Espagne - L'ange de la mort Ricardo Cavallo incarcéré à Madrid au nom de la «justice universelle»

À Mexico, une Argentine a «salué» l’extradition par le Mexique de Ricardo Miguel Cavallo, qui fera face en Espagne à des accusations de terrorisme et de génocide pour son rôle dans «la sale guerre» menée contre l’opposition sous la dictatur
Photo: Agence Reuters À Mexico, une Argentine a «salué» l’extradition par le Mexique de Ricardo Miguel Cavallo, qui fera face en Espagne à des accusations de terrorisme et de génocide pour son rôle dans «la sale guerre» menée contre l’opposition sous la dictatur

Surnommé «Miguel Angel» ou «Serpico», le tortionnaire argentin Ricardo Cavallo, réfugié au Mexique, a finalement été extradé en Espagne, avec l'accord tacite des autorités de Buenos Aires, incapables de le juger. Cette extradition est une première dans la lutte contre l'impunité des auteurs présumés de graves violations des droits de l'homme. L'ancien lieutenant de vaisseau, âgé de 52 ans, est arrivé hier à Madrid et a aussitôt été entendu par le juge Baltasar Garzon.

Madrid — L'ancien officier argentin Ricardo Miguel Cavallo a été incarcéré hier en Espagne au nom de la «justice universelle» par le juge Baltasar Garzon, après avoir été extradé par le Mexique pour crimes contre l'humanité commis pendant la dictature militaire en Argentine (1976-1983).

Le «principe de justice universelle» a été mis en avant par le juge Garzon dans son ordonnance justifiant le maintien en détention de Cavallo, de même que le «risque évident» de le voir s'enfuir en Argentine, où les lois lui permettraient d'échapper aux poursuites.

«Cette fuite potentielle signifierait non pas un changement de juridiction mais purement et simplement l'impunité», selon le juge espagnol, devant lequel Cavallo a comparu deux fois hier, sans répondre à ses questions.

L'ancien officier de 52 ans «a affirmé qu'en sa qualité de capitaine de corvette, il ne pouvait pas déposer en Espagne parce que cela serait contraire aux lois de son pays», a rapporté l'un des avocats des parties civiles, Jaime Sainz de Bremon. À quoi le juge Garzon a répondu «qu'il ne se trouvait pas en Espagne en tant que représentant des forces armées de son pays mais comme génocidaire présumé», selon la même source.

L'ancien militaire s'est vu signifier le détail des charges pesant contre lui, consistant selon un autre avocat des parties civiles, Manuel Ollé, en «227 disparitions, 110 séquestrations suivies de tortures et remises en liberté et 14 cas de femmes enceintes séquestrées et dont les enfants ont été séquestrés pour être remis à des tierces personnes».

Devant le bâtiment de l'Audience nationale (principale instance pénale espagnole), dans le centre de Madrid, plusieurs dizaines de manifestants hostiles s'étaient rassemblés, parmi lesquels Malou Cedutti, dont le père et le mari ont disparu aux mains de Cavallo. «J'espère qu'il ira en prison autant qu'il le doit», a-t-elle commenté.

Les vols de la mort

Le juge Garzon, qui a lancé des poursuites contre une centaine d'anciens militaires argentins, soupçonne Cavallo d'avoir participé aux «vols de la mort», durant lesquels des opposants au régime étaient jetés à la mer depuis des avions, ainsi que d'avoir opéré dans le centre de torture de l'École mécanique de la marine de Buenos Aires, par laquelle auraient transité 5000 des 30 000 détenus et disparus de la dictature argentine.

La Cour suprême du Mexique avait accordé le 10 juin dernier l'extradition réclamée depuis près de trois ans par le juge Garzon pour génocide et terrorisme, lors d'un verdict historique.

L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch a salué «un moment historique dans la lutte contre l'impunité», notant que «c'est la toute première fois qu'un pays extrade quelqu'un vers un autre pour y être jugé pour des crimes contre les droits de l'homme qui se sont produits dans un troisième».

La plus spectaculaire tentative précédente du juge Garzon de promouvoir sa conception de la justice universelle avait pris pour cible l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, arrêté en 1998 en Grande-Bretagne à sa demande mais finalement relâché par le gouvernement britannique.

«Nous avons mené à bon port ce qu'on n'avait pas réussi avec Pinochet», a déclaré Carlos Iriart, l'un des avocats des parties civiles.

Cavallo avait été arrêté en août 2000 dans une station balnéaire du sud-est du Mexique. L'ancien militaire, qui après sa retraite avait notamment été employé à l'ambassade d'Argentine en France, vivait sous une fausse identité une paisible existence d'homme d'affaires.

Le juge Garzon compte lui opposer 23 témoins directs qui disent reconnaître en lui un certain «Serpico», surnom de l'un des maîtres d'oeuvre du centre de torture de l'École mécanique de la marine de Buenos Aires. Cavallo sera interné dans la prison de haute sécurité de Soto del Real, proche de Madrid.