Wolfowitz fait d'étonnantes confidences

Washington - La décision de l'administration Bush de mettre l'accent sur la menace des armes de destruction massive (ADM) pour justifier une guerre en Irak a été prise pour des «raisons bureaucratiques», reconnaît le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, dans une entrevue au magazine Vanity Fair dans sa parution d'hier.

«Pour des raisons bureaucratiques, nous nous sommes entendus sur une question, les armes de destruction massive, parce que c'était la seule raison sur laquelle tout le monde pouvait tomber d'accord», y affirme le secrétaire adjoint du Pentagone, Paul Wolfowitz. Selon Vanity Fair, comme le reconnaît M. Wolfowitz et contrairement à ce que dit la Maison-Blanche, les stocks supposés d'ADM en Irak n'ont jamais été la raison la plus pressante pour déclencher une guerre préventive en Irak, mais celle-ci a été retenue commodément en raison de divergences au sein de l'administration républicaine.

Il y a eu une autre raison à l'invasion de l'Irak, avance M. Wolfowitz, une raison «passée presque inaperçue mais énorme»: un renversement de Saddam Hussein permettait aux États-Unis de retirer leurs troupes d'Arabie Saoudite, une présence qui constitue l'une des principaux griefs du réseau terroriste al-Qaïda. «Le simple fait d'enlever ce fardeau des Saoudiens va en soi ouvrir la porte» à un Proche-Orient plus pacifique, confie ainsi le secrétaire adjoint à la Défense.

Ces étonnantes confidences du numéro deux du Pentagone paraissent dans un long article («Le cercle pensant de Bush») consacré par Vanity Fair à la «junte intellectuelle» des «faucons» néoconservateurs évoluant dans l'entourage du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld.

Les déclarations de M. Wolfowitz semblent illustrer la volonté très nette de l'administration Bush de minimiser la question des ADM, même si le Pentagone, qui a décidé d'envoyer sur place une équipe spéciale de 1400 hommes, continue d'affirmer que leur quête en Irak reste une priorité.

Mais sept semaines après la fin de la guerre, aucune arme de destruction massive n'y a été trouvée et aucune preuve n'a été établie de liens entre le régime de Saddam Hussein et le réseau terroriste al-Qaïda, deux des principales justifications avancées publiquement par Washington et Londres pour déclencher une guerre préventive.