Trois pays centro-américains dénoncent la loi sur l'immigration en Arizona

San Salvador — Trois pays d'Amérique centrale, le Salvador, le Honduras et le Guatemala, qui compteraient au total cinq millions de ressortissants aux États-Unis, ont critiqué samedi une nouvelle loi adoptée par l'État américain d'Arizona qui «persécute» l'immigration selon eux.

Le texte promulgué vendredi par le gouverneur de l'Arizona, la républicaine Jan Brewer, autorise la police à arrêter des suspects pour le seul motif qu'ils sont soupçonnés d'être entrés illégalement aux États-Unis, même en l'absence d'un autre délit présumé.

Or les trois pays pauvres d'Amérique centrale vivent en partie des envois d'argent de leurs émigrés installés aux États-Unis.

«Ce genre de législation qui provoque la persécution de personnes, des travailleurs pour la plupart, nous inquiète», a assuré vendredi soir à San Salvador le ministre salvadorien des Affaires étrangères, Hugo Martinez.

Au Guatemala voisin, la chancellerie a elle aussi fait part de son «inquiétude». «Ce genre de lois est une menace aux notions de base de la justice», a-t-elle estimé samedi dans un communiqué.

Au Honduras, le ministre hondurien des Affaires étrangères, Mario Canahuati, s'est étonné. «Ils sont en train de nous rabaisser, ils abusent de notre peuple, on a du mal à comprendre», a-t-il assuré samedi.

Il y aurait aux États-Unis 2,5 millions de Salvadoriens, 1,2 million de Guatémaltèques (dont 60% de clandestins), et un million de Honduriens (dont 60% de sans-papiers).

«C'est une de ces lois aberrantes qui ne font que compliquer la vie à ceux qui sont à la recherche d'un meilleur avenir», a déclaré pour sa part Miguel Montenegro le président de la Commission des droits de l'Homme du Salvador.

L'Arizona compterait environ 460 000 clandestins. Ses déserts servent de couloir d'entrée à la majorité des clandestins d'Amérique du sud entrant sur le territoire américain, ainsi que pour le trafic de drogue en provenance du Mexique. «Des décennies d'inaction et de politiques inadaptées ont crée une situation dangereuse et inacceptable», a déclaré la gouverneure Jan Brewer pour justifier la législation qui devrait entrer en vigueur fin juillet ou début août.

Depuis la signature de ce texte, les critiques fusent. Des centaines de personnes ont manifesté leur colère vendredi dans l'État, craignant la flambée de la discrimination raciale et l'installation d'un climat de peur généralisée chez les Latinos.

Le président américain Barack Obama a quant à lui exprimé sa crainte que la législation ne viole les droits civiques. Il estime que la loi était «malavisée» et donné consigne au ministère de la Justice de vérifier qu'elle n'allait pas à l'encontre de la loi.

Barack Obama se retrouve donc au pied du mur, poussé à s'attaquer pour de bon à la réforme de l'immigration au niveau national, autre gros chantier de sa présidence, sous peine, comme il l'a dit vendredi, de laisser la porte ouverte à «l'irresponsabilité des autres».