En 2050, neuf francophones sur dix seront africains

Cours de français dans une école primaire du Burkina Faso, pays africain où le nombre de personnes sachant lire et écrire le français a été multiplié par cinq en vingt-cinq ans, souligne l’importante étude de l’Organisation internationale de la Francophonie qui doit être publiée aujourd’hui.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Issouf Sanogo Cours de français dans une école primaire du Burkina Faso, pays africain où le nombre de personnes sachant lire et écrire le français a été multiplié par cinq en vingt-cinq ans, souligne l’importante étude de l’Organisation internationale de la Francophonie qui doit être publiée aujourd’hui.
Dans les années à venir, cette tendance ne pourra que s'accentuer. En 2050, près de neuf francophones sur dix vivront en Afrique, où la population francophone franchira le cap du demi-milliard. On assistera alors, écrivent les chercheurs, à une véritable «reconfiguration» du poids des nations dans le monde francophone. Selon eux, cette nouvelle situation oblige dès aujourd'hui la Francophonie à tout faire pour relever le niveau d'éducation des pays africains et à préciser la place qu'occupe le français dans ces pays où il côtoie de nombreuses langues africaines.

Les exemples du Burkina Faso et du Mali illustrent cette «augmentation prodigieuse du nombre de personnes qui sont aptes à lire et à écrire le français». Dans ces deux pays, il a été multiplié par cinq en vingt-cinq ans. Le français est aujourd'hui parlé par pratiquement tous les habitants de Douala, de Kinshasa, d'Abidjan et de Libreville ainsi que par une très grande proportion des habitants de Dakar et de Bamako. Les chercheurs craignent d'ailleurs que ces chiffres ne soient sous-estimés puisque les seules données fiables concernent les populations scolarisées, excluant donc les Africains qui parlent notre langue sans être allés à l'école.

Une langue d'enseignement

Notre langue se classe parmi la quinzaine de langues du monde qui ont plus de 100 millions de locuteurs, mais son influence ne saurait se limiter à son poids démographique, expliquent les auteurs de cette véritable bible de l'état actuel du français. Le français a un statut officiel dans vingt-neuf États et trois gouvernements. De plus, il est toujours «une des rares langues enseignées dans tous les pays du monde», ajoute le rapport.

Son enseignement comme langue seconde a cependant progressé légèrement (6 %) entre 2007 et 2010. Il est en forte baisse en Europe (-17 %), en dépit de la promotion officielle du multilinguisme au sein de l'Union européenne. La connaissance du français recule donc rapidement en Bulgarie, en Grèce, en Pologne et en Roumanie. Par contre, elle serait en légère hausse en Hongrie, en Lituanie et en République tchèque.

En Amérique, l'enseignement du français comme langue étrangère serait plutôt stagnant (-1 %). Il est cependant en forte hausse en Afrique subsaharienne (+19 %), en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (+13 %) et en Asie-Océanie (+6 %). Exception notable, le Rwanda a récemment opté pour une politique du «tout anglais» et il «s'anglicise de manière croissante», note l'étude. Seul l'anglais est aujourd'hui employé dans le primaire, le secondaire et l'enseignement supérieur. Une tendance aussi présente au Cambodge et au Laos malgré des initiatives récentes.

Selon les rapporteurs, l'obstacle principal à une meilleure progression du français dans le monde, et notamment en Afrique, tient au faible niveau des professeurs de français. Dans de nombreux pays, le français est par ailleurs en lutte pour conserver ou obtenir le statut de langue seconde obligatoire, après l'anglais.

Internet en anglais

Malgré la nette domination de l'anglais sur Internet (45 % des pages), le document souligne que, pour ce qui concerne la création de nouvelles pages, il est suivi dans l'ordre par l'allemand et le français. L'ouvrage ajoute que le français est en train de se tailler une «place singulière» sur Internet comme première langue de traduction des sites d'organismes officiels, devant l'allemand et l'espagnol. L'explosion des modes de communication du type Facebook et Twitter démontrerait cependant que, de plus en plus, «les langues de la Toile seront celles de ses utilisateurs».

Le français en baisse au Canada

Le rapport rappelle par ailleurs que la population de langue maternelle française au Canada est passée de 27 % à 22 % de 1971 à 2006 et que cette dernière se concentre de plus en plus à proximité des frontières du Québec. Le rapport souligne aussi la proportion «assez faible» de Canadiens hors Québec qui ont le français comme langue seconde (7 % en 2006).

Avec la France, lit-on, même le Québec est aujourd'hui touché par la mode qui consiste à chanter en anglais. Selon le Français Jean-Noël Bigotti, du Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles, cité dans le rapport, cette mode s'expliquerait en raison du fait qu'il serait plus facile d'écrire en anglais et de trouver le succès rapidement. Les exigences seraient en effet moins élevées en anglais, notamment dans «des pays non anglophones, où les textes ne sont pas forcément compris».
11 commentaires
  • Michel Paillé - Abonné 12 octobre 2010 03 h 15

    Projection démographique d’un Québécois


    Cette projection démographique ayant pour horizon l’année 2050, est l’œuvre de mon collègue démographe Richard Marcoux, professeur au Département de sociologie de l’Université Laval. On trouvera ses résultats dans L’avenir du français (p. 151-158), un ouvrage de 282 pages publié par l’Agence universitaire de la francophonie aux Éditions des archives contemporaines en 2008 (33 euros). Le chapitre qui traite de « L’avenir du français en Amérique du Nord » est signé par Lise Dubois, Jacques Maurais et moi-même (p. 171-177).

    MP, démographe
    Québec

    Site internet : http://michelpaille.com

  • Michel Paillé - Abonné 12 octobre 2010 03 h 32

    L’avenir des francophones au Canada


    Les dernières projections de Marc Termote font état de l’avenir des francophones dans l’ensemble du Canada. Ces projections ont été publiées en mars 2008 par l’Office québécois de la langue française. Bien que réclamées depuis la fin de 2007, ces projections ont peu intéressé les médias depuis.

    Pour ceux que cela intéresse, on pourra en lire un aperçu que j’ai fait paraître sur le site d’Impératif français. Le lien intitulé « Le Canada pourrait ne jamais compter 8 millions de francophones » se trouve sur ma page d’accueil : http://michelpaille.com à l'alinéa A6.

    Bonne visite et bonne lecture.

    MP démographe,
    Québec

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 12 octobre 2010 08 h 46

    @M. Paillé

    Présentement, il y a 9 millions de personnes qui parlent français au Canada. Faudrait revoir votre définition du francophone

    La grande majorité des francophones en Afrique sont comme les 2 millions de Canadians qui parlent français: ils n'ont pas le français comme langue maternelle.

    Québec

  • ysengrimus - Inscrit 12 octobre 2010 09 h 12

    La francophonie d'Afrique, je suis sceptique...

    La merveilleuse francophonie d'Afrique, je suis sceptique... Qu’ils commencent donc par VRAIMENT décoloniser

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/04/30/cfa-con

    On ment effrontément aux gens sur la ci-devant Françafrique…
    Paul Laurendeau

  • Michel Paillé - Abonné 12 octobre 2010 09 h 36

    @ R. Tremblay


    Il est impossible de définir un groupe linguistique à la satisfaction de tous. Les uns exigent beaucoup, les autres se contentent de peu.

    En démographie, c’est la langue transmise par les parents à la génération suivante qui est le facteur le plus important. Dans des projections comme celles de Termote, on estime d’abord la fécondité et on attribue ensuite une langue maternelle aux enfants qui vont naître dans l’avenir. En général, la très grande majorité des enfants ont pour langue maternelle la langue parlée par la mère. Il y a bien sûr des exceptions.

    Aussi, on tient compte du fait que des personnes changent de langue au cours de leur vie. Au Québec par exemple, de plus en plus de femmes de langues maternelles tierces parlent le français au foyer (voir http://michelpaille.com, lien A 5). On présume que leurs enfants seront de langue maternelle française. Hors Québec, beaucoup de femmes de langue maternelle française parlent anglais à la maison. C’est ainsi que de nombreux enfants de parents francophones sont anglicisés au sein du foyer de leurs parents.

    MP, démographe
    Québec