Les pratiques québécoises sont comparées aux «discriminations» flamandes

Bruxelles — L'ancien premier ministre belge Jean-Luc Dehaene a comparé hier les mesures prises pour limiter l'installation des francophones en Flandre, la région néerlandophone du nord de la Belgique, aux pratiques des francophones du Québec pour défendre leur langue.

«Que l'on compare par exemple à ce que les francophones font au Québec pour défendre leur langue, c'est une problématique similaire que nous connaissons en Belgique», a déclaré M. Dehaene à la chaîne parlementaire française LCP, interrogé sur l'actuel regain de tensions entre Flamands et francophones de Belgique.

Jean-Luc Dehaene, un chrétien-démocrate flamand, a été chargé par le roi des Belges de faire prochainement des propositions pour régler les querelles entre Flamands et francophones sur l'avenir du pays.

Après avoir été reléguées au second plan par la crise économique, les relations entre les deux grandes communautés belges se sont à nouveau tendues ces derniers jours.

Périphérie de Bruxelles

La chaîne de télévision publique belge néerlandophone VRT a révélé dimanche que des maires appliquaient, depuis des années, des règles discriminatoires dans l'immobilier privé afin de défendre le «caractère flamand» de la périphérie de Bruxelles, menacé, selon eux, par l'arrivée d'habitants de la capitale, majoritairement francophones.

Dans trois des communes concernées, Overijse, Gooik et Vilvorde, les bourgmestres (maires) flamands ont reconnu avoir passé des «accords oraux» avec des promoteurs immobiliers pour qu'ils leur transmettent la liste des candidats à l'achat. Ce qui leur permet de veiller à ce que les néerlandophones soient sélectionnés.

Contrairement à ce que M. Dehaene semble suggérer, le reportage de la VRT montrait que les anglophones ne doivent pas démontrer leur connaissance du français s'il veulent s'installer au Québec.

La Commission européenne a dit jeudi qu'elle examinait plusieurs plaintes concernant divers règlements en vigueur en Flandre pour limiter l'installation de non-néerlandophones, même si elle n'a pas à ce stade été saisie du cas spécifique des accords entre maires et promoteurs immobiliers.

Les propositions de M. Dehaene, qui doivent notamment porter sur le sort des quelque

100 000 francophones vivant dans la périphérie flamande de Bruxelles, sont attendues aux environs du 19 avril. Si elles sont mal accueillies, le pays pourrait replonger dans une grave crise politique, comme en 2007 et 2008.

À ce sujet, Jean-Luc Dehaene a expliqué à LCP que l'opposition entre francophones et flamands «fait partie de la Belgique depuis le début» et qu'elle «connaît des tensions plus graves tous les dix ans».

«Mais chaque fois on s'en sort, et je pense qu'on en sortira encore cette fois aussi», a-t-il conclu.