H1N1: l'OMS fait son examen de conscience

Accusée d'avoir dramatisé l'impact de la pandémie de grippe A(H1N1), l'Organisation mondiale de la santé (OMS) amorçait hier une réflexion qui a pris des allures d'examen de conscience. D'entrée de jeu, l'organisation a admis avoir alimenté la confusion sans le vouloir avant de donner la parole à des experts qui auront à dresser le bilan de cette première pandémie de grippe en quatre décennies.

Devant la trentaine d'experts réunis pour trois jours de réflexion, la directrice générale Margaret Chan a réclamé un examen «franc, critique, transparent, crédible et indépendant». Aucune remarque ne sera écartée, a-t-elle promis. «Nous voulons savoir ce qui a donné satisfaction, nous voulons aussi savoir ce qui n'a pas donné les résultats escomptés et si possible, pourquoi.»

Le principal spécialiste de la question au sein de l'organisation, Keiji Fukuda, a donné le ton en faisant état des failles identifiées jusqu'ici. Au premier chef, l'incapacité pour l'organisation de tempérer les incertitudes qui vont de pair avec une alerte sanitaire de cette ampleur. «Beaucoup ont interprété cela comme un processus dénué de transparence», a convenu le Dr Fukuda.

L'échelle d'alerte utilisée par l'OMS aurait grandement contribué à entretenir la confusion, selon lui. C'est aussi l'avis du Dr Karl Weiss, infectiologue à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. Techniquement, cette échelle permet de mesurer la progression géographique du virus et non son degré de sévérité. Or, «l'OMS n'a pas été en mesure de faire clairement cette distinction», croit le Dr Weiss, qui réclame une meilleure communication, adaptée aux réalités du XXIe siècle. «Internet et la biologie moléculaire ont eu un impact décisif sur la transmission du message. C'était la première fois dans l'histoire qu'une pandémie était ainsi vécue en direct et il faudra en tirer des leçons.»

Apparue il y a un an au Mexique, celle qu'on a baptisée d'abord grippe porcine, puis grippe A(H1N1), a été décrétée pandémique le 11 juin dernier. Sa progression a été très rapide, ce qui lui a permis de faire son nid dans 213 pays et territoires. En date du 9 avril, l'OMS estimait que plus de 17 700 personnes sont mortes des suites de ce virus. La plupart des victimes étaient jeunes, d'un âge moyen de 37 ans, contre 75 ans pour la grippe saisonnière.

«Nous nous attendions à ce que [la grippe H1N1] soit beaucoup plus grave», a souligné hier le professeur australien John Mackenzie. Les tristes bilans des trois pandémies du siècle dernier, dont la plus terrible, la grippe espagnole de 1918, aurait fait entre 40 et 50 millions de morts, laissait en effet présager bien pire. Tout comme l'inquiétante grippe aviaire, baptisée H5N1, qui a fauché la vie de 60 % des personnes infectées depuis son apparition en 2003. Autant de chiffres qui ont coloré le débat et par ricochet le message de l'OMS, qui a été accusée d'avoir grossi l'affaire sous l'influence des pharmaceutiques.

Encouragés par l'OMS, les États se sont lancés dans une course aux vaccins qui leur a coûté très cher. Au Canada, ce sont 400 millions qui ont ainsi été dépensés seulement pour l'achat de vaccins. Au final, 45 % des doses produites ont été utilisées, laissant un important surplus de doses qui ne seront d'aucune utilité. Santé Canada, en collaboration avec GlaxoSmithKline, a en effet revu la date de péremption provisoire du vaccin H1N1 avec adjuvant, la semaine dernière, la faisant passer de 18 à 6 mois seulement.

La manoeuvre empêchera vraisemblablement le pays de céder ses stocks aux pays plus démunis, qui en auraient pourtant bien besoin. L'OMS estime en effet que la pandémie est toujours en cours. Elle sévit maintenant principalement en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud.

À Québec, la direction de la santé publique n'a pas voulu commenter les propos de l'OMS. Dans son bilan fait un peu plus tôt cette année, le directeur national de la santé publique avait défendu la stratégie québécoise. Le Dr Alain Poirier avait alors jugé la réponse du Québec mesurée, tout en précisant qu'il réagirait à l'identique si la situation devait se représenter. «Toutes les mesures mises en place ont été ajustées en fonction de la sévérité du virus», avait-il fait valoir.

Notons que les premières conclusions du groupe d'experts seront présentées aux États membres de l'OMS en mai prochain. Le rapport final sera quant à lui publié en janvier 2011. La commission est dirigée par le président de l'Institut de médecine à Washington, Harvey Fineberg.

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Avec Reuters et l'Agence France-Presse

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