XIIIe sommet de la Francophonie - Le réseau francophone d'ingénieurs sera dirigé par une école qui enseigne... en anglais

Le nouveau réseau francophone d'écoles polytechniques que vient de créer la Francophonie sera sous l'égide d'une école de Lausanne qui enseigne essentiellement en anglais!

Montreux — À la fin de ses travaux, qui se sont achevés hier, le XIIIe sommet de la Francophonie réuni à Montreux, en Suisse, a salué la création d'un «réseau d'excellence» rassemblant les grandes écoles d'ingénieurs des pays francophones. L'initiative, proposée par le pays hôte du sommet, la Suisse, sera sous l'égide de l'École polytechnique fédérale de Lausanne. Or, cette initiative censée regrouper «les meilleures universités technologiques de langue française» sera dirigée par une université où pratiquement tous les cours du second degré se donnent uniquement en anglais!

Depuis quelques jours, cette initiative parrainée par le président de l'École polytechnique fédérale de Lausanne, Patrick Aebischer, a suscité la grogne parmi plusieurs délégations du sommet, dont les délégations québécoise et française. Si cette grogne ne s'est pas fait entendre publiquement à Montreux, c'est que, dans ces sommets, il est toujours difficile de refuser ou de critiquer les initiatives du pays hôte.

Vérification faite, il s'avère que l'École polytechnique fédérale de Lausanne qui dirigera ce nouveau réseau donne l'essentiel de ses cours de maîtrise en anglais. Sur son site Internet, on précise que, dès la première année du baccalauréat, les étudiants «seront amenés à suivre certains cours en anglais». Quant à la formation du «master» (maîtrise), elle «s'effectuera quasi exclusivement dans cette langue».

Amené à s'expliquer sur cette situation, le président de l'École polytechnique, Patrick Aebischer, a affirmé que si ce nouveau réseau était francophone, c'était surtout sur le plan de la culture, mais pas nécessairement de la langue.

Réticences

C'est avec beaucoup de réticence que l'Agence universitaire de la Francophonie, responsable de la coopération entre les universités francophones, a accueilli ce projet. Dans sa déclaration finale, le XIIIe sommet affirmait que la promotion du français était «au coeur des missions de la Francophonie» qui soutient par ailleurs le multilinguisme. «Donner tous ses cours de masters en anglais, ce n'est pas exactement ce qu'on appelle le multilinguisme, nous a confié un délégué au sommet. En fait, on va créer un réseau en anglais au sein de la Francophonie.»

L'École polytechnique de Lausanne offre d'ailleurs des cours intensifs d'anglais aux étudiants qui veulent s'inscrire en maîtrise. Les nouveaux inscrits doivent absolument faire évaluer leur niveau d'anglais, sans quoi ils ne peuvent être admis.

Ce nouveau réseau basé à Lausanne regroupera les écoles polytechniques de Montréal et de Grenoble, l'Université catholique de Louvain, l'École normale supérieure de Lyon et Paristech de Paris. Il rassemblera aussi plusieurs universités de pays dits émergents, au Maroc, au Cameroun, au Sénégal, au Burkina Faso, au Liban et au Vietnam. Avec le soutien de la Francophonie et sous la direction de l'École polytechnique fédérale de Lausanne, ces universités échangeront des étudiants et mettront en place des équipes de recherche dans des secteurs comme l'eau, la nutrition et l'énergie. Des recherches qui se feront probablement... en anglais.

Cette initiative se veut le pendant «francophone» de celle développée en Afrique par le Global University Leaders Forum (GULF) qui se réunit chaque année à Davos, en Suisse. Reste à savoir si, bientôt, il n'y aura pas deux réseaux d'écoles d'ingénieurs qui parleront anglais, plutôt qu'un seul.

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Correspondant du Devoir à Paris
3 commentaires
  • Christian Franck - Inscrit 25 octobre 2010 08 h 17

    C'est normal

    Il n’y a rien de plus normal qu’au niveau de la recherche (maîtrise, doctorat) une université d’ingénierie de calibre mondiale fonctionne surtout en anglais. C’est le cas en Suisse, Suède, Allemagne, Danemark, Chine, Italie, etc. Ce n’est pas le rôle d’une école de génie de promouvoir une langue ou une autre, mais de faire rayonner ses recherches scientifiques. Et, à l’heure actuelle, la langue qui permet de rayonner le plus c’est l’anglais.
    S’il fallait chercher des incohérences à la Francophonie ce serait surtout au niveau des pays membres. Combien, parmi les habitants des 51 pays, parlent français? Quelle est la pertinence de la Francophonie en Bulgarie, Hongrie ou la Lituanie?

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 25 octobre 2010 13 h 39

    Distinction importante

    Je souhaite qu'on enseigne l'anglais, mais pas enseigner en anglais.
    Bilingue, oui; biculturel, non.

  • test - Inscrit 6 janvier 2011 20 h 51

    p.s.b.

    Petites souris blanches.