Redonner le centre-ville aux citoyens

Vue prospective tirée des propositions de revitalisation du centre-ville de Reims d’une des équipes d’architectes (l’équipe Devillers); on reconnaît au fond la porte de Mars, un vestige romain qui est un des grands emblèmes de la ville.
Photo: Ville de Reims Vue prospective tirée des propositions de revitalisation du centre-ville de Reims d’une des équipes d’architectes (l’équipe Devillers); on reconnaît au fond la porte de Mars, un vestige romain qui est un des grands emblèmes de la ville.

Redéfinir le tissu urbain en investissant dans des transports en commun «propres» comme le tramway, c'est une rengaine que l'on entend souvent chez nous. Et c'est exactement ce que l'on est en train de faire à Reims. Petite visite intéressée...

Reims — Le centre-ville de Montréal est hypothéqué par des travaux qui en font un véritable cauchemar quotidien pour les automobilistes et les piétons, on le sait. Réfections en tous genres, démolitions, constructions, place des Festivals, Quartier des spectacles, salle de l'OSM... le casse-tête semble permanent depuis des années. Mais ce n'est rien par rapport à ce qui se passe ici...

Reims est une ville éventrée. On y construit depuis déjà deux ans un tramway — dont on montrait d'ailleurs la première rame (rose!) sur le parvis de la cathédrale il y a quelques semaines à peine —, un projet colossal de 350 millions d'euros dont les deux lignes rouleront dès 2011. Mais il y a aussi que la nouvelle équipe de gauche, en place depuis 2008, a décidé de profiter de l'inévitable pour redéfinir l'espace urbain. La ville entière est un chantier qui n'a pas encore fini de s'étaler puisque l'administration municipale a mis en place un plan d'aménagement global qui s'étale jusqu'à 2020.

Détail non négligeable, l'accès à la culture joue un rôle primordial dans tous ces projets. Ici, on ne construit pas de quartier des spectacles. On choisit plutôt de redonner leur centre-ville aux Rémois et de faciliter l'accès aux équipements culturels en investissant dans les transports en commun et en transformant les multiples places de la ville — devenues au bout du compte des parcs de stationnement — en espaces de plus en plus verts reliés entre eux par des réseaux piétonniers. La chose est d'autant plus possible et souhaitable que Reims est une ville sans véritable banlieue où les quartiers périphériques jouent le rôle chez nous dévolu aux anciens villages entourant l'île de Montréal.

Serge Pugeault, qui est adjoint à la culture de la mairie de Reims, est aussi responsable des grands travaux d'aménagement du territoire urbain; il a bien voulu nous décrire le projet dans ses grandes lignes.

Un choix collectif

«La ville changera complètement de visage», dit-il. Il raconte qu'il faut remonter jusqu'à 1918, alors qu'il ne restait plus que 80 bâtiments debout à la suite du pilonnage systématique de l'artillerie allemande durant la première Grande Guerre, pour trouver une vision du développement, un travail de concertation et un plan de revitalisation aussi gigantesque. À l'époque, on a remis la cathédrale sur pied et plus de 60 architectes ont reconstruit la ville en s'inspirant des grands courants à la mode... ce qui explique que l'on retrouve à Reims plus de 230 bâtiments Art déco.

En 2008, la nouvelle administration socialiste lançait un concours auquel 43 firmes d'architectes ont répondu. «Nous en avons choisi trois pour établir un diagnostic du territoire urbain et des environs de Reims, explique Serge Pugeault. Et plutôt que d'imposer notre vision, nous avons convoqué en même temps de multiples rencontres thématiques avec les citoyens — transport, logement, travail, culture, etc. — sur les divers aspects du projet et mis aussi en ligne un site Internet [http://reims2020.fr]. Cette phase s'est terminée en juin 2009 et les équipes d'architectes se sont ensuite mises à leur planche à dessin.»

Il ajoute que la concertation n'a pas cessé pour autant; la mairie a organisé, par exemple, une série de ballades urbaines de place en place où il est rapidement devenu évident pour tout le monde que l'automobile règne en maître absolu dans la ville. Un volet animation a également permis de faire saisir aux citoyens les avantages concrets qu'ils avaient à «récupérer» leur ville. Bref, tout le monde a eu son mot à dire avant que les trois équipes d'architectes remettent leurs propositions à la mairesse, Adeline Hazan, qui fera connaître son choix en septembre et soumettra alors un échéancier de priorités et de réalisation précis à ses concitoyens.

Deux poids, une mesure

Bien sûr, Reims n'est pas Montréal; la ville compte 200 000 habitants et même en regroupant les neuf centres situés à moins de 100 km — ce qu'on nomme ici le G10 —, on arrive à peine à 700 000 personnes vivant autour des vignobles de Champagne, un des territoires les plus intouchables de la planète (un million d'euros l'hectare). Par contre, la ville est à peine à 45 minutes du centre de Paris avec l'arrivée du TGV il y a un peu plus d'un an, ce qui impliquera à moyen terme des transformations profondes. Déjà, les Parisiens blasés de la multitude peuvent travailler dans la capitale et envisager de vivre dans un environnement moins stressant et plus abordable. Mais pour que cela soit intéressant, encore faut-il, comme le souligne Serge Pugeault, que l'offre culturelle soit attirante, un facteur de rétention déterminant comme le démontrent partout tous les sondages. Elle l'est.

Reims compte des équipements culturels que l'on ne retrouve habituellement que dans les grands centres: un centre d'art dramatique national, une scène nationale de danse, un centre dédié à la musique contemporaine, un autre à la musique actuelle, un opéra, un conservatoire, des musées à la tonne, une médiathèque... et une cathédrale en dentelle de pierre. Ajoutez-y des salles de cinéma et de théâtre, dont une toute nouvelle dans un lieu reconverti du centre-ville qui abritera Méli'môme dans trois ans, même un cirque — un remarquable bâtiment à 16 côtés construit en 1867 —, tout cela sera bientôt accessible facilement grâce à des transports en commun «propres». Serge Pugeault parle même d'un projet de réseau tram-train pour relier les villes du G10...

Reims n'est pas Montréal, on l'a dit, mais là où la comparaison tient entre les deux villes, c'est dans la qualité, la diversité et le grand nombre des équipements culturels qui sont, dans les deux cas, presque tous regroupés dans un périmètre assez restreint du centre-ville. À Reims, il sera très bientôt possible d'aller au spectacle à pied et en tramway.

Y arrivera-t-on un jour à Montréal?

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Michel Bélair était à Reims à l'invitation du festival Méli'môme

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1 commentaire
  • Vincent Bussière - Inscrit 8 avril 2010 07 h 57

    Y'avait rien à dire!

    Vous n'aviez rien à dire suite à ce petit voyage et vous l'avez bien dit!
    Non merci!