XIIIe Sommet de la Francophonie - Charest propose un forum mondial sur l'avenir de la langue française à Québec en 2012

Luc Plamondon a présenté hier à Montreux la troupe de jeunes Haïtiens qu’il parraine, Haïti en spectacle. Il en a profité pour critiquer la loi 115 du gouvernement Charest (voir ci-dessous).
Photo: Georges Poirier Luc Plamondon a présenté hier à Montreux la troupe de jeunes Haïtiens qu’il parraine, Haïti en spectacle. Il en a profité pour critiquer la loi 115 du gouvernement Charest (voir ci-dessous).

Montreux — Pendant qu'une quarantaine de chefs d'États et de gouvernements se réunissent ce matin sur les bords du lac Léman, le Québec a annoncé qu'un forum international sur l'avenir de la langue française se tiendrait à Québec en 2012. Demain dimanche, le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf, proposera aux participants de ce XIIIe Sommet de la Francophonie que de tels forums internationaux sur la langue française se tiennent périodiquement. Le Québec se proposera pour organiser le premier d'entre eux au printemps 2012.

À peine remis du débat sur les écoles passerelles au Québec, Jean Charest a fait cette annonce à Montreux après avoir rencontré le secrétaire général de l'OIF, Abdou Diouf, avec qui il a préparé cette proposition depuis six mois.

«Ce serait l'occasion de tenir un forum qui se répéterait tous les trois ou quatre ans et qui permettrait aussi de rassembler des gens de partout sur la planète pour débattre et discuter de l'avenir de notre langue», a déclaré le premier ministre. Inspirée d'une initiative semblable rassemblant les peuples parlant espagnol, cette rencontre réunira des gens de tous les milieux, notamment des artistes.

Loin de décharger les sommets de leur rôle, ces forums pourraient «à leur tour alimenter les sommets sur les actions concrètes que doivent poser les gouvernements», a estimé le premier ministre. Ironisant sur son avenir politique, il a déclaré: «Je serai là en 2012!» Interrogé plus tard par la télévision suisse, Jean Charest a affirmé que «le français se porte bien au Québec».

Aide à Haïti

Cet après-midi, alors que les représentants des 56 pays membres discuteront de gouvernance mondiale, de sécurité alimentaire et de terrorisme, le Québec présentera une résolution commune avec le gouvernement haïtien, lançant un appel à la mobilisation pour venir en aide à Haïti. «Le Québec a une relation privilégiée avec le peuple haïtien», a rappelé Jean Charest. Faisant le point sur l'aide à Haïti, l'administrateur de l'OIF, Clément Duhaime, a reconnu que l'argent promis par les pays, même membres de la Francophonie, n'était pas toujours au rendez-vous.

Les représentants haïtiens ont dit vouloir maintenir l'influence du français sur l'île des Caraïbes devant la forte présence des États-Unis et du voisin dominicain. «Nous avons le devoir de veiller à ce que la formation, l'éducation, une certaine tradition de la francophonie perdurent; ça, c'est le rôle de l'État et les antennes de la Francophonie en Haïti vont nous aider», a assuré de son côté à l'AFP la ministre haïtienne des Affaires étrangères, Marie Michèle Rey.

Harper à Berne

Sitôt arrivé au sommet, le premier ministre canadien Stephen Harper a quitté Montreux pour la capitale fédérale, Berne. Étrangement, il s'agissait de la première visite officielle d'un premier ministre canadien en Suisse, pourtant quatrième investisseur au Canada.

Avec la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, Stephen Harper a discuté commerce et investissements. Ensemble, ils ont présidé à la signature d'un accord sur le transport aérien et d'un protocole fiscal sur la double imposition destiné à combattre l'évasion fiscale. Le Canada et la Suisse sont liés depuis plusieurs années par un accord de libre-échange.

«Je suis le premier premier ministre canadien à faire une visite officielle en Suisse, a déclaré Stephen Harper. Il était temps!» En soirée, le premier ministre a rencontré Abdou Diouf et le président du Liban, Michel Sleiman.

Hier, les autorités suisses ont confirmé que le président français, Nicolas Sarkozy, ne serait pas présent demain matin lorsque les chefs d'État discuteront de l'avenir de la langue française. Il se fera remplacer par son représentant sur ces questions, l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

Cette absence ne semble pas inquiéter Jean Charest. Le discours prononcé par le président le 20 mars dernier, dit-il, «envoie un message très clair [...]. Beaucoup de gens, au début de son quinquennat, se sont interrogés sur la volonté de monsieur Sarkozy de participer pleinement à la défense de la langue française. Mais je pense qu'ils ont été beaucoup rassurés par son discours.» Le président sera parmi les derniers chefs d'État à arriver ce matin, et l'un des premiers à repartir. Hier, les organisateurs ont annoncé que le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, qui était venu à Québec, ne sera pas présent à Montreux.

Quant au ministre Paul Robichaud, qui représente le Nouveau-Brunswick avec son premier ministre, il a affirmé être à Montreux pour parler «affaires». Et pour cause! Pour attirer les journalistes à une rencontre de presse, la province (dont les frais à Montreux sont assumés par Ottawa) a annoncé sur son carton d'invitation qu'«un voyage pour deux personnes au Nouveau-Brunswick sera tiré au sort parmi les représentants des médias présents». Une pratique qui a choqué les journalistes suisses.

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Avec l'Agence France-Presse

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