Harper revient bredouille d'Europe

Photo: Agence Reuters

Paris — Si l'objectif du voyage éclair que Stephen Harper achevait hier en Europe était de convaincre Londres et Paris de renoncer à leur projet de taxe sur les banques, celui-ci apparaît pour l'instant comme un échec. Comme son homologue britannique l'avait fait la veille, le premier ministre français, François Fillon, a rappelé hier que la France n'entendait pas abandonner son intention de taxer les activités bancaires afin de constituer un fonds destiné aux situations de crise. Et, malgré l'opposition du Canada, la France entend bien en discuter au sommet G20 qui se tiendra les 26 et 27 juin à Toronto.

Après un bref entretien avec le président Nicolas Sarkozy, Stephen Harper s'est entretenu hier pendant une heure avec François Fillon. Le premier ministre français a dit comprendre les réserves que peut susciter la taxation du secteur financier. Mais, il estime que «tout n'a pas encore été fait sur le chemin de la régulation» et qu'il est «tout à fait nécessaire que le G20 permette d'aborder ces questions absolument indispensables de la mise en place de règles communes».

De retour de 48h à Londres et à Paris, Stephen Harper apparaît donc isolé sur ce sujet crucial puisque la proposition de taxe sur les banques est soutenue à la fois par l'Union européenne, les États-Unis et le Fonds monétaire international. Le projet risque d'ailleurs de prendre forme assez rapidement en Europe. Seuls le Japon, l'Inde, l'Australie et le Brésil soutiennent la position du Canada, qui propose plutôt de renforcer les fonds propres des banques. Pour illustrer l'écart qui sépare l'opinion européenne de celle du Canada, mentionnons que le journal Le Monde présentait la rencontre d'hier, non pas comme une occasion pour Stephen Harper de convaincre la France, mais comme une occasion pour Nicolas Sarkozy de convaincre le premier ministre canadien du bien-fondé d'une taxe sur les banques.

Tout au plus, la France semble-t-elle disposée à utiliser un ton consensuel afin de satisfaire l'hôte du G20. Même si cette taxe «ne fait pas l'objet d'une unanimité, dit François Fillon, rien n'empêche d'en discuter ensemble, de rapprocher nos points de vue, de trouver des principes forts qui permettent d'aboutir aux objectifs qu'on s'est fixés».

Malgré les divergences, Stephen Harper dit croire lui aussi à un accord possible. «Même si les pays font des choses différentes, dit-il, on peut reconnaître un principe commun pour assurer que les risques sont pris par les institutions et non pas par les contribuables.» Le G20 pourrait donc s'entendre sur une formulation générale affirmant l'importance d'une réglementation des banques, mais laissant le choix des moyens aux pays membres.

François Fillon et Stephen Harper ont par ailleurs rappelé l'importance que le G20 de Toronto s'inscrive dans la lignée de ceux de Londres et de Pittsburgh. «Beaucoup reste encore à faire en matière de réforme du système financier», a dit François Fillon. Il souligne la nécessité d'appliquer les décisions prises sur la rémunération des courtiers et les paradis fiscaux. Mais aussi l'importance d'étendre la réglementation aux agences de notation, aux produits dérivés et à la volatilité des matières premières.

François Fillon a par ailleurs affirmé le soutien de la France au projet canadien concernant la santé des mères et des enfants des pays pauvres qui sera discuté au G20. Sans se prononcer sur la polémique entourant l'intention du Canada d'écarter les organisations humanitaires favorables à l'avortement, il a dit soutenir «sans aucune réserve les propositions du gouvernement canadien parce que nous pensons qu'ainsi, le sommet de Muskoka pourra créer une dynamique pour le sommet des Objectifs du millénaire qui aura lieu au mois de septembre aux Nations unies».

Les deux premiers ministres se sont félicités des négociations de libre-échange en cours entre le Canada et l'Union européenne. Elles «associent pour la première fois toutes les provinces canadiennes», a précisé François Fillon. Tous deux ont souhaité qu'elles puissent se conclure en 2011.

Enfin, le premier ministre français a annoncé l'ouverture d'un consulat français à Calgary, la ville où est élu le premier ministre canadien.

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Correspondant du Devoir à Paris
16 commentaires
  • glanglais - Inscrit 5 juin 2010 05 h 20

    Toutes les occasions de gaspiller doivent être exploitées.

    Bonjour,

    Il est de notoriété publique que les Chefs des États anglais et français sont de farouches défenseurs de la taxe sur les banques. Pourquoi M. Harper ne leur a-t-il pas passé un coup de fil à 75$? Non, notre Premier ministre sachant qu'il dirige le pays le plus riche de la Planète a préféré plutôt utiliser un Airbus pendant 22 heures. Pourquoi payer un vulgaire 75$ à Bell alors que l'on peut dépenser 325 000$ pour obtenir les mêmes résultats? Heureusement pour nous, le Canada ne connaît pas et ne connaîtra jamais de crise financière car ses sources de revenu sont inépuisables,

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • epervier - Inscrit 5 juin 2010 06 h 39

    Ce pauvre Monsieur Harper!

    Harper est égal à lui-même, d'une grande nullité en politique internationale, il vient de le prouver misérablement. On n'a
    aucun respect envers ce politicien. Nous sommes la risée quand
    nous sortons ce premier ministre hors du Canada.

  • Sanzalure - Inscrit 5 juin 2010 07 h 16

    Le premier ministre des banques

    Monsieur Harper est-il le premier ministre des banquiers ou le premier ministre de la population ?

    Peut-être que les banques canadiennes n'ont pas joué le mauvais rôle dans la dernière crise, mais comment savoir quel rôle elles joueront dans la prochaine crise ?

    Tant qu'à moi, comme taxe les pauvres sans se gêner, on ne devrait pas hésiter à taxer aussi les riches...

    Serge Grenier

  • michel lebel - Inscrit 5 juin 2010 08 h 16

    Un poids léger

    Inutile d'insister, Stephen Harper est un poids bien léger sur la scène internationale. Heureusement que la réputation du Canada et des Canadiens demeure bonne à l'étranger.

  • François Dugal - Inscrit 5 juin 2010 09 h 07

    Élections

    Notre premier ministre Stephen «W» Harper se fout de la politique extérieure canadienne.
    En protégeant les banques, il bâtit sa clientèle électorale au cœur de l'Ontario libéral. Lui aussi, il prend les moyens pour avoir «les deux mains sur le volant».
    Ce sont les joies de la démocratie.