Le Devoir en Inde - Cérémonies d'ouverture des Jeux du Commonwealth - Delhi retombe sur ses pieds

Le mégaspectacle d’ouverture des XIXes Jeux du Commonwealth a mis en valeur hier l’extraordinaire richesse de la culture indienne. Le stade Jawaharlal Nehru de New Delhi, rénové, a fait salle comble.<br />
Photo: Agence Reuters Tim Wimborne Le mégaspectacle d’ouverture des XIXes Jeux du Commonwealth a mis en valeur hier l’extraordinaire richesse de la culture indienne. Le stade Jawaharlal Nehru de New Delhi, rénové, a fait salle comble.

New Delhi — Les Indiens sont comme des chats. Ils sont retombés sur leurs pieds, hier soir, juste à temps pour l'inauguration dans la capitale des Jeux du Commonwealth (JC) dont les préparatifs ont été marqués ces derniers mois par des signes de désorganisation colossale qui, pendant un moment, ont même fait craindre que Delhi ne rate l'échéance.

Longues et dansantes comme un film bollywoodien, les cérémonies d'ouverture qui se déroulaient au stade Jawaharlal Nehru, fraîchement rénové, ont superbement mis en exergue l'extraordinaire richesse de la culture indienne, sous un imposant aérostat utilisé, entre autres choses, comme écran de cinéma circulaire. Neuf cents joueurs de tambour ont ouvert le bal. Il s'est clôturé sur un flamboyant numéro de danse classique, une splendide démonstration de hatha yoga par 600 participants, un hommage au Mahatma Gandhi et la chanson du film Slumdog Millionaire, interprétée par la superstar A. R. Rahman. La totale! Les gens de Delhi, qui sont venus en masse, ont apprécié le mégaspectacle (quelque 7000 artistes et figurants). On craignait une assistance clairsemée, le stade de 60 000 places était bondé. Mission accomplie, du moins pour l'instant.

Les Delhiites n'ont pas, en revanche, poussé l'enthousiasme jusqu'à pardonner à Suresh Kalmadi, le grand chef du Comité organisateur des Jeux, considéré comme le principal responsable du fiasco des préparatifs. «L'Inde est prête, prête à accueillir les Jeux!», a-t-il lancé à la foule. Une bonne partie de la foule l'a hué à plusieurs reprises. En l'absence — inhabituelle — de la reine Élisabeth, c'est le prince Charles qui a inauguré ces XIXes Jeux qui accueillent un nombre record de plus de 6700 athlètes venant de 71 pays et territoires.

Les JC sont un happening sportif sans précédent dans les annales indiennes. Ses organisateurs poussaient un grand soupir de soulagement à l'issue de la soirée d'ouverture.

Zone de guerre


Delhi a été transformée en fin de semaine en ville fortifiée dans la peur fondée qu'elle ne soit la cible de tentatives d'attentats. Près de 100 000 policiers et membres des forces paramilitaires sont mobilisés. Des tirs d'avertissement ont en quelque sorte été tirés il y a deux semaines quand deux hommes à bord d'une moto, se réclamant des Moudjahidines indiens (MI), ont ouvert le feu sur des touristes taïwanais aux portes de la grande mosquée d'Old Delhi, en blessant un grièvement. Revendiquant l'attaque, les MI dénonçaient le fait que l'Inde fasse la fête à Delhi pendant que le sang de leurs frères musulmans coulait au Cachemire. Qu'à cela ne tienne, les Pakistanais ont été chaudement applaudis pendant le défilé des athlètes.

Samedi déjà, date anniversaire de la naissance de Gandhi et de la bien nommée Journée internationale de la non-violence, la mégalopole de 16 millions d'habitants commençait à ressembler à une ville fantôme, si cela est possible. Ce week-end, pratiquement tous les commerces étaient fermés, y compris les salles de cinéma. Comme l'école est suspendue pour les deux prochaines semaines, le temps que durent les Jeux, beaucoup de Delhiites auraient décidé d'en profiter pour quitter la ville.

Reste à voir dans quelles conditions se dérouleront les onze prochains jours. Les préparatifs des Jeux ont été marqués par une pluie d'allégations de corruption et de scandales financiers. La qualité de construction des installations sportives a été plusieurs fois mise en doute. Un pont piétonnier dont la construction traînait en longueur à proximité du Jawaharlal Nehru Stadium s'est effondré, blessant grièvement plus de vingt travailleurs: des ingénieurs de l'armée indienne l'ont rebâti en cinq jours. À proximité de l'ouverture officielle des Jeux, ce sont des photos de chambres insalubres au Village abritant les athlètes qui ont fait le tour du monde: l'ensemble des délégations nationales, y compris celle du Canada, ont solidairement répété ces derniers jours que tout était rentré dans l'ordre.

Coûteux, très coûteux


Toutes dépenses d'embellissement de la capitale confondues, l'organisation des Jeux coûtera entre 6 et 10 milliards de dollars, selon les différentes évaluations. Le gouvernement a reconnu récemment que les Jeux comme tels allaient coûter dix-sept fois plus cher que prévu. Beaucoup ont fait valoir ici qu'un pays pauvre comme l'Inde aurait dû dépenser tout cet argent à d'autres fins.

The Times of India écrivait hier que les scandales, les ratés et le parfum de déraillement organisationnel qui ont plané sur les Jeux seraient sans doute plus faciles à effacer si moins de têtes d'affiche de l'élite sportive internationale n'avaient décidé de sauter ces jeux.

L'Australie, la Grande-Bretagne et le Canada sont, dans l'ordre, les «grandes puissances» des Jeux. La délégation canadienne est composée de 254 athlètes. Cinquante Québécois en sont, dont Audrey Lacroix (natation), Didier Bence (boxe), Marie-Pier Boudreau-Gagnon (nage synchronisée), Alexandre Despatie et Émilie Heymans (plongeon). Environ 150 membres de la délégation canadienne (athlètes, entraîneurs et personnel d'encadrement) participaient hier soir à la cérémonie d'ouverture. Beaucoup d'athlètes évitent ces soirées d'ouverture puisqu'elles impliquent de longues heures d'attente harassantes. Plusieurs délégations, dont celle du Canada, auraient d'ailleurs menacé de boycotter les cérémonies d'hier soir parce que les organisateurs indiens refusaient que les athlètes qui commencent la compétition sportive dès aujourd'hui partent avant la fin les cérémonies d'ouverture pour rentrer au Village et se coucher.
 
5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 4 octobre 2010 10 h 30

    Des jeux, encore des jeux

    L'intérêt pour les jeux du Commonwealth est nul. Même la reine Elisabeth II est restée chez elle, au royaume de la brume; c'est dire.
    Alors pourquoi Le Devoir en fait-il sa une?

  • Lucie Houde - Inscrit 4 octobre 2010 12 h 28

    Un événement rassembleur

    Les jeux sont des événements extraordinaires et rassembleurs des peuples. À l'aire de la globalisation et de l'émergence des pays autrefois laissés pour compte il faut se réjouir et reconnaître la beauté et grandeur des cultures de ce pays hôte et des courageux sportifs.

  • Jacques Lafond - Inscrit 4 octobre 2010 20 h 50

    Vancouver, Québec, Delhi ... no. 1

    Les morts des jeux de Vancouver

    Un athlète mort avant la cérémonie d’ouverture sur la glissade. On rajoute quelques planches de contre-plaqué. Voilà. C’est réglé. À la cérémonie d’ouverture ses confrères entrent avec brassards et foulards noirs. La foule se lève. Silence spontané. L’émotion est palpable. C’est beau. Je pleure. C’est beau. C’est fini. On passe à autre chose.

    La mère de Joannie Rochette décède. Il est arrivé quoi ? Sais pas. Rapidement tout le monde se demande si Joannie va compétionner quand même. Oui, elle compétionne. Médaille de bronze. Quelle émotion. Elle porte le drapeau rouge à la cérémonie de fermeture. Quel honneur. Quelle émotion. Je pleure. C’est beau. CNN et le monde entier embarque. Quel succès ces jeux. Quel grand et beau pays ce Canada rouge…

    Si les jeux se seraient déroulés au Québec ??!!??

    Athlète mort sur la glissade. Qui a construit cette glissade ? Qui était responsable de la sécurité ? Combien ça couté ? Il doit y avoir enquête. Enquête publique peut-être. Surement. On passe continuellement les images de l’accident à la télé. On voit cette terrible mort partout. Des spécialistes sont en direct pour commenter les moindres détails de l’accident même plusieurs jours après l’accident. Tout le monde a en tête la terrible mort de ce jeune homme. On ne parle que de ça. Il y a question de fermer les jeux afin de vérifier la sécurité de toutes les installations sans exceptions. Les athlètes ont peur. On doit les rassurer. On ne peut pas jouer comme ça avec la vie des athlètes. Les bruits courent que Tony Arcuso est mêlé à cette histoire. C’est lui qui aurait décroché le contrat de construction de la glisse, sans appel d’offre.

  • Jacques Lafond - Inscrit 4 octobre 2010 20 h 51

    Vancouver, Québec, Delhi ... No. 2

    On est en plein cœur des discussions et des vérifications absolument nécessaires à la sécurité des athlètes quand la mère de Joannie Rochette décède subitement. Il est arrivé quoi ? L’ambulance a pris combien de temps pour arriver ? Elle est allée à quel hôpital? Il y avait combien de médecins, combien d’infirmières, combien de patients à l’urgence ? Il y a conférence de presse dans l’entrée de l’hôpital. Le directeur de l’hôpital, le directeur médical de l’hôpital et la directrice des communications de l’hôpital sont assis à la table. Il y a présence de centaines de journalistes de tous les pays du monde. On pose toutes les questions. On doit être transparent. On découvre pleins de choses ‘’discutables’’. Il y a question d’un mauvais diagnostic dans les premières minutes. Aussi l’ambulance est arrivée tard. Si l’ambulance était arrivée avant, si on ne s’était pas trompé de diagnostic au tout début, peut-être qu’elle aurait survécu. Catastrophe. Il va avoir enquête publique. C’est certain. Joannie Rochette participe quand même, mais elle arrive 5 ième.

    Les jeux sont manqués. Échec. Il y a des problèmes au Québec. On va faire enquête. Enquête publique …

    JL

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 4 octobre 2010 21 h 12

    Le porteur de drapeau

    Pourquoi que ce n'était pas Despatie qui portait le chiffon rouge? Il a quand même gagné un tas de médailles pour le plus-meilleur?

    Pourriez-vous vérifier les menus des athlètes pour voir s'ils ont droit au boeuf?