompagnement mutuel et de la solidarité; depuis cinq ans, il se penche sur cette dimension de pareils événements, sur «les nouveaux habits de la solidarité internationale».

Il signale qu'il se passe des choses intéressantes sur le plan des syndicats: «Ceux-ci se sont montrés très actifs dans la constitution de la nouvelle centrale syndicale internationale [Confédération syndicale internationale, CSI] à Vienne, en 2006. La FTQ, pour sa part, collaborait déjà avec les syndicats en Afrique de l'Ouest; c'est grâce à cette centrale que se faisait beaucoup sentir la présence francophone dans les rapprochements Nord-Sud de l'organisation syndicale internationale.» Et un autre joueur majeur se manifeste: «Du côté de la CSN, il y a eu de nombreuses réalisations qui sont survenues avec l'Amérique latine, particulièrement avec le Brésil; c'est ainsi que ce syndicat a mis sur pied Développement solidaire international (DSI), un organisme de coopération qu'il finance avec l'Agence canadienne de développement international (ACDI).»

Il reconnaît que ce n'est pas d'hier que les mouvements syndicaux québécois font sentir leur présence dans le monde, tout en apportant cet éclairage nouveau: «Ceux-ci appliquaient une forme de militantisme qui était, rapidement dit, celui de la résistance au capitalisme, ce qui se maintient, mais ils apportent aussi du soutien, ils font preuve d'une autre forme de solidarité, qui consiste à construire des solutions de rechange dès maintenant, à donner des formations syndicales, à créer des coopératives ou à conduire des projets à l'intérieur de bidonvilles.» Il en résulte ce changement dans l'action: «Le syndicalisme est sorti de son schéma habituel en entreprise pour travailler davantage dans le développement des collectivités.»

Les milieux agricole et coopératif

L'Union des producteurs agricoles (UPA) se dote de son volet Développement international (UPA-DI) en 1990. Le professeur dépeint le travail accompli: «On assiste alors à une internationalisation de leurs actions à partir de 1993: ils viennent en soutien direct à des organisations paysannes, principalement en Afrique francophone, pour aider celles qui sont traditionnellement de contestation à créer, comme le mouvement agricole québécois l'a fait, leurs propres dispositifs coopératifs de commercialisation; on les incite à préconiser auprès de leurs gouvernements des politiques semblables à celles de la gestion de l'offre qu'on a connues ici et qui existent encore pour le poulet, les oeufs et la volaille.»

Le milieu coopératif emboîte le pas et se tourne à son tour vers le monde: «Desjardins a créé son propre truc il y a longtemps, soit le Développement international Desjardins. Quant à la plupart des autres fédérations, qui sont au moins une douzaine, elles ont mis sur pied la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI), en 1985, et elles ont soutenu plus de 600 projets dans 40 pays pendant cette période de 25 ans; ceux-ci se sont déroulés dans le Sud et portaient sur la création de coopératives et sur des initiatives socioéconomiques de développement des collectivités.»

Dans ces trois cas, ceux du syndicalisme, de l'agricole et du coopératisme, Louis Favreau fait le constat que les organismes voués à l'international sont devenus plus structurés et que les interventions ont pris de l'ampleur, de marginales qu'elles étaient dans le passé: «On développe des actions structurantes dans les collectivités et les organisations du Sud. Ce qui est nouveau également, c'est qu'il y a un renouvellement de la pensée internationale dans les mouvements, et la révélation de ce phénomène apparaît dans la conférence sur le coopératisme qui s'est tenue à Lévis récemment.» Cette rencontre, qui a regroupé quelque 600 personnes, a pris une tournure nettement internationale à la faveur des invités venus du Sud, de l'Amérique latine et d'ailleurs; deux ateliers sur les douze ont porté sur la solidarité internationale. Le professeur fait aussi état de l'existence de plusieurs autres groupes déjà existants ou émergents qui font maintenant preuve d'une réelle ouverture sur l'international et qui tendent à se regrouper pour mieux agir.

Une large ouverture d'esprit

Après avoir abordé le sujet des forces et des limites que posent les interventions des différents mouvements, M. Favreau laisse savoir que les forums mondiaux tendent à aplanir les difficultés de l'environnement sociopolitique qui se retrouvent sur les chemins de l'internationalisation: «Les gens se rencontrent sur des bases d'égalité. Les dynamiques à l'intérieur de la plupart des mouvements sociaux et des organismes de coopération internationale québécois se situent à peu près toutes dans la mouvance du forum mondial.» Chaque année, tout le monde (FTQ, CSN, UPA-DI, etc.) se retrouve dans le pays où se déroule cet événement, et ce, depuis dix ans.

Louis Favreau dégage la signification d'une telle convergence: «Il est très important de dire que, depuis ce temps, ce lieu d'échanges est devenu un repère incontournable et, pour employer l'expression d'un autre, "c'est un espoir réinventé", parce que cette rencontre peut rassembler sur un pied d'égalité des mouvements du Nord et du Sud, malgré les difficultés interculturelles qu'ils ont à se comprendre; qui plus est, il y a là un rassemblement de plusieurs cultures sociopolitiques différentes: des chrétiens sociaux, des anciens marxistes, des socialistes, des féministes, des écologistes.»

Un intérêt certain découle d'un pareil mélange des genres: «Non seulement tout cela se produit à l'occasion d'un grand rassemblement international cha-que année, mais aussi se fait sentir à toutes les échelles, locale, nationale ou internationale, ce qui est assez fantastique. En plus, on voit là les fruits d'un travail qui dure, soit depuis dix ans.» Les mouvements revêtent «les nouveaux habits de la solidarité internationale».

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Collaborateur du Devoir