Un sommet qui parle enfin de la langue française

Josée Verner, ministre canadienne de la Francophonie, en compagnie du secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, hier à Montreux.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Fabria Goffrini Josée Verner, ministre canadienne de la Francophonie, en compagnie du secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, hier à Montreux.

Le Devoir en Suisse (Montreux) — Dès ce matin, une quarantaine de chefs d'État et de gouvernement commenceront à arriver dans la petite ville de Montreux, sur la Riviera suisse, coincée entre les sommets enneigés des Alpes et les eaux agitées du lac Léman. Déjà, les vedettes de l'armée ont commencé à sillonner le lac, 6500 militaires ont été mobilisés et les F-18 contrôlent un espace aérien long de 11 kilomètres.

Une vingtaine de chefs d'État, 3000 délégués et 600 journalistes sont attendus à ce XIIIe Sommet de la Francophonie, qui traitera principalement de l'état de la langue française dans le monde et de la gouvernance. Après le sommet de Québec, une longue résolution avait été consacrée à la langue française, les représentants des 56 pays membres et 14 observateurs devraient faire le point sur la place du français dans le monde.

«Il faut oser parler français même si ce n'est pas dans le vent», a lancé hier le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf, afin de donner le ton aux débats. Selon lui, si les 15 pays de la Francophonie qui représentent plus de la moitié des membres de l'Union européenne s'y exprimaient toujours en français, «le français gagnerait ses lettres de noblesse en Europe». «Pour nous, renforcer la présence du français dans le monde, c'est aussi renforcer la pluralité linguistique en Suisse», a déclaré la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, qui présidait la rencontre des ministres des Affaires étrangères précédant le sommet.

Le premier ministre Jean Charest est arrivé hier matin à Montreux. Il rencontrera aujourd'hui Abdou Diouf et la présidente suisse, Doris Leuthard. Il sera le troisième à intervenir samedi après Stephen Harper. Le Québec présentera, conjointement avec Haïti, une résolution demandant à tous les membres d'aider ce pays, même modestement, comme l'a fait le Sénégal par exemple. Le premier ministre Stephen Harper est attendu aujourd'hui tard en soirée.

Selon la ministre des Relations internationales du Québec, Monique Gagnon-Tremblay, il faudrait «parler de la langue française à chaque sommet». La ministre souhaite que le volumineux rapport que vient de réaliser l'Observatoire de la langue française, créé en 2007 par l'OIF à l'Université Laval, permette de doter l'organisation d'une véritable «politique de la langue française».

Le Liban, les Seychelles et Sainte-Lucie signeront d'ailleurs aujourd'hui avec l'OIF des «pactes linguistiques» dans lesquels ils s'engagent à améliorer le statut du français. Lors de la rencontre ministérielle, plusieurs intervenants ont déploré que des représentants des membres de la Francophonie s'expriment toujours en anglais dans les forums internationaux. Selon la ministre québécoise, il ne faudrait pas hésiter à réprimander les fautifs.

Sarkozy en coup de vent

C'est sans surprise qu'on a appris hier que le président Nicolas Sarkozy ne passera qu'en coup de vent à Montreux. Il n'y demeurera que quelques heures et ratera la clôture du sommet. À Québec, il y a deux ans, il avait été le premier président français de toute l'histoire des sommets à partir avant la fin. L'affaire est perçue par la presse française et internationale comme la manifestation d'un désintérêt à l'égard de la Francophonie, même si le 20 mars dernier le président avait prononcé un discours très volontariste en faveur de la langue française.

Autre signe de ce désintérêt présumé, hier Bernard Kouchner était absent de la discussion entre les ministres des Affaires étrangères sur l'état de la langue française. Ce qui ne l'a pas empêché de prêcher «pour une Francophonie ouverte». Selon une enquête réalisée au début de l'année et publiée hier par Le Figaro, 71 % des Français perçoivent pourtant la Francophonie comme «une idée moderne». Elle devrait même être davantage défendue, selon 90 % des répondants.

L'autre priorité de ce sommet devrait permettre de faire le point sur l'application de la déclaration de Bamako adoptée il y a dix ans et qui devait favoriser l'État de droit et la démocratie dans les pays membres. Tous ne sont pourtant pas des parangons de démocratie. C'est pourquoi, «dix ans après Bamako, il nous incombe de renforcer encore ce dispositif», a déclaré la ministre Calmy-Rey.

Depuis cette époque, l'OIF a néanmoins suspendu le Togo, la Mauritanie, la Guinée et Madagascar. Des mesures encourageantes, mais insuffisantes, selon Amnesty International, qui a adressé aux chefs d'État une lettre ouverte signée par ses sections locales actives dans les pays de la Francophonie. Amnesty souhaite que l'OIF se fixe des objectifs plus conséquents en matière de respect des droits de l'homme. Elle souhaite aussi que l'organisation condamne les mesures discriminatoires à l'égard des Roms, une façon indirecte de montrer la France du doigt. Le dossier des droits de l'homme est d'autant plus important, dit le secrétaire général de la section suisse Daniel Bolomey, que le prochain sommet se déroulera à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Un rapport sera remis samedi à Adbou Diouf sur l'ensemble de cette question.

La Francophonie fait débat en Suisse

Même si les représentants politiques de la Suisse romande semblent découvrir l'importance de la Francophonie, cette opinion n'est pas unanime. «La Francophonie, de toutes les organisations internationales, est celle qui sert le moins!», a déclaré hier à la radio le journaliste Pascal Décaillet. La presse germanophone a aussi critiqué les 30 millions de dollars que coûtera ce sommet, un coût pourtant inférieur à celui de Québec.

Le Québec soutiendra dimanche le renouvellement du mandat d'Abdou Diouf au secrétariat général de l'OIF. «Monsieur Diouf a fait énormément pour la langue française et la gouvernance de l'OIF», dit Mme Gagnon-Tremblay. L'actuel secrétaire général, qui a aussi le soutien de la France et du Canada, devrait être réélu sans problème.

Pour la première fois, un spectacle célébrant la chanson française télédiffusé dans toute la francophonie a marqué l'ouverture du sommet. Entourée d'Alain Souchon, de Maxime Leforestier et de nombreux autres, Diane Dufresne a livré mercredi soir une interprétation magistrale d'Oxygène. Les artistes québécois sont d'ailleurs nombreux à Montreux. Le groupe Karkwa se produira dimanche et la chanteuse Marie-Pierre Arthur faisait vibrer hier soir la place du marché de Montreux au son de sa guitare basse.
4 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 22 octobre 2010 07 h 34

    Combien?

    Combien coute le sommet à la Suisse? On doit être loin des 1,3 milliard de Toronto!

  • 93Licar - Inscrite 22 octobre 2010 08 h 49

    Le Premier ministre du Québec et la langue française

    Je trouve contradictoire de lire que notre Premier ministre participe activement au Sommet de la francophonie pour y réclamer un plus grand rayonnement du français dans le monde alors que son parti, pour des raisons purement électoralistes, même pas idéologiques, vient de faire adopter, sous la loi du bâillon, la Loi 115 permettant l'immersion en anglais pour une durée de trois ans, des enfants dont les parents auront les moyens financiers de se payer cette dérogation à la loi 101.

    Le français, langue officielle du Québec, ah oui vraiment?

    Ce serait intéressant de savoir ce que pensent les participants à ce sommet de la volonté de ce Premier ministre de promouvoir, défendre et gouverner en français.

  • Alain Lavallée - Inscrit 22 octobre 2010 11 h 00

    Le coût du Sommet : 30 ou 40 millions $

    Le coût du Sommet de la Francophonie à Montreux est de l'ordre de 30 à 40 millions ( mais je ne sais pas si c'est en euros en francs suisses ou en dollars...

    mais peu importe cela représente 3 ou 4 % du coût du G-20...

    sans oublier que le Sommet de la Francophonie reçoit des représentants de 70 gouvernements , pas seulement de 20 comme à Toronto.

  • Alain Lavallée - Inscrit 22 octobre 2010 15 h 27

    Mais Charest souhaite-t-il vraiment qu'on parle de la langue française?????

    Avec la proposition de Charest de créer un Forum parallèle qui en 2012 discuterait de l'avenir de la langue française... c'est simplement pour sortir la langue française du domaine "politique",

    Cela déplaît à Jean Charest que ce thème soit à l'ordre du jour du présent Sommet à Montreux et qu'il soit question d'inciter les pays de la francophonie à s'exprimer en français dans les instances internationales... Charest souhaite simplement que l'anglais soit la langue internationale

    alors son Forum sera fait pour discuter et tourner en rond , amuser le peuple et faire parler les artistes... pendant ce temps l'anglais pourrait faire cavalier seul sur la scène internationale.

    La seule véritable approche c'est celle du Sommet 2010 de Montreux... inciter les pays de la Francophonie parler français dans les instances internationales et le français reprendra sa place.

    Ce que M. Charest ne souhaite surtout pas. On voit ce qu'il a fait ici avec la Loi 101 qui donne priorité au français, Il l'a négligé et contourné. Il ne l'a pas appliqué d'aucune façon. Il favorise le glissement du QUébec vers le bilinguisme (en particuleir Montréal)

    Il a fait la même chose au Canada, il a créé des instances inutiles afin de réduire l'impact politique de l'action du Québec. Auparavant Québec négociait directement avec Ottawa. Il a donc créé le Conseil de la Fédération canadienne , où tout tourne en rond et où le Québec se retrouve à un contre 9 ,plutôt que un contre un pour négocier

    Charest multiplie les structures, afin de les rendre inutiles, et surtout inefficaces, coûteuses.... et que les gens en viennent à dire mais ... toutes ces structures , çàcoûte une fortiune et ça ne sert à rien.

    Pourquoi créer un Forum pour discuter de l'avenir de la langue française. Ce qu'il faut c'est faire comme à Montreux, prendre des décisions politiques , agir de manière à ce que la langue française ait un avenir dans les institutions