Accident en Hongrie - La boue toxique atteint le Danube

Les experts du Service des eaux estiment que, si le taux alcalin de l’eau reste sous 10, la catastrophe écologique épargnera le Danube, deuxième fleuve d’Europe.<br />
Photo: Agence Reuters Bernadett Szabo Les experts du Service des eaux estiment que, si le taux alcalin de l’eau reste sous 10, la catastrophe écologique épargnera le Danube, deuxième fleuve d’Europe.

Budapest — Le flux toxique provoqué par un déversement de boues rouges en Hongrie a atteint hier matin le Danube, après avoir anéanti tout l'écosystème d'une petite rivière située à proximité de l'usine où s'est produit lundi l'accident industriel qui a fait quatre morts.

Selon les dernières mesures effectuées par le Service des eaux, le taux alcalin au confluent de la rivière Raab avec le Danube avait augmenté vers 10h, à 9,4 pH contre environ 9 plus tôt dans la matinée. La normale est à 8.

Mais, ensuite, quand le flux toxique est passé d'un bras du Danube dans le cours principal, le taux alcalin mesuré par les experts à Komarom, à 80 km à l'ouest de Budapest et à quelque 20 km en aval du confluent, est descendu à 8,4 pH puis à 8,04.

Les experts du Service des eaux estiment que s'il reste sous 10, la catastrophe écologique épargnerait le Danube, deuxième plus grand fleuve d'Europe, après la Volga. Ainsi, selon Emil Janak, directeur du Service des eaux pour cette région, la pollution «n'aura probablement pas d'effet sur l'écosystème du Danube à partir de la ville de Komarom». «Les poissons pêchés sont comestibles et les eaux des environs tout à fait potables», a-t-il indiqué.

Pourtant, de premiers poissons morts ont été observés dans la branche principale du Danube hier au confluent de la Raab avec le fleuve.

«Peine de mort»


Pour la rivière Marcal, située à proximité des lieux de l'accident, le sort en est jeté: «L'écosystème complet de la rivière Marcal a été détruit, car le taux alcalin très élevé a tout tué», a déclaré le chef régional des services anticatastrophes, Tibor Dobson, à l'agence de presse hongroise MTI. «La Marcal a reçu sa "peine de mort" quand la boue rouge y a déferlé par le ruisseau Torna», a-t-il ajouté.

Après un tel désastre, la vie ne pourra renaître qu'après trois ou cinq ans dans la rivière, a estimé Gabor Figeczky, directeur du Fonds pour la protection de la nature (WWF) à Budapest, pour qui l'ampleur de la catastrophe écologique reste encore difficile à cerner.

«Nous avons cru que le volume d'eau de la Raab allait diluer la pollution, mais malheureusement cela n'a pas été le cas», a-t-il expliqué dans un entretien à l'AFP. «Nous espérons quand même que la branche principale du Danube va s'en tirer sans trop de dégâts», grâce à son volume d'eau nettement plus important et à sa plus grande largeur, a-t-il ajouté.

Lundi, un réservoir d'une usine de bauxite-aluminium de la société MAL, située à Ajka (160 km à l'ouest de Budapest) s'est rompu, déversant plus d'un million de mètres cubes de boue rouge toxique sur sept villages avoisinants.

L'accident, dont les causes restent à élucider, a fait quatre morts, dont une petite fille de 14 mois, et plus de 150 blessés selon un nouveau bilan officiel. Trois personnes sont toujours portées disparues.

Tout au long de son parcours à travers plusieurs rivières, les boues rouges se sont peu à peu diluées dans l'eau et ne sont plus visibles à l'oeil nu. Et cela en partie à la suite du versement dans les rivières d'agents neutralisants, notamment des tonnes de plâtre par les pompiers et des ouvriers.