La Commission baleinière menacée d’extinction

L’Islande, qui rejette le moratoire sur la chasse commerciale à la baleine, tue chaque année des dizaines de rorquals communs.
Photo: Agence France-Presse (photo) Halldor Kolbeins L’Islande, qui rejette le moratoire sur la chasse commerciale à la baleine, tue chaque année des dizaines de rorquals communs.

La Commission baleinière internationale (CBI), unique organe politique réglementant à la fois la chasse et la protection des cétacés, pourrait bien disparaître si aucun accord n’est trouvé sous peu pour autoriser une reprise des captures commerciales. Et le risque est bien réel, prévient un membre de l’organisme bien au fait des négociations en cours.

«Je pense qu’il y a un gros risque et je ne m’en réjouis pas», a soutenu hier Geoffrey Palmer, qui préside à Wellington, en Nouvelle-Zélande, un groupe de travail de la CBI chargé de négocier un accord international. «Nous ne pouvons pas nous permettre d’enterrer la CBI parce que sinon, il n’y aura plus aucun outil international pour protéger les baleines», a du même coup prévenu l’ex-premier ministre néo-zélandais.
La Nouvelle-Zélande est d’ailleurs favorable à un retour à une chasse commerciale limitée sur les dix prochaines années, alors qu’elle y était opposée depuis des années. Pour cela, il faudrait toutefois que le Japon, la Norvège et l’Islande réduisent le nombre de leurs prises. Selon M. Palmer, ces trois pays ont augmenté leurs prises au cours des dernières années.«En ce moment, ces pays tuent en moyenne 3000 cétacés par année. Il faudrait diviser ce chiffre par deux, voire plus dans certaines zones de chasse», a-t-il fait valoir.
Le représentant néo-zélandais doit se rendre la semaine prochaine à Washington pour une réunion rassemblant les représentants de 30 pays du groupe de travail de la CBI, chargé de dégager un accord avant la réunion annuelle de la Commission en juin, au Maroc. Un premier projet doit être soumis le 22 avril. Mais la CBI est encore très loin d’un accord. Début mars, les 88 pays membres de la Commission avaient conclu trois jours de discussions aux États-Unis sans sortir du bras de fer qui oppose les Australiens aux Japonais.
Plan pour le Japon
Un comité de travail de la Commission baleinière a cependant proposé récemment un plan qui autoriserait le Japon à continuer de pratiquer la chasse à la baleine, mais sous un strict contrôle. Les navires qui poursuivent les cétacés seraient suivis par des systèmes de surveillance par satellite, selon ce projet prévoyant aussi des analyses ADN d’échantillons de viande de baleine, souvent vendue au Japon dans les restaurants et le commerce, pour détecter la pêche illégale. Tokyo n’a pas encore statué quant à la possibilité qu’il se rallie à une telle proposition.
Or le Japon a déjà prévenu à plusieurs reprises qu’en l’absence d’un accord lui permettant de continuer de tuer des animaux, il pourrait quitter la Commission et faire cavalier seul. Ce départ risquerait d’entraîner celui de plusieurs autres États qui se sont rangés dans le camp japonais au fil des années. La CBI, qui compte 88 pays membres, est divisée en deux camps — «pro» et «anti» chasse — qui comptent chacun un nombre à peu près équivalent de pays. C’est dire la difficulté d’en arriver à une solution négociée. L’organisme souffre d’ailleurs d’une paralysie diplomatique récurrente depuis plusieurs années.
Menaces de poursuites
L’Australie, qui s’oppose à toute forme de chasse, menace même d’attaquer Tokyo en justice si les pêcheurs nippons continuent à chasser en Antarctique. Canberra disait en février vouloir tenter de «travailler avec les Japonais afin de ramener, par la voie de la négociation, le nombre de leurs prises à zéro», mais «si nous n’obtenons pas cet accord par la voie diplomatique, laissez-moi vous dire que nous saisirons la Cour internationale de justice», prévenait la délégation.
En Nouvelle-Zélande, l’opposition politique a par ailleurs décrié la prise de position du gouvernement pour un compromis, estimant que le contexte politique européen pourrait contribuer à isoler davantage les prochasse. L’Islande négocie actuellement les modalités de son adhésion à l’Union européenne. La nécessité de mettre fin à ses activités de chasse pourrait faire partie des enjeux. Dans ce cas, le Japon et la Norvège demeureraient les deux seuls pays à pratiquer une chasse à grande échelle.
Pour le moment, c’est toujours le moratoire sur la chasse commerciale entré en vigueur en 1986 qui prévaut. Celui-ci permet au Japon de capturer des baleines — essentiellement des petits rorquals et des rorquals communs, deux espèces qu’on observe au Québec — en invoquant des raisons «scientifiques». Mais la très vaste majorité des spécialistes des cétacés soutiennent que celle-ci est complètement inutile du point de vue de la recherche.
Qui plus, les baleines vivantes ont une valeur commerciale certaine en raison de la manne qu’elles représentent pour l’industrie touristique. Plus de 13 millions de personnes ont participé à des activités d’observation des baleines l’an dernier dans 119 pays du monde, produisant des ventes de tickets et des recettes touristiques supérieures à 2,1 milliards de dollars américains.
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Avec l’AFP, BBC, New Zealand Herald et Reuters